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Meta Glasses by Kylie : Kylie Jenner peut-elle rendre la surveillance désirable ?

La recette pour faire adopter de bon cœur une technologie invasive ? L'habiller en accessoire de mode, en faire un objet désirable et choisir Kylie Jenner comme égérie. Et surtout, persévérer.

Le 23 juin 2026, Meta lance ses premières lunettes sous sa propre marque, en collaboration avec EssilorLuxottica. Trois modèles, de 309 à 419 euros. Pour le plus onéreux, Mark Zuckerberg s'est offert Kylie Jenner : Starfire est un modèle ovale slim, avec détail façon diamant, pont nasal pensé pour ne pas faire couler le maquillage (on vous voit rouler des yeux), esthétique office siren / smart hot girl... L'une des figures emblématiques d'Instagram, propriété de Meta, prête même sa voix à Meta AI, l'assistant embarqué, au cas où vous voudriez l'entendre susurrer la météo ou vous répéter des affirmations à l'oreille.

Mais derrière le vernis mode, les Meta Glasses restent un produit tech très particulier : une caméra portée au visage, capable de filmer en 3K, d'enregistrer le son, de détecter visages, objets et texte. En clair, un dispositif individuel d'enregistrement permanent dans l'espace public.

Quelques mois avant ce lancement, une enquête suédoise révélait ce que voyaient les annotateurs de données chargés d'étiqueter les vidéos filmées via les Ray-Ban Meta pour entraîner les modèles IA : actes sexuels, passages aux toilettes, numéros de carte bancaire... « Si les clients savaient ce que nous pouvons voir, ils arrêteraient de les utiliser », témoignait l'un d'eux.

Cela fait plus de dix ans que la Big Tech tente de nous convaincre que l'avenir du smartphone se porte sur le nez. Les Google Glass, lancées en 2013, avaient pourtant tenté l'approche par la mode dès le départ : Sergey Brin s'était installé au premier rang du défilé Diane von Furstenberg, les modèles portant les lunettes sur le runway, tandis que la créatrice, elle-même dotée, donnait ses consignes à distance. Pas suffisant pour échapper au terme Glasshole, savoureuse contraction entre glass et assh*le, qui finira par signer leur arrêt de mort. En 2021, Meta tente une approche avec Ray-Ban Stories, sans grand succès. Mais les Ray-Ban Meta de deuxième génération, lancées fin 2023, changent la donne et contribuent à porter le marché à sept millions de paires vendues en 2025, probablement grâce à l'intégration de Meta AI et l'explosion des assistants conversationnels. Une performance toutefois mesurée, comparée aux 100 millions de smartwatches et 1 milliard de smartphones.

Fashion washing

Il semblerait donc que le dernier verrou à faire sauter ne soit plus technique, mais culturel. Après l’échec social de Google Glass et le succès fonctionnel des Ray-Ban Meta, Kylie Jenner a une fonction précise : faire entrer les lunettes connectées dans l’imaginaire du style. Confier l'objet à une icône beauté permet ainsi de déplacer la question. Ne plus se demander ce que l'appareil fait, mais s'il nous va bien.

La sociotechnologue Sarah Saska parle d'une technologie invasive enveloppée de beauté, de féminité et de familiarité jusqu'à devenir ordinaire. Ce n'est pas si nouveau : l'iPod a connu le succès en tant qu'accessoire de mode, la montre connectée en objet wellness. Les Meta by Kylie prolongent cette logique de fashion washing, avec un enjeu supplémentaire : la vie privée.

En 2024, deux étudiants de Harvard ont montré avec le projet I-XRAY qu'en connectant ces lunettes à un outil de reconnaissance faciale, il devenait possible d'identifier un inconnu dans la rue et d'obtenir son nom, son employeur ou son adresse en temps réel.

Sous le post de Saska, une internaute résume le dilemme : « I hate that I'm actually tempted to buy them bc they're so cute. » ( « Je me déteste de les vouloir, car elles sont si mignonnes. » ) D'autres évoquent des hommes portant ce type de lunettes en salle de sport pour filmer des femmes à leur insu. Ailleurs, on parle de « Cybertrucks for the face », en référence au SUV anguleux de Tesla, devenu malgré lui le symbole du mauvais goût technologique et de l'hubris de la Silicon Valley. Désir esthétique et colère semblent cohabiter sans s'annuler. Et si c'était précisément dans cet écart que le procédé compte opérer ? Rendre l'objet désirable pour certains, pour s'imposer dans la normalité de tous.

Meta concentrait déjà 82 % des expéditions mondiales de smart glasses au second semestre 2025. Samsung, Google, Snap (avec les Specs, ses lunettes de réalité augmentée, à mi-chemin entre les smart glasses et le casque AR) et Apple avancent aussi leurs pions. Au moment où la confidentialité et la déconnexion deviennent le nouveau luxe, les lunettes connectées entreront-elles vraiment dans le mainstream ? Rien n'est moins sûr : Selon Mother Jones, Kylie Cosmetics et sa ligne de vêtements KHY peinent à retrouver leur éclat d'antan, et la Gen Z, cible évidente de l'opération, déteste l'IA de façon quasi unanime. À la soirée de lancement mardi, son compagnon Timothée Chalamet s'est d'ailleurs mis en mode privé : hoodie, casquette... et pas l'ombre d'une paire de lunettes Meta sur le nez.

Carolina Tomaz

Journaliste, rédactrice en chef du Livre des Tendances Business de L'ADN.

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commentaires

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  1. Avatar Anonyme dit :

    Bonjour à toutes et tous ,

    Fuyez cette merde des lunettes connectées et la misère qui va avec ...Comme les caméras de Vidéo ... qui ne sont là que pour vous baiser.

    Et sinon , faites les payer cher ces chiens (google, Meta , Instagram , microsoft , amazon ) pour communiquer vos données .... C'est minimum 250$ l'adresse mail

    Sinon dehors ces minables

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