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Avatar, Black Panther, Monstres et Cie : ces films qui vont nous aider à inventer le monde d'après

© Avatar

Incendies, épidémies et inflation... Cet été, nos consciences ont pris une claque. Changer, oui, mais pour quel modèle ? Une étude ouvre quelques pistes inspirées de la pop culture.

Ce n'est pas vraiment comme ça qu'on avait espéré le fameux monde d'après. Entre canicule, guerre en Ukraine et sentiment de solitude, l'avenir n'est guère réjouissant. Mais d'autres chemins sont possibles, et étonnante bonne nouvelle : la majorité des gens s'entendent sur ce que pourraient être les sociétés de demain. C'est ce que démontre la dernière édition de l'étude Trend Obs de l'Ipsos, qui a ausculté les aspirations de faiseurs de tendances au travers du prisme... de la pop culture. Pour ces visionnaires, l'un des futurs désirables pourrait se situer quelque part entre Monstres et Cie et Avatar. Explications de Thibaut Nguyen, directeur Tendances et Prospective chez Ipsos.

Qui avez-vous sondé pour savoir à quoi pouvait ressembler un modèle de société durable et pourquoi ?

Thibaut Nguyen : Il s'agit de trend setters (ndlr : faiseurs de tendances), c'est-à-dire des gens que l'on recrute pour être un peu en avance sur l'air du temps et sur la manière dont ils perçoivent les enjeux et solutions. Nous avons pris soin de sélectionner des personnes qui se revendiquent de toutes obédiences idéologiques et politiques, d'ultra-conservateurs à ultra-progressistes. Pour cette édition, les trend setters sont aussi des personnes qui contribuent activement par leur travail ou leurs diverses activités (association, investissement dans leur Église, etc.) à faire advenir le monde qui leur paraît le plus juste et positif. Alors que l'ensemble de la société semble plutôt figé dans une sorte de statu quo un peu sclérosé et tendu, ce sont des gens qui s'inscrivent déjà dans le mouvement. Ils proviennent de pays que nous suivons de près d'année en année (France, États-Unis, Angleterre, Inde, Chine) et de régions qui nous semblaient intéressantes à sonder pour cette édition en particulier : la Suède (pour son tropisme sur la qualité de vie et l'écologie), le Nigeria (un pays riche en ressources, dynamique, mais soumis à une forte pression politique) et le Vietnam (qui a vu, l'année de l'étude, l'émergence de mouvement écologique et en faveur de l'égalité des sexes).

Qu'est-ce qui vous a frappé dans les réponses obtenues ?

T. N : Le dénominateur commun lorsqu'on demande aux gens de nous parler du monde qu'ils souhaitent voir éclore est la restauration du lien humain. Globalement, tous ont envie d'un monde où on (ré)apprend à vivre ensemble de manière fertile. C'est l'enjeu le plus important pour tous ! Une remarque est souvent revenue : à quoi cela sert de réparer la planète si c'est pour s'y déchirer ? Ces retours partaient d'un constat : aujourd'hui, les individus — enfermés dans leur identité — s'opposent de plus en plus, et vivent campés sur des positions extrêmement individualistes. Plusieurs éléments exacerbent la tendance : tout d'abord le digital, qui crée des bulles de réel autour de nous et nous isole ; ensuite, la guerre et la pandémie, qui ont pour effet de présenter l'autre comme une menace, une mise en danger de ses valeurs et de son identité, voire de sa sécurité et intégrité physique. (Rappelons que 70% des Français estiment qu'on ne peut pas faire confiance aux autres.) Tous les sondés estiment qu'on est devenus trop intolérants à la différence. C'est, je pense, le plus grand défi auquel nous avons à faire face : retrouver une manière de se lier les uns aux autres pour empêcher l'éclatement de la société.

Quels sont les modèles qui vous ont été donnés en exemple pour pouvoir retrouver ce lien ?

T. N : Quelques œuvres sont régulièrement ressorties, et ce, quels que soient l'idéologie ou le pays d’origine des sondés. La première, c'est Wakanda (ndlr : un royaume fictif d'Afrique de l'Est que l'on retrouve dans l'univers Marvel, notamment dans le film Black Panther). Ce qui est intéressant, c'est que cela fait référence à des communautés un peu autarciques : pour restaurer du lien, il ne faudrait pas selon eux être trop différents, inégaux ou nombreux. S'il est en effet possible de faire vivre une nation à grande échelle lorsqu'un cadre plus ou moins coercitif est accepté ou subi par tous (comme en Chine par exemple), développer une démocratie à un milliard semble impossible. Après le passage de l'individualisme qui a rendu chacun conscient de sa valeur et de son identité propre, il semble impossible d'arriver à un consensus dans un contexte où trop de singularités se rencontrent. (Ce qui est le cas à l'Assemblée Nationale actuellement...). Il faudrait donc revenir à un modèle plus protégé et déployé à échelle humaine, ce qu'on retrouve dans le film de super-héros Black Panther avec le Wakanda... Dans l'univers Marvel, le royaume du Wakanda — première projection positive et moderniste de la société africaine — repose sur le respect de traditions africanistes et sur la gestion communautaire des ressources. Rappelons qu'au début de la fiction, le Wakanda vit dans le secret le plus total. D'autres représentations allaient aussi dans ce sens, puisant dans l'héritage de tribus amazoniennes et d'autres sociétés plus originelles : certaines tribus d'Amérique de Nord avaient par exemple la coutume, lors de débats concernant l'ensemble du village, de se rassembler et de ne pas interrompre la discussion tant qu'un consensus n'était pas atteint par tous sans exception, ce qui n'est évidemment possible qu'à petite échelle. Au-delà de l'autarcie, c'est le fait de se parler en face-à-face — ce qui laisse le temps de comprendre le point de vue de l'autre, de le rencontrer, de manière honnête et authentique et sous le regard du groupe — qui est régulièrement revenu. Pour les sondés, c'est la gouvernance du groupe qui permet d'arriver à un modèle stabilisé, en s'éloignant de la culture du débat performatif, rapide, désincarné et émotif. À titre personnel, je ne pense pas qu'on puisse faire l'économie à l'avenir d'une étape communautariste et non sectaire, qui serait ouverte et fertile car destinée à réapprendre le lien, le dialogue, l’interaction et le partage.

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Il se passerait quoi, une fois que l'on aurait (ré)appris à se parler ?

T. N : On se tournerait vers un nouveau modèle qui permettrait de dépasser le communautarisme, celui de Monstres et Cie. (ndlr : dans ce film d'animation Pixar, la principale source d'énergie alimentant une ville de monstres pelucheux provient des cris d'enfants effrayés la nuit par les monstres...). Dans ce dessin animé, enfants et monstres finissent par bosser ensemble pour produire des rires plutôt que des pleurs, on constate finalement qu'ils sont aussi plus riches en énergie. Une fois ce sens du lien retrouvé, on deviendrait capable d'intégrer l'autre, le plus différent qu'il soit, celui que l'on trouvait menaçant et toxique. Cela devient possible uniquement lorsqu'on observe celui qui nous faisait peur depuis un socle, une base, un lieu de sécurité, pour petit à petit l'apprivoiser. Sur le même principe de compréhension de l'autre et de coopération, Zootopia et Falcon et le Soldat d'Hiver ont aussi été beaucoup cités.

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Star Trek est aussi beaucoup revenu dans les projections... Pourquoi ?

T. N : C'est une sorte de troisième étape qui propose un système fédéral. Dans la série de science-fiction des années 60, une Fédération des Planètes Unies s'est accordée sur une charte plébiscitant un certain nombre de valeurs et grandes règles plutôt progressistes. (Exemples : règle de non-agression, mais aussi lois permettant aux différentes civilisations d'échanger selon sa monnaie et ses moyens...) C'est l'un des avenirs possibles qui consisterait à retrouver le sens des Nations-Unies, où une gouvernance élue pourrait fédérer toutes ces communautés dans un fonctionnement commun sans jamais nier leurs identités et façons de vivre. Une question fait toujours débat chez les sondés : quelle sorte d'entité doit diriger cette fédération ? Des représentants de chaque communauté ? Un conseil des sages, constitué selon le modèle de la Grèce ancienne idéalisée de philosophes non soumis aux impératifs de pouvoir et de rentabilité ? Ou encore une intelligence artificielle (IA), capable de traiter beaucoup plus de données que nous tout en demeurant neutre ?

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Quelle place est accordée à la nature, aux high-tech et low-tech ?

T. N : C'est l'une des grandes questions qui n'a pas été résolue et qui faisait un peu division : cette société du lien doit-elle se passer de technologie ou les intégrer ? En tout cas, la nature était tout le temps présente et prépondérante dans les réponses des sondés... L'équilibre nature/tech est par exemple tout à fait patent dans Wakanda. Faire sans la nature (une nature plus ou moins dirigée) n'est un scénario d'avenir pour personne ! À ce titre, le second modèle le plus cité était d'ailleurs Avatar. Ici, c'est l'Arbre des Âmes, une entité un peu divine qui fait loi, autour de laquelle on s’unit dans le respect de la vie, du vivant et de la spiritualité. C'est l'adhésion à ces valeurs qui permet de fournir un cadre de dialogue et des règles de bonne conduite. Également souvent cité, The Venus Project. Ce modèle utopique proposé dans les années 70 par l'architecte Jacques Fresco et sa femme conçoit une société complètement synergique entre nature et hypertechnologie : ici, c'est une IA qui s'occupe de toute la gestion de la société afin de laisser aux individus les tâches à valeur ajoutée, la créativité etc. Finalement, les avis recueillis étaient très partagés : low tech contre high tech, Avatar contre Venus Project...

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