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Une personne portant deux baskets de couleur différente
© luckyraccoon / Getty Images

Vous avez du mal à faire des choix ? C'est sûrement à cause du FOBO

Le 27 nov. 2018

Sélectionner un film sur Netflix, choisir le bon resto sur Deliveroo ou trouver la perle rare sur Tinder... ces actions peuvent s’avérer bien plus compliquées que prévu. Surtout lorsque l’on est sensible au FOBO.

Il vous est déjà arrivé de faire trois fois le tour de Deliveroo sans savoir quoi choisir et finir par faire des pâtes pour ne pas avoir à attendre le livreur 30 minutes après l’heure que vous venez de passer à scroller le site ? Vous souffrez peut-être de FOBO. Moins populaire que le FOMO, ce nouvel acronyme nous éclaire sur un autre mal qui ronge notre société. FOBO, ça veut dire Fear of Better Option – Peur d’une Meilleure Option en Français. C’est donc ce sentiment de passer à côté de quelque chose – potentiellement mieux – à cause d’un choix malavisé.

Et s’il y avait mieux…

Avoir du mal à faire des choix, ce n’est rien de bien nouveau. La littérature et l’histoire sont bourrées de dilemmes et autres choix cornéliens. Vouloir le meilleur est aussi dans la nature humaine. Le problème, c’est la multiplication des possibles. Et surtout la connaissance de tous les choix qui s’offrent à nous. Une chose à laquelle on ne peut plus échapper dans un monde de contenus quasi-illimités. Nous sommes constamment soumis à la possibilité d’une meilleure option. Et contrairement aux Intelligences Artificielles, le cerveau humain n’a pas la capacité – et surtout le temps – d’explorer toutes les options pour déterminer la meilleure avec certitude. Impossible donc de faire le tour de Tinder pour être sûr que l’herbe n’est pas plus verte ailleurs. Au mieux, vous risquez une tendinite du pouce.

Maximisers contre Satisficers

En sciences comportementales, le phénomène du FOBO porte le nom de « maximisation ». Selon une étude de chercheurs américains, les Maximisers – sensibles au FOBO - ont tendance à prendre de meilleures décisions. Le problème, c’est qu’ils en sont moins satisfaits. Avoir pris la bonne décision n’efface pas de leur esprit les autres choix possibles et la probabilité que l’un d’entre eux soit meilleur. « Les Maximisers sont plus à même d’éprouver des regrets et des émotions négatives à cause de la comparaison avec les choix qu’ils n’ont pas sélectionnés », explique Ellen Peters, psychologue et professeure à l'Ohio State University.

À l’inverse des Maximisers, il y a les Satisficers. Un terme qui dérive de la contraction des termes anglais satisfying (satisfaisant) et sufficient (suffisant). Comme leur nom l’indique, les Satisficers ne recherchent pas la satisfaction optimale mais la satisfaction suffisante. Ils prennent des décisions plus rapidement, plutôt fondées sur l'intuition que sur des recherches approfondies. Oui, ils risquent de ne pas toujours faire le meilleur choix. Il fallait peut-être scroller encore un peu plus pour trouver le airbnb parfait. Mais ça, ils ne le sauront jamais et c’est tant mieux. Les décisions prises par les satisfiscers leur apportent plus de satisfaction. Les vertus de l’ignorance, donc.

Le MFD à la rescousse du FOBO ?

Pour enfin réussir à savoir ce qu'il allait commander au dîner, le chroniqueur du NY Times Tim Herera affirme avoir trouvé une solution. Évidemment, elle se présente sous la forme d’un acronyme : MFD. Trois lettres pour Mostly Fine Decision. En Français, la Décision Essentiellement Juste.

D’après Tim Herera, la technique consiste à trouver l’équilibre entre le Maximiser et le Satisficer en trouvant son point de MFD. Concrètement, il s’agit de déterminer l’issue avec laquelle on serait à l’aise même si ce n’est pas absolument la meilleure. Demander à un Maximiser de se transformer en Satisficer, donc. C’est un peu comme dire à un alcoolique d’arrêter de boire ou à un dépressif d’être un peu plus heureux, pas vraiment efficace. Merci quand même, Tim.

FOMO + FOBO = FODA

Tim Herera n’a pas trouvé la solution miracle mais il a bien compris qu’il fallait agir contre le FOBO. Avec son grand frère le FOMO, ces termes ont été popularisés par Patrick McGinnis, investisseur en capital risque alors étudiant à la Harvard Business School. Dans un édito du journal des étudiants de l’université, il raconte comment l’observation de ses camarades lui a permis de distinguer deux comportements caractéristiques : FOMO et FOBO.

Sans modestie, l’article s’intitule « Théorie sociale à la Harvard Business School : les deux FO de McGinnis » - le terme FOMO avait été utilisé pour la première fois en 2000 par un expert en stratégie marketing nommé Dan Herman. Mais la lecture de l’édito révèle un troisième FO. « FOMO et FOBO sont des forces opposées, comme le yin et le yang, et peuvent mener une personne à un état de paralysie que j’appellerais FODA, Fear of Doing Anything », indique l’auteur. La peur de manquer une information et la peur de passer à côté d’une meilleure option s’opposent mais ne s’excluent pas. Et quand elles sont réunies, c’est la « Peur de Faire Quoi que ce soit » qui prend le dessus. FOMO + FOBO = FODA. Et vous restez paralysé sur votre canapé.

Qu’est-ce qu’une bonne décision ?

Alors, sommes-nous condamnés à manger à 22h devant un film Netflix qu'on a déjà vu ? À poursuivre la quête du match idéal sur Tinder sans jamais oser swiper à droite ? Pour Michelle Florendo, coach et experte en intelligence décisionnelle, la réponse est non. Selon elle, il faut d’abord ré-évaluer ce que l’on considère être une bonne et une mauvaise décision. « Beaucoup de gens pensent qu’une bonne décision produit un résultat positif. Mais cette vision ne tient pas compte du fait que, même si elle est en partie la conséquence de notre décision, l’issue d’un résultat ne dépend pas que de nous », explique-t-elle.

Nous avons tendance à considérer nos décisions comme absolument définitives. Ce qui mène à oublier qu’il y aura toujours de nouvelles opportunités d’effectuer de nouveaux choix. Une erreur, selon la coach. Au contraire, elle prône une approche pas à pas, un choix après l’autre. Surtout, Michelle Florendo recommande de définir ce que l’on désire avant de commencer à scroller indéfiniment parmi les options qui s’offrent à nous.

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