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De nombreuses personnes sur une plage
© ampueroleonardo via Getty Images

Le tourisme à la masse ?

Arnaud Pagès
Le 17 févr. 2020

On est foutus, on voyage trop ! L’explosion du nombre de touristes et la surfréquentation des sites ont fait du voyage un produit de surconsommation comme un autre. Alors, on pose ses valises et on fait le point.

 C’est peut-être la fin du rêve pour le tourisme. Depuis une cinquantaine d’années, le nombre de vacanciers partant pour des destinations lointaines n’a cessé de croître. 200 000 à la fin des années 60, ils étaient 1,3 milliard en 2017. L’Organisation mondiale du tourisme prévoit qu’ils seront 1,5 milliard en 2020.

D’un plaisir élitiste, créé en 1841 par Thomas Cook pour égayer l’existence d’une poignée d’aristocrates, le tourisme est devenu un phénomène civilisationnel de masse, qui impacte un peu plus chaque année la vie sociale et économique des populations locales, ainsi que l’environnement. Véritable usine à cash, ses recettes représentent 10 % du PIB mondial, l'industrie emploie une personne sur dix à l’échelle planétaire. Des chiffres impressionnants. Pourtant, comme toute croissance, celle du tourisme ne saurait être infinie.

Le fléau du surtourisme

Partir ailleurs fait toujours rêver mais la surfréquentation des sites devient problématique. Dans plusieurs grandes villes européennes, l’augmentation du nombre de visiteurs endommage les monuments et empoisonne la vie des citadins. À tel point que la résistance s’organise. À Rome, les bus de touristes ne sont plus admis dans le centre historique depuis début 2019. À Venise – 25 millions de touristes annuels pour 55 000 habitants –, la mairie a voté, le 1er mai 2019, une taxe de 3 euros par journée passée sur place afin de financer le nettoyage de la ville. Partout, c’est le même refrain. Il faut faire baisser le nombre de touristes. Ainsi, au Pérou, l’accès au Machu Picchu va être limité à deux temples et une pyramide. Il faut dire qu’aujourd’hui, le lieu subit les assauts de 600 000 visiteurs par an.

Par ailleurs, le tourisme a exporté partout dans le monde le mode de vie particulièrement polluant des sociétés industrialisées. Déchets plastiques, destruction des écosystèmes, littoraux bétonnés, sont également au programme. En 2018, une équipe de chercheurs de l’université de Sydney a établi que le tourisme était responsable de 8 % des émissions de gaz à effet de serre.

Plus de la moitié des touristes voyagent en avion, moyen de transport particulièrement gourmand en kérosène. À eux seuls, les vols représentent 2,5 % du CO2 rejeté dans l’atmosphère. Mais la résistance s’organise. Depuis la Suède, le « Flygskam » – la « honte de prendre l’avion » – prend de l’ampleur, notamment chez les millennials. En 2019, il a fait baisser de 11 % le nombre de voyageurs sur les vols intérieurs suédois !

Engagements pour le climat

Les grandes agences de voyages et les tour-opérateurs historiques ont presque tous adopté depuis plusieurs années une série d’engagements pour préserver l’environnement. Le Club Med a fait de la construction écoresponsable de ses resorts une priorité, en mettant en avant le traitement des déchets et de la pollution, la sensibilisation à une alimentation responsable, et l’utilisation des énergies renouvelables. TUI, l’un des leaders mondiaux du tourisme, propose désormais des « vacances respectueuses de l’être humain, de l’animal et de la nature ».

Et pour fédérer les professionnels du secteur, l’association ATR (Agir pour un tourisme responsable) délivre un label du même nom qui scrute la transparence des agences sur leurs pratiques, les partenariats qu’elles mettent en place, et la cohérence de leurs démarches green.

Dans la même logique, les compagnies aériennes assurent qu’elles achèteront pour 40 milliards de dollars de « crédits carbone » en 2020, afin de compenser, notamment grâce à la reforestation, leurs émissions de CO2. Mais les limites du système de compensation carbone se font sentir…

Un autre tourisme est possible

Redonner du sens au voyage, vivre une expérience authentique, préserver l’environnement, ou améliorer les conditions de vie des populations autochtones sont autant de tendances qui façonnent une nouvelle forme de tourisme. Depuis quelques années, les agences proposant ces séjours alternatifs se sont multipliées. Les préoccupations environnementales sont au cœur de nouvelles attentes. Selon une enquête réalisée par l’agence GlobalData en 2016, 35 % des touristes dans le monde déclarent préférer des vacances écoresponsables, et 74,5 % affirment que les chartes RSE des hôtels ont une influence sur leurs réservations.

En quelques années, le tourisme durable s’est énormément développé, avec comme valeur cardinale le respect de la nature. Il représente une solution d’avenir pour développer des offres qui permettent de voyager sans abîmer la planète et possède tous les atouts pour séduire les green tourists.

L’ère du tourisme utile

Le tourisme solidaire et éthique est également une tendance forte. Il consiste à proposer une immersion au plus près des populations locales dans des pays défavorisés. Pas d’hôtel, ni de resort. Vivre chez l’habitant est la meilleure façon d’apprendre un mode de vie différent et de questionner la société de consommation. Le vacancier n’est pas inactif. Il participe à la vie locale et apporte en toute humilité ses idées pour améliorer le fonctionnement d’une communauté. Il tisse des liens très forts avec les autochtones, basés sur l’échange et le respect. Il contribue économiquement à améliorer leurs conditions de vie grâce à une commission prélevée sur le prix du séjour. Ce tourisme utile et tourné vers les autres redonne une raison d’être au voyage.

Une quête de sens qui se retrouve aussi dans d’autres expériences plus extrêmes, comme le tourisme sauvage, qui promet une immersion au plus près de la vie animale dans des conditions de confort réduites au strict minimum. Se confronter à la nature, retrouver le goût de l’aventure, se laisser guider par les circonstances, ne rien planifier. Ce contact en totale liberté, déconnecté de toutes les sollicitations numériques, dans un environnement préservé est de plus en plus sollicité.

Partir chez soi

Le tourisme local ou urbain a également un fort potentiel de développement. Il ne s’agit plus de partir à des centaines ou à des milliers de kilomètres. Mais de redécouvrir sa région ou sa ville, de lever le voile sur la richesse d’un terroir, de changer le regard que l’on porte sur un lieu que l’on connaît déjà. Il recentre le voyage sur un périmètre restreint, une zone géographique familière qui recèle des expériences inédites.

Ce retour dans la proximité immédiate a quelque chose d’innovant. Et en limitant ses déplacements, le touriste local œuvre pour l’environnement.

Ce besoin de redécouverte ou de réinvention fait appel à tout ce dont le tourisme de masse est dépourvu. Voyager se vit de plus en plus comme une expérience primordiale, utile à la planète comme à soi. En tout état de cause, cette tendance porte les germes d’une transformation radicale de l’offre touristique.


Cet article est extrait du Livre des tendances 2020 de L'ADN. Pour vous le procurer, cliquez ici.


L'édito de notre partenaire, Club Med :

Faire grandir la responsabilité sociale des individus pour contribuer à une société durable : au Club Med, nous partageons cette vision et sommes engagés à améliorer l’impact de nos activités. Notre histoire s’est construite autour d’un idéal : vivre ensemble en harmonie et se ressourcer dans une nature préservée. 

En tant que pionniers du tourisme, nous multiplions les initiatives pour un tourisme plus durable. Faire évoluer les habitudes et l’expérience client vers plus de sens, plus d’authenticité, en gardant le plaisir des vacances et du voyage intact, est l’une de nos missions les plus importantes. La route est longue, mais nous y sommes engagés. 


Les équipes du Club Med

Arnaud Pagès - Le 17 févr. 2020
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