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un jeune garçon mange un sandwich au jambon
© Imgorthand via Getty Images

Ce n'est pas en « véganisant » Herta qu'on va changer les choses

Le 22 févr. 2019

Le nouvel underground politique se jouerait-il du côté de l'éthique animal ? Nous avons rencontré quatre militants véganes et antispecistes.

Quoiqu'on en pense, quoiqu'on en dise, le véganisme commence à peser dans le game. Selon une étude Harris Interactive de 2017, 5% des Français seraient végétariens ou véganes. Et si la consommation de viande commence à décroitre, 34 % de nos concitoyens se déclarent fléxitariens (Kantar Worldpanel 2018), logiquement, celle des légumes augmente : 50% déclarent vouloir augmenter leur consommation de produits végétaux (IFOP 2017). Une offre que les restaurants et autres pro de l'alimentaire seraient inspirés d'écouter car les français sont 46 % à penser que les restaurants pourraient ajouter un ou deux plats véganes à leur carte (CHD Expert 2016), et quand ils le font... ça marche : 35% des restaurants ayant introduit une offre végane ont augmenté leur fréquentation (VegOresto 2018).

Mais il ne faudrait pas prendre les enfants du véganisme pour des canards sauvages. Quand ils parlent de changement de consommation, ils ont surtout en tête une vraie révolution dans nos mentalités. Les animaux sont des êtres sensibles, et les traiter comme des marchandises... ben, faut que ça cesse.

« On n'est pas nombreux, mais à 200, on peut faire pas mal de choses »

Interview Tiphaine Lagarde et Ceylan Cirik – cofondateurs de 269 Libération animale.

« Ce qui fait notre différence, c’est la manière dont nous envisageons les actions. »

« Le véganisme est devenu une mode, un label plus qu’une lutte. Il a un côté consumériste que les grandes marques récupèrent pour initier un nouveau marché. Mais ce n’est pas en "véganisant" Herta, Lactalis ou je ne sais quelle grande marque de l’agroalimentaire qu’on obtiendra une société plus égalitaire, notamment pour les animaux.

L’antispécisme implique une remise en question complète de la société pour arriver à une société égalitaire entre les humains et les animaux, et entre les humains entre eux. C’est une lutte qui doit assumer une dimension anti capitaliste. »

« On a changé de cible : on tape sur l’offre. »

« Pendant 40 ans, on s’est concentré sur la demande. Plus personne ne peut nier la violence des abattoirs, mais c’est insuffisant. Nous, l’opinion public ne nous intéresse pas, cela ne nous intéresse pas de l’avoir de notre côté. On n’est pas là pour convertir les gens.

Les mousses au chocolat ou les chaussures véganes ne changent rien : pour les animaux, rien n’avance. En Espagne, on est en train de construire le plus gros abattoir européen : 30 000 porcs y seront abattus tous les jours. 

On tape sur l’offre. Tant qu’on n’est pas dans un rapport de force, on ne pourra rien obtenir. L’exploitation animale est une réelle oppression. C’est tout à fait logique d’employer des stratégies à la hauteur de ce que l’on combat.

Quand nous bloquons un abattoir, on choisit l’un de ceux qui appartient à une marque emblématique – Bigard ou Charal. Nous visons un activisme efficace qui produit des effets immédiats sur le système qu’il entend combattre d’une part, et surtout pour les animaux eux-mêmes.

Quand on bloque un abattoir 24 heures, cela provoque une perte de chiffre d’affaires, mais il s’agit aussi de libérer des animaux. »

La convergence des luttes : théoriser l’action

« Le plus gros problème de la cause animale est de ne pas sortir de la cause animale. Il faut nous rendre crédibles et visibles auprès des militants des autres causes : anarchistes, féministes... Eux considèrent encore l’antispécisme comme une lutte de seconde zone. »

Sauver des vies

« Nous n’avons pas besoin de beaux parleurs. Nous devons recruter de vrais résistants, et les rendre autonomes, qu’ils s’engagent pour sauver des vies. 269 Libération animale n’a pas vocation à coller son logo partout. Ce n’est pas ça l’idée. »

Les associations de la lutte pour la cause animale :

Quelques lectures sur le mouvement antispéciste :

« Nous défendons un modèle de société socialement plus juste »

Interview Mélissa et Sophie (son prénom a été changé à sa demande) – organisatrices bénévoles de la Veggie Pride.

Le sujet reste clivant

« Je ne souhaite pas que mon nom apparaisse. Les interventions publiques sur ce sujet provoquent énormément de virulence. Le véganisme reste clivant, et chaque intervention publique génère des insultes et des menaces physiques. »

Mais la communauté s’agrandit

« Il y a de plus en plus de personnes sensibilisées au sujet, et les médias en parlent davantage aussi.

La Veggie Pride est organisée depuis 2001 par un collectif d’une dizaine de bénévoles. Nous réunissions plus d’un millier de personnes de tous âges, des familles. Elles viennent de toute la France et de tous les horizons : des gens aux RSA comme des Parisiens plus bobos. »

Aider les gens à réfléchir à leurs modes de consommation

« Nous voulons accompagner ceux qui ne veulent plus consommer des produits d’origine animale pour leur montrer que changer de modes de consommation est possible et que ce n’est pas si compliqué.

Nous permettons aux visiteurs de rencontrer des gens qui sont allés jusqu’au bout de cette démarche. »

De plus en plus d’industriels se penchent sur la question

L’offre végane est plus étendue. Cela permet aux consommateurs de viande de consommer autrement. Certains sont rassurés parce qu’être végane ne les empêche pas de manger des glaces Ben & Jerry's ou un burger au soja chez Mc Do. Mais il ne faut pas confondre cela avec une action politique. Cela ne suffit évidemment pas.

Une démarche politique

« Nous défendons un modèle de société socialement plus juste, pour les humains comme pour les animaux. Les gens qui amorcent une réflexion sur leur consommation de viande vont généralement se questionner sur un champ politique plus large.

On trouve des véganes de tous les bords politiques – même s’ils sont souvent plus marqués par une pensée de gauche. Beaucoup de militants appartiennent à d’autres mouvements, et nous-mêmes travaillons à la convergence des luttes. Le féminisme, par exemple, s’attaque aux mêmes mécanismes de domination que ceux qui sont dénoncés dans l’antispécisme. »

Rappeler où se situe la vraie violence

« Les actions directes ne sont pas celles que nous prônons mais nous reconnaissons qu’elles donnent aux mouvements une grande visibilité. Elles ont le mérite de mettre la question au centre du débat.

On parle beaucoup de la violence de certaines actions auprès des bouchers et des employés d’abattoirs, sans jamais évoquer celle dont sont victimes les commerçants véganes. Cela masque surtout la vraie violence du système : 3 millions d’animaux sont tués chaque jour en France. C’est ça qui est important. Et c’est ça dont on ne devrait jamais cesser de parler. »

Pour comprendre le mouvement végane, quelques médias intéressants :

POUR ALLER PLUS LOIN : 

Véganisme : « On est passé de l'étiquette des bisounours à celle de terroristes, et je crois que c'est très sain. » Interview de Virginia Markus

Entre vegans, no gluten, omnivores... peut-on encore partager un repas sans s'engueuler ?


Cet article est paru dans le revue de L'ADN consacrée aux tendances 2019. Pour acheter ce numéro, c'est tout simple, et c'est par là...


 

Commentaires
  • Un article instructif qui traduit bien les discussions sur ce sujet au sein du mouvement pour les droits des animaux. Merci de donner la parole aux personnes qui s'y connaissent, ça nous change des tribunes des gens qui sont là pour se faire connaitre en "tapant du végane" alors qu'ils n'y connaissent rien (même pas la définition de "spécisme", par ex.).

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