La SCP fondation capture nos peur

Fondation SCP : les coulisses de cette fiction cauchemardesque imaginée par les internautes

Depuis 2007, des internautes écrivent ensemble l'histoire des archives terrifiantes de la Fondation SCP, une organisation puissante et secrète. Plongée dans cette œuvre unique de la pop culture.

Connaissez-vous l’histoire de la petite cuillère en argent qui a le pouvoir de vous plier la colonne vertébrale à 90° en arrière dès que vous la touchez ? Et celle de Big Charly, une créature bovine haute de 3 mètres qui produit continuellement de la viande et qui doit être découpée vivante ? Ou bien encore celle de cet escalier dont les marches descendent à l’infini ? Tous ces récits horrifiques appartiennent à une seule et même œuvre, collective et tentaculaire qui est en cours d'écriture depuis plus de 15 ans : la Fondation SCP. Cette mythologie horrifique est la source d’inspiration de séries télé, de jeux vidéo, mais aussi d’autres esthétiques inquiétantes comme les backrooms et les espaces liminaux qui font la joie de tiktokeurs créatifs.

Comment sont nés les SCP ?

Apparus sur la section dédiée au paranormal du forum 4chan, les SCP, comme on les appelle, sont des récits horrifiques rédigés sous forme de rapports émanant d’une puissante organisation dont l’objectif est de « Sécuriser, Contenir, Protéger ». Toujours formatés de la même manière, ces documents décrivent un lieu, un objet ou bien une créature paranormale, sa dangerosité, son mode de fonctionnement et surtout la manière dont le phénomène décrit est tenu secrètement confiné pour ne pas mettre l'humanité en danger. L’écriture est froide, administrative et certains passages sont présentés comme étant censurés. Tout est fait pour donner une crédibilité à ce qui semble être un compte-rendu qui aurait fuité sur les réseaux. 

Un jeu de rôle qui mélange réalité et fiction 

« Au départ des SCP, il s’agissait de creepy pasta, ces petites histoires d’horreur que l’on raconte sous la forme d’un témoignage à la première personne pour mieux brouiller la frontière entre la fiction et la réalité » , explique Alt 236, youtubeur spécialisé dans les esthétiques étranges et fantastiques du web. Il a consacré une longue vidéo d’exploration de l'univers des SCP. « Il y a une habitude de jeu de rôle sur ce forum qui consiste à se faire passer pour un agent du gouvernement qui fait fuiter de faux documents, raconte de son côté Laura Goudet, maîtresse de conférences en linguistique anglaise à l’Université de Rouen et spécialiste d’analyse de discours en culture numérique. Le style froid et très administratif des premiers SCP fournit un cadre d’écriture très facile à reproduire par les autres internautes qui se sont mis à inventer leur propre histoire. »

Ce qui était un simple jeu créatif s’est peu à peu transformé en une œuvre massive. En août 2021, on comptait plus de 6 600 rapports et plus de 4 200 histoires annexes, tous écrits et édités par des milliers de participants anonymes. Dépassant largement les frontières du forum 4chan, les SCP ont été rassemblés sur un wiki (un site participatif) en 2008 et ont été traduits en une quinzaine de langues. Pour organiser toute cette création, il a forcément fallu établir quelques règles. Comme sur Wikipédia, un groupe d'experts vétérans cadre les traductions et les nouveaux récits. Ces derniers sont validés ou bien jugés non canon quand ils dévient du principe de base. Les histoires humoristiques ont ainsi été exclues. La communauté peut voter pour son histoire préférée. Mais leurs auteurs n'en tireront ni gloire, ni ressources. 

Écrire un SCP ne vous rendra pas célèbre

On ne connaît jamais l'identité des auteurs de SCP, même des plus populaires. Leur nom n’apparaît pas à la fin et le style d’écriture est volontairement formaté pour respecter son caractère administratif. Pour Alt 236, cette préférence pour l’anonymat est l’une des plus intéressantes caractéristiques de cette œuvre collective. « Le but ultime d’un auteur de SCP c’est que son histoire devienne légendaire, explique-t-il. Mais tout est fait pour que l’auteur s’efface derrière le récit. D’ailleurs les contributeurs ne parlent jamais de la fondation SCP comme d’une œuvre collective. Même dans leur échange, ils maintiennent une couche de jeu de rôle pour donner l’impression que cet univers existe vraiment. »

La peur du quotidien

Pour qu’un SCP devienne vraiment viral, il doit avant tout faire peur. Les histoires les plus populaires partent souvent d’éléments tout à fait normaux qui sont tordus jusqu’à créer le malaise. L’un des exemples les plus représentatifs est celui du SCP-198 qui évoque un mug fusionnant avec la main de la personne qui l’attrape et qui se remplit peu à peu de ses liquides corporels jusqu’à provoquer sa mort. « Les SCP reflètent une forme d’horreur du quotidien, poursuit Alt 236. Ils sont particulièrement réussis quand ils arrivent à rendre angoissant un objet de la vie de tous les jours. Plutôt que de catalyser une peur connue, ils rendent la réalité même plus étrange et menaçante. » 

Surreal Bureaucracy 

Nés avec l’arrivée des wikis dans le tournant des années 2010, les SCP sont avant tout des œuvres écrites. Ça ne les a pas empêchés de connaître une vie au-delà du texte avec de très nombreuses illustrations, mais aussi des adaptations sous forme de courts-métrages, séries et jeux vidéo. Sur YouTube des milliers de vidéos explorent le lore (c’est-à-dire l’univers de la fondation) et passent en revue les SCP les plus iconiques. L’esthétique Surreal Bureaucracy qui mélange de manière très fine l’étrange avec l’univers administratif se retrouve dans le jeu vidéo Control de 2018 ou bien encore la récente série Loki, sortie sur Disney+

Les backrooms, le renouveau des SCP ?

Cette évolution des récits vers des formes plus visuelles n’est d’ailleurs pas du seul fait des vidéastes et des studios professionnels. Les internautes ont aussi investi ce champ, notamment au travers des backrooms, une sorte de suite spirituelle de la fondation SCP. Il s’agit de témoignages venant d’internautes expliquant qu’ils ont glissé sans le vouloir dans une réalité parallèle et se sont retrouvé coincés dans une enfilade de couloirs et d’espaces liminaux toujours plus angoissants. Comme pour les récits SCP, les backrooms sont nées sur 4chan en 2018 avec une première image montrant une série de pièces couvertes de papier peint jaunâtre et un témoignage indiquant comment survivre dans cet environnement hostile. Le Youtubeur Feldup, spécialisé dans les histoires étranges et les creepastas a lui aussi produit une superbe vidéo d'exploration dans laquelle il explique que l'emplacement où l'image originale a été prise n'a jamais été retrouvé dans la vraie vie.

Depuis, des milliers d’internautes continuent d’inventer des réalités parallèles desquelles il faut s’enfuir en trouvant des procédures toujours plus complexes. Si la plupart des créations sont recensées dans un wiki, c’est bien sur les serveurs Discord ou dans des groupes Facebook dédiés que les créateurs soumettent leur image et leur histoire. « Avec les Backrooms, c’est l’image qui prend le pas sur le texte, explique Laura Goudet qui est aussi créatrice de récits de ce type à ses heures perdues. C’est bien plus simple à partager sur Instagram ou TikTok. En dehors de ces changements, les principes restent les mêmes. On continue de s’effacer derrière le récit, on maintient ce mélange entre fiction et réalité et surtout on continue de tordre les choses quotidiennes comme des couloirs d’écoles ou de bureaux en choses surnaturelles et inquiétantes » .

Peu importe l’évolution des plateformes et des moyens de communiquer sur Internet, le réseau reste définitivement le meilleur miroir de nos peurs collectives. À la manière de la Fondation SCP toute puissante, le web nous permet-il de « sécuriser et contenir » nos angoisses, pour mieux nous « protéger »  ? Ou est-il cet univers qui nous fait douter et croire en tout ?

commentaires

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  1. Anonyme dit :

    J'ai trouvé l'article bien-écrit avec de bonnes sources sur l'univers SCP.

  2. erilliam dit :

    je n'aime les Backrooms

  3. Tom dit :

    ce serais mieux de mieux voir la "bête" pour qu'on puisse mieux la voir en tout le scp qui m'a fait le plus badée c'est siren head vraiment trop bien fait

  4. Anonyme dit :

    est ce que les backrooms est un scp

  5. Moi dit :

    Ou sont les backrooms?!

  6. ida dit :

    non les backrooms ne sont pas des scp; c'est le concept qui s'en approche.

  7. Rory dit :

    ce n'est pas vraiment sur mais les backrooms font partie des scp

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