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Donald Trump lors d'un speech de 2013
© Gage Skidmore

D'après Twitter, on n'en a déjà plus rien à faire du réchauffement climatique

Le 27 févr. 2019

Sur Twitter, les internautes n'hésitent pas à s'insurger à la moindre contrariété. Mais lorsqu'il s'agit de parler des températures anormalement élevées, il y a beaucoup moins de monde. Une étude américaine révèle que les twittos ne s'émeuvent plus du tout du changement climatique. 

Les étudiants ont beau se mettre en grève pour la planète, sur Twitter, le réchauffement climatique n’émeut plus grand monde. Une étude menée par des chercheurs Américains a analysé des milliards de tweets sur la météo et les températures. Résultat : les températures exceptionnellement élevées n’étonnent plus personne.

On ne fait rien parce qu’on a la mémoire courte

Pourtant, force est de constater que le mois de février 2019 est particulièrement doux. Voire chaud avec des températures qui frôlent les 20°C à Paris. Bien au-dessus des moyennes de saison. D’après Météo France, les températures normales d’un mois de février à Paris – calculées entre 1981 et 2010 – oscillent entre 2,8°C et 8,3°C. Pas vraiment un temps à aller se poser sur les bords du canal Saint-Martin, donc.

Le problème, c’est qu’au lieu de changer nos comportements – et attendre le mois de mai pour passer ses dimanches sur les bords dudit canal, on normalise les évolutions climatiques. Même extrêmes. Et les responsables, ce sont notre cerveau et ses biais.

D’après l’étude, nous avons la mémoire courte. Pour déterminer une température « normale », notre cerveau ne se base que sur notre ressenti des dernières années, entre 2 et 8 ans maximum. Or les climatologues étudient, en général, des périodes de 30 ans. Et ce problème de mémoire se voit sur Twitter. L'analyse de 2,18 de milliards de Tweets géolocalisés publiés entre mars 2014 et novembre 2016 montre qu’au fil des ans les messages sur les températures anormales diminuent. Plus on est exposés à des conditions climatiques exceptionnelles, moins on les remarque.

Graphique de l'évolution des températures et de leur ressenti sur Twitter

En rouge, la courbe des prévisions de l'évolution des températures. En bleu, la façon dont la population perçoit les changements.

« Le risque c’est de complètement normaliser ces conditions climatiques. Nous subissons des conditions qui sont historiquement extrêmes mais elles peuvent ne pas sembler particulièrement inhabituelles si on oublie ce qu’il s’est passé il y a plus de 5 ans », explique Frances C. Moore, l’une des autrices de l’étude. Le véritable danger, c'est donc de ne pas être prêt à faire face aux dérèglements climatiques

Nous sommes dans une casserole qui chauffe lentement jusqu’à ébullition

Pour les chercheurs, notre situation est comparable à celle de la fable de la grenouille. Une grenouille qui saute dans une casserole d’eau bouillante en ressort immédiatement. En revanche, si on augmente peu à peu la température jusqu’à ébullition, l’amphibien finit ébouillanté sans avoir vu venir le danger. Mais là, la grenouille, c’est nous. Nous sommes donc en train de bouillir dans une gigantesque marmite sans même coasser.

En octobre 2018, une autre étude – à laquelle l’un des chercheurs de cette nouvelle étude avait déjà participé – montrait que le changement climatique avait un impact négatif sur notre santé mentale. D’après cette étude, une exposition à l’ouragan Katrina avait engendré une augmentation de 4% la probabilité d’avoir des difficultés psychologiques. Une hausse des températures de 1°C sur 5 ans mènerait à une augmentation de 2% des risques de problèmes de santé mentale.

Un sentiment que l’on retrouve dans cette nouvelle étude. « Nous avons remarqué que les températures extrêmes rendent quand même les gens malheureux. Mais ils ont arrêté d’en parler. C’est vraiment la fable de la grenouille. Les gens s’habituent à des changements qu’ils préfèrent ignorer. Mais ce n’est pas parce que les gens n’en parlent pas que ça n’a pas un impact négatif sur eux. » ajoute Frances C. Moore.

Serait-on donc condamnés à rester déprimer dans notre marmite bouillante sans rien faire ? Pas forcément, c’est le moment de remonter ses manches, de lutter contre les biais cognitifs et d’agir.

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