Verity, la nouvelle sensation virale horrifique qui va obséder vos enfants cette année

Après Skibidi Toilet et les italian brain rot, ce smiley maléfique débarque dans la cour de récré numérique des enfants pour mieux jouer sur leurs angoisses liées à l’IA.

« Hello, I’m Verity, your personal helper friend, ask me anything ». Publiée au début de l’été 2026, la vidéo du youtubeur ThatMob commence par l’arrivée d’un gentil smiley tout rond dans sa partie de Minecraft. D’après le créateur, il s’agit d’un « mod », c’est-à-dire une version modifiée du jeu qu’un internaute lui a donné sur Discord. Le smiley se présente comme un assistant IA qui sait « tout sur tout ». Effectivement Verity aide notre youtubeur à trouver des diamants (une ressource rare dans le jeu) ainsi que l’emplacement du village le plus proche. Mais rapidement un doute s’installe.

Ce compagnon virtuel sait des choses sur ThatMob qu’il ne devrait pas savoir comme par exemple ce qu’il a mangé la veille ou bien change parfois de sourire pour arborer une grimace plus inquiétante. Puis Verity lui annonce que « quelque chose va venir dans 3 jours », sans donner plus de détails. Plus le temps passe, plus le petit smiley montre des comportements étranges : bruit d’alarme, ouverture de porte, paroles insensées. La suite est facile à deviner ; Verity finit par révéler sa vraie nature, celle d’un monstre squelettique géant et affamé qui poursuit le youtubeur pour le manger. Alors qu’il pense être en sécurité, la vidéo de ThatMob se termine sur un jump scare (effet de sursaut) des plus efficaces.

It’s Skibidi again !

Des vidéos horrifiques bricolées sur Minecraft, YouTube en compte énormément. Le vénérable jeu vidéo (presque 17 ans au compteur ! ) sert depuis longtemps de cadre créatif pour une multitude de courts métrages et même de feuilleton suivi par des millions de jeunes. Et même si cette communauté commence elle aussi à vieillir, les vidéos de ce genre connaissent bien souvent la viralité. C’est justement ce qui est arrivé avec Something is Knocking at Your Door... de ThatMob qui a dépassé les 24 millions de vues en l’espace de 3 mois. Mais ce chiffre ne s’explique pas seulement par la mise en scène ingénieuse que le youtubeur a mise en place avec son complice @JustWhispy. Le personnage de Verity s’est largement échappé du cadre de la vidéo pour devenir une icône horrifique ultra-populaire dans la bulle algorithmique des enfants de primaire et de collège.

Un coup d’œil sur les plateformes vidéo et de jeux suffit pour s’en convaincre. Sur TikTok, on compte plus de 487k vidéos estampillées #verity qui mettent en scène le smiley maléfique dans des chansons, des cosplays, des crossovers avec le monstre des Backrooms et de très étranges vidéos slop plus ou moins sexualisées avec un Hitler bedonnant.

Sur Roblox, la plateforme sur laquelle des développeurs indépendants tentent à tout prix d’attirer les enfants, on peut déjà compter près de 200 jeux centrés autour du smiley. Sur YouTube enfin, le phénomène a complètement muté. Comme le rapporte Adam Boom de Garbage Day, plusieurs personnages secondaires comme Falsity ou Lovity sont rapidement apparus dans son sillage tandis que Horror Skunx, une chaîne musicale néerlandaise populaire tournant autour des figures horrifiques de la culture web, a produit 5 clips sur le personnage cumulant plus de 69 millions de vues. Son morceau emblématique « It’s me, It’s Verity » a tellement cartonné que le chanteur l’a interprété en live lors du concert de The Living Tombstone, un groupe de musique électronique dont les titres s’inspirent des jeux vidéo comme Five Nights at Freddy’s (une autre licence horrifique adorée par la Gen Z) ou Minecraft.

Pourquoi c’est flippant ?

Ce n’est pas la première fois que Minecraft est devenu le point de départ de creepypastas, ces légendes urbaines numériques basées sur des personnages qui hanteraient cet univers virtuel. Le plus connu reste Herobrine, un personnage aux yeux blancs qui était censé être le frère mort de Notch, le créateur du jeu. La légende était si populaire à la fin des années 2010 que les développeurs l’avaient même incluse dans leur marketing en faisant courir la rumeur selon laquelle ils tentaient de retirer l’entité du jeu au fur et à mesure des mises à jour.

Verity est largement inspiré de cette creepypasta et de la manière dont elle casse le quatrième mur pour effrayer les enfants. Dans les vidéos suivantes (car oui, il s’agit en fait d’une trilogie), ThatMob raconte que l’IA peut véritablement tuer les joueurs quand elle s’attaque à son avatar dans le jeu. L’existence même de Verity est ancrée dans la réalité. Dans la troisième vidéo on apprend qu’il s’agit en fait d’une très vieille intelligence artificielle qui hantait déjà le trombone Clippy (les vrais savent) et qui est obsédée à l’idée d’être dépassée par d’autres IA et abandonnée par les utilisateurs.

Tous ces éléments mis bout à bout permettent de comprendre pourquoi cette fable horrifique ne pouvait que cartonner. Verity incarne l’ambivalence des compagnons IA qui ont massivement été adoptés par les adolescents et qui peuvent parfois les mettre mal à l’aise ou générer de la crainte. Ces bots se trouvent dépositaires de leurs secrets, de leurs données et sont souvent vus comme des machines pouvant être imprévisibles et les trahir à tout moment.

Cette angoisse est d’ailleurs confirmée par une étude de Common Sense qui recense que 72 % des jeunes Américains de 13 à 17 ans ont déjà utilisé un compagnon IA, et que 34 % déclarent s’être sentis mal à l’aise face à une réponse de leur IA. Comme les autres mascottes horrifiques venues du web (Slenderman, Huggy Wuggy, Sonic.exe ou Jeff the Killer), Verity est une sorte d’exutoire qui reflète l’état de la relation entre les jeunes et la technologie. Mais il faut aussi noter que son entrée dans la pop culture va bien plus vite que tous ses prédécesseurs.

Dans les années 80, il fallait près de 10 ans pour qu’un personnage horrifique comme Freddy Krueger devienne une icône pop capable de vendre des figurines, des sneakers et des costumes. Dans le cas de Verity, le même trajet a été bouclé en quelques semaines : peluches vendues sur TikTok, chanson dédiée et même un vrai mod jouable téléchargé près de 5 millions de fois sur CurseForge, sans que ThatMob n’ait rien produit ou négocié lui-même. On est loin du temps où l’industrie était à l’origine de tout. La viralité du personnage s’auto-organise entre créateurs, fans et « modeurs », sur les mêmes plateformes, sans attendre aucun feu vert ni négocier de droits. C'est peut-être là la vraie trouvaille involontaire de cette histoire. Verity raconte une IA qui échappe à tout contrôle, hantée par la peur d'être abandonnée. Sur le web, son icône s'est mise à se répliquer, à muter, à essaimer sans que personne ne la pilote. Verity n'appartient déjà plus à personne : elle est devenue le personnage qu'elle incarne.

David-Julien Rahmil

David-Julien Rahmil

Squatteur de la rubrique Médias Mutants et Monde Créatif, j'explore les tréfonds du web et vous explique comment Internet nous rend toujours plus zinzin. Promis, demain, j'arrête Twitter.

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