Les hommes craignent que le masque nuise à leur virilité

Considéré comme « pas suffisamment masculin », le masque pose problème à certains hommes. 

Symbole de la lutte contre le Covid-19, le masque est rapidement devenu un accessoire de mode. Le masque est aussi devenu politique. Particulièrement outre-Manche et outre-Atlantique où la question du port de masque dérive en débat sur les libertés individuelles. Mais surtout la protection faciale du moment est devenue une question de genre.

Émasculés par le masque

Une étude de la Middlesex University de Londres et du Mathematical Science Research Institute de Berkeley montre que les hommes sont moins enclins à observer le port du masque que les femmes. Et ce, alors que les hommes sont plus durement touchés par le virus. Cette différence de comportement n’est pas due à de l’insouciance ou une mauvaise information mais à une certaine idée de la masculinité.

L’étude menée par Valerio Capraro et Hélène Barcelo indique que les hommes sont plus à même de penser que le port d’un masque est « un signe de faiblesse, honteux et pas cool. » Bref, le masque n’est pas assez viril pour ces messieurs. Si on avait besoin d’exemple pour illustrer le concept de « masculinité toxique », en voilà un tout trouvé. Dans Scientific American, la journaliste Emily Willingham qualifie même le masque de « préservatif du visage ». Comme le masque, le préservatif, pourtant essentiel dans la lutte contre la pandémie de VIH, a fait l’objet d’un rejet de la part d’hommes qui adhèrent à l’idéologie de la masculinité.

Des masques « virils » plutôt que du mask-shaming

Le problème, c’est que le masque sert surtout à protéger les autres. Alors que la pandémie progresse dans le monde, notamment sur le continent américain, il y a urgence à faire accepter le masque à tous. Sur Twitter, on a donc vu l’émergence du #RealMenWearMaks, les « vrais hommes portent des masques » en français, lancé par Dick Cheney. Liz, la fille de l’ancien Vice-Président et figure des néo-conservateurs, a publié une photo de son père portant un masque et un chapeau de cow-boy. Le message est clair : la figure la plus virile de l’imaginaire américain est compatible avec le fait de se protéger contre une pandémie. Même Donald Trump commence à changer d’avis sur le sujet. C’est dire.

Pour faire accepter le port du masque aux hommes qui craignent pour leur masculinité, le Los Angeles Times conseille carrément de leur proposer des masques au « look viril » avec par exemple des dents de requins ou des imprimés camouflage. Fin mai, les masques du super-vilain de Bane, ennemi juré de Batman à la musculature imposante, étaient d’ailleurs en rupture de stock.

C’est sûr, les conseils du Los Angeles Times ont de quoi faire lever les yeux au ciel. Mais comme le note le Whashington Post rendre les masques virils est, malheureusement, une question de santé publique. Alors, il faut ce qu’il faut. La pandémie de Covid-19 a au moins le mérite de montrer que les questions autour de la construction des genres sont loin d’être anodines et qu’elles ont bien leur place dans le monde post-covid.

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