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Ces youtubeuses anonymes filment leur train-train quotidien, et ça fait étrangement du bien
© capture d'écran YouTube

Ces youtubeuses anonymes filment leur train-train quotidien, et ça fait étrangement du bien

Le 18 juin 2020

Elles préparent de délicieux repas, font la vaisselle, changent les draps, caressent leur chat, profitent de la nature ou de leurs enfants… En Corée du Sud, une surprenante communauté de youtubeuses transforme la trivialité du quotidien en une expérience esthétique. 

Joie, calme et simplicité. Tel est le motto de ces jeunes femmes qui ont choisi de se filmer et de partager leur routine domestique sur YouTube. À rebours de nos vies bruyantes et surchargées, les vlogeuses sud-coréennes, Nyangsoop, Aji, Ondo ou encore Haegreendal offrent aux spectateurs un bouquet de vidéos apaisantes faisant la part belle aux petits rituels du quotidien. 

Éloge de la banalité

Mais ne vous y méprenez pas, tout, absolument tout est millimétré. De la lumière du jour caressant un plant d’herbes aromatiques, aux boules de pâte à cookies symétriquement disposées sur une plaque de cuisson, en passant par le plaisir de draps fraîchement changés, l’esthétique pastel et léchée de leurs vidéos procure un profond sentiment de quiétude. Il y a comme du Marie Kondo dans l’air, cette papesse japonaise du rangement qui nous aide à détoxer nos placards pour nous sentir mieux. 

On ne les voit pas, du moins jamais de face, mais on les entend vivre. D’ailleurs, les bruits de fond jouent un rôle primordial dans leurs contenus qui durent en moyenne une quinzaine de minutes. À la manière des vidéos ASMR ou « oddly satisfying » qui inondent la plateforme, le cliquetis des couverts, le bruit du vent dans les arbres, le craquement d’un œuf qui casse dans un bol ou le bruit d’une bière que l’on décapsule après une dure journée de travail sont autant de petites gourmandises qui font frémir nos yeux et nos oreilles. La vie quotidienne, dans tout ce qu’elle peut comporter de trivial, est romancée de façon poétique, parfois mélancolique. 

Le goût du temps long

On s’y plonge, de prime abord, un sourire moqueur aux lèvres. Mais à mesure que les images défilent, l’expérience devient presque méditative. En filigrane, ces youtubeuses, femmes au foyer ou working girls, nous apprennent à reprendre le temps, à profiter de ces petits riens qui ponctuent nos journées et à faire les choses en conscience. Haegreendal, peut-être la vlogueuse la plus populaire des quatre avec plus d’un million d’abonnés, le pose en ces termes pour titrer l’une de ses vidéos : « ces petits bonheurs que j’aurais pu manquer. »

On apprend surtout à dédramatiser la solitude et à ne plus culpabiliser de cocooner à la maison. Il est parfaitement acceptable de ne rien faire de « constructif » de sa journée, parfaitement honorable de prendre soin de soi et de son intérieur un samedi soir, parfaitement concevable de n’avoir envie de voir personne, confinement ou non.

Bien sûr, on est parfois tenté de zapper, mais on s’arrête, quelques secondes plus loin pour continuer à regarder. Comme l’écrit le magazine I-D, « leurs vidéos nous réconfortent, mais n’engendrent pas l’envie ». Une parenthèse bien-être, bien loin de l'esthétique bling-bling d’Instagram.

Margaux Dussert - Le 18 juin 2020
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