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Une femme avec des barrettes colorées dans les cheveux sur fond rose
© o_nozdracheva via GettyImages

Vendre l'eau de son bain ou la cuillère de sa soupe... quand l'emotionalporn fait des adeptes

Le 8 oct. 2020

Vendre l’eau de son bain, sa dernière fournée de cookies ou juste un peu de son temps : le nouveau visage du commerce du sexe en ligne donne moins de sexe et plus d'émotions.

Il n’y a pas que l’appli de visioconférence Zoom qui profite de la crise. Pendant le confinement, on a aussi vu émerger le réseau social OnlyFans. Cet Instagram payant revendique une augmentation de 75% d’utilisateurs au moins de mars 2020 et a fait émerger « l’économie du nude ». La pandémie et le confinement ont logiquement accéléré la digitalisation du travail du sexe – dans la continuité du mouvement des cam girls. Mais, le travail du sexe ne change pas seulement de médium. Il change aussi de morphologie.

« Du sexy pas vraiment sexy »

OnlyFans doit son succès à l’impression de proximité entre les « stars » et leurs abonnés. Et les photos et vidéos sont loin d’être la forme la plus intime d’échanges. Sur OnlyFans comme sur les réseaux sociaux traditionnels, des internautes réinventent le travail du sexe en vendant toutes sortes d’objets. Une enquête publiée par le New York Times parle même de « nouvelle marketplace du sexy pas vraiment sexy ».

À côté des traditionnels sous-vêtements – généralement sales –, on trouve des objets bien plus inattendus. Interrogée par la journaliste Hannah Seligson, Kim Lee raconte avoir vendu une paire de chaussettes pour 850$. Celle qui exerce son activité en ligne à temps plein explique que ses clients « développent une forme d’attachement à son personnage, son look et sa marque. » Ces derniers sont donc prêts à dépenser des fortunes pour en posséder un petit bout – même s'il s'agit d'une paire de chaussettes malodorante.

Des culottes souillées aux chaussettes sales, il n’y a qu’un petit pas. Mais certaines stars du net sont beaucoup plus créatives quant aux objets qu'elles proposent à la vente. En juillet 2019, l’influenceuse Belle Delphine avait par exemple vendu l’eau de son bain. Rupture de stock quasi-immédiate pour de petits flacons vendus 30$ dollars pièce. Dans le même esprit, Mlle Lain raconte au New York Times avoir vendu des pinces à cheveux et même des biscuits de Noël faits maison pour la coquette somme de 200$. Dans le « business des camgirls » depuis 2012, elle affirme avoir depuis arrêté les vidéos pour se consacrer uniquement à la vente d’objets personnels.

De l’intime plutôt que du sexe

Évidemment, on n’a pas attendu OnlyFans pour inventer le fétichisme. Mais derrière la tendance qui peut faire sourire ou hausser un sourcil, on voit apparaître un besoin émotionnel qui prend le pas sur le sexuel. D’ailleurs, Mlle.Lain affirme que 70% de son job n’a rien à voir avec des actes sexuels.

« Je vends de plus en plus de mon temps. Je fais beaucoup d’appels vidéo, comme un Facetime avec une amie, sauf que je suis payée 5$ par minute », explique-t-elle à propos de son activité. Ella, étudiante à la Parsons School of Design, décrit le même phénomène. Elle facture entre 160$ et 200$ la session Skype de 45 minutes pendant laquelle elle reste simplement assise sur son lit à discuter avec son interlocuteur. Définitivement, sur Internet tout se monnaye, des pinces à cheveux usagées jusqu'au sentiment d'être écouté.

Alice Huot - Le 8 oct. 2020
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