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Des sacs poubelles
© Tainar via GettyImages

Faut-il une grève des éboueurs pour qu’on se mette enfin au zéro déchet ?

Le 10 févr. 2020

Les poubelles françaises débordent. Mais c’est peut-être une bonne nouvelle pour la planète.

Depuis le 23 janvier 2020, les éboueurs ont rejoint le mouvement de grève contre la réforme des retraites. Après plus de 2 semaines sans collecte des ordures ménagères, les poubelles des grandes villes françaises débordent. Les images de détritus qui s’amoncellent sur les trottoirs ont fait le tour des médias et des réseaux sociaux. Et ont évidemment provoqué l’indignation de nombreux twittos.

Tandis que reviennent les habituelles rengaines sur la saleté des métropoles françaises, d’autres s’inquiètent de possibles risques sanitaires liés aux ordures. Et parmi les réactions, certains internautes préfèrent pointer du doigt un autre problème. Plutôt que de fustiger les grévistes ou d’interpeller le gouvernement, ils profitent des amas de poubelles pour parler de la surproduction de déchets.

568 kilos d’ordures ménagères par an et par habitant

Il faut dire qu’en matière de réduction des déchets, il y a fort à faire. La production de déchets par an et par habitant a diminué de 4,6% entre 2007 et 2016. Pas mal, mais d’après les derniers chiffres de l’Ademe, chaque Français génère toujours 568 kilos d'ordures par an en moyenne. Soit 10 kilos par semaine.

Parmi ces déchets ménagers, Citeo estime que le taux de recyclage est de 70% avec 48% des citoyens qui trient systématiquement leurs poubelles. C’est bien mais comme le rappelait Carlos de los Llanos qui dirige le service scientifique de Citeo, les grandes villes sont beaucoup moins efficaces que les campagnes en matière de recyclage. En cause, un sentiment d’anonymat qui nous rendrait moins responsables de nos poubelles. Et quand on partage ses poubelles avec tous ses voisins, on se rend également moins compte de la quantité de déchets, triés ou non.

La grève des éboueurs met les citoyens face à leurs responsabilités

Mais à voir les ordures s’accumuler dans les rues en seulement deux semaines, ignorer le problème de notre surconsommation devient quasiment impossible. Grève ou pas grève, le meilleur déchet est celui qu’on ne produit pas. Et pour moins produire, il faut changer notre façon de consommer. C’est la conclusion à laquelle est arrivée Amandine après avoir arpenté les rues de Paris au plus fort de la grève. « C’était presque beau tellement c’était laid », confie la directrice marketing d’une agence d’influence.

Déjà sensibilisée au problème de la surconsommation et des enjeux environnementaux, Amandine a tout de même été choquée par l’ampleur des déchets et surtout de voir « autant d’ordures s’accumuler en seulement quelques jours. » Mais elle y a aussi vu une occasion de prendre conscience de la surconsommation, rendue invisible par la collecte des déchets. Une idée qu’elle a partagé via son compte Instagram et qu’elle compte bien mettre en pratique en passant au vrac et choisissant ses produits avec encore plus d’attention.

Du côté de Marseille, Jean-Michel, 41 ans, a également complètement revu sa manière de consommer après un mouvement social des éboueurs. C’était durant l’été 2019 et il se souvient « des odeurs méphitiques qui s’échappaient des sacs laissés à l’air » allant jusqu’à gâcher son déjeuner en bord de mer avec des collègues. Peu sensibilisé au sujet à l’époque, ce manager dans la sécurité informatique évoque son malaise et sa culpabilité en voyant « qu’autant de poubelles pouvaient être générées en si peu de temps. »

Il n’en fallait pas plus pour convaincre Jean-Michel de s’engager dans la voie du zéro déchet. Depuis, il n’achète que des emballages recyclables, cuisine maison et fait son propre compost. Une façon pour chacun d’agir à son niveau même si, en France, les entreprises sont responsables de la majeure partie des déchets, rappelle l'Ademe.

Alice Huot - Le 10 févr. 2020
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