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Une femme qui fait du yoga
© Eternal Happiness via Pexels

Le conspirationisme a aussi infiltré le monde du yoga

Le 16 nov. 2020

Le complotisme, aussi, connaît une seconde vague. Et ça fait autant flipper que le Covid.

En plus de la pandémie de Covid-19, nous devons faire face à une autre épidémie : celle du complotisme. La sortie de Hold-up, le documentaire conspirationniste sur le Covid-19, mercredi 11 novembre est l’une des faces visibles de ce virus du complot qui s’infiltre partout. Même là où l’attend le moins.

Yoga + QAnon : le cross-over de l'année 2020

Venue des US mais qui fait très bien son trou en France, la théorie du complot du moment est bien sûr QAnon. Elle est née sur le forum 4chan et s’exporte désormais sur tous les réseaux sociaux mainstream. Instagram et, plus particulièrement, sa communauté de yogis adeptes de jus détox et de position du lotus, font partie du nouveau territoire d’influence de QAnon.

Le podcast américain Conspirituality décrypte le phénomène et recense les influenceurs bien-être qui embrassent la théorie QAnon. On y trouve, par exemple, Krystal Tini (145 000 abonnés) qui a posté dès mars 2020 un message qualifiant le Covid-19 de « fake news » en utilisant les #qanon, #qarmy et #qpost.

D’autres spécialistes du yoga sont plus subtils. C’est le cas de Stephanie Birch (50 000 abonnés) et son post a priori innocent sur l’éveil spirituel. Sauf que parmi les hashtags utilisés, on retrouve wwg1wga, l’un des slogans du mouvement. Le hashtag a depuis été retiré du post. La tendance est telle dans la communauté que Schuyler Grant, fondatrice du studio Kula Yoga Project, a posté une vidéo pour exprimer son inquiétude et dénoncer les dérives.

La « seconde vague » de QAnon

L’invasion des théories QAnon dans le monde du yoga a de quoi surprendre à première vue. Mais en y regardant de plus près, le mouvement de bien-être dans lequel s’inscrit la pratique constitue un terrain idéal pour les théories du complot. On y parle de s’éveiller spirituellement, de percevoir le monde différemment et d’accueillir les signes de l’univers. Les mêmes idées que l’on retrouve chez les complotistes. Ajoutez à cela des salles de fitness fermées et des yogis frustrés et tous les ingrédients sont réunis.

Loin d’être anecdotique, cette percée du complotisme dans le monde du yoga est surtout le signe d’une mutation inquiétante de la théorie QAnon. Alors que les disciples de Q sont lancés dans un jeu de piste géant à la recherche d’indices, les nouveaux adeptes se contentent de reprendre les éléments de langage pour en discuter entre eux, sur leur réseau. Interrogé par Insider, Marc Tuters de l’Université d’Amsterdam parle d’une « seconde vague de QAnon » et d’une « version pastel » du mouvement adaptée à l’esthétique Instagram qui n’a plus grande chose à voir avec les complotistes du début.

Sans recruter de nouveaux membres ultra-convaincus, la théorie QAnon s’étend à de nouvelles personnes et touche des communautés qu’on croyait hors de sa portée. Des chercheurs de l’Université d’Amsterdam parlent d’un phénomène de « normiefication » (normie étant un terme qui désigne quelqu’un qui n’est pas familier avec une sous-culture du web.) Pourquoi c’est grave ? Car le processus de « normiefication » a permis de « rendre le mouvement accessible et digeste à des gens qui n’étaient pas situés dans les extrêmes. » Les complotistes ont donc quitté la marge et ils s’attaquent maintenant au mainstream.

Alice Huot - Le 16 nov. 2020
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