Tendance :  ne dites plus mode  « durable » , mais mode  « régénérative »

Tendance : ne dites plus mode « durable » , mais « régénérative »

© Anna Sullivan via Unsplash

Nouveau buzzword d’une industrie textile se voulant plus durable, la mode « régénérative » se fraye un chemin dans les communiqués de presse des marques. Une dénomination qui risque, malgré ses promesses, d’être galvaudée par des pratiques dérivées ou trompeuses.

Fonds Régénératif pour la Nature. C’est le nom que porte le dernier programme du groupe Kering, maison mère de Gucci, Saint Laurent ou encore Balenciaga, dans le sillage d’une mode plus responsable. Lancé en janvier 2021 avec l’ONG Conservation International, il a pour objectif de convertir un million d’hectares de fermes et de pâturages en espaces d’agriculture régénératrice dans les cinq prochaines années.

Cuir, coton, laine, cachemire… « la plupart des vêtements commencent leur vie sous forme de matière première dans une ferme ou un pâturage, explique le groupe qui se concentre sur ces quatre filières dans 17 pays, dont la France. C’est pourquoi l’avenir du secteur de la mode est inextricablement lié à celui de l’agriculture. »

Mais qu’est-ce que l'agriculture « régénérative » ou « régénératrice » au juste ?

Une alternative à l’agriculture industrielle

« C’est comme le yoga, mais pour les terres agricoles » , s’amuse le New York Times. Pour ses défenseurs en revanche, c’est un tout petit peu plus technique que cela. L'organisation Regeneration International, qui milite pour des systèmes agricoles alternatifs, parle de pratiques qui aident à « inverser le changement climatique en reconstituant la matière organique et en restaurant la biodiversité d’un sol dégradé. »

Ses méthodes ? Travailler avec la nature en donnant la priorité aux sols, à la biodiversité et à la restauration holistique des écosystèmes. Cela implique alors de renoncer à certaines pratiques industrielles comme l’usage de pesticides et d’engrais, mais aussi au labourage des terres, au désherbage ainsi qu’aux petites rangées de légumes bien proprettes.

Selon le Financial Times, le mouvement est né dans les années 80, mais il faut attendre 2017 pour que l’on s’intéresse à cette méthode, censée « extraire le carbone de l'air et le stocker dans le sol. » Une solution potentielle au réchauffement climatique qui attire aujourd’hui de nombreux marchés, dont celui de la mode. 

Mode : prendre le problème à la racine

C’est dans cette optique que le groupe Kering doit accorder des bourses aux producteurs engagés dans cette transformation agricole. Objectif ? Susciter de nouvelles pratiques de sourcing et de production de matières premières pour l’industrie textile. 

Le programme est loin d’être un cas isolé. The North Face a été l'un des premiers acteurs à adopter le terme, s'associant en 2017 à l'organisation à but non lucratif Fibershed pour créer des bonnets en laine issus de l'agriculture régénérative. En 2020, le leader de la mode responsable Patagonia avait commencé à sensibiliser le public au travers d’une campagne. Depuis 2018, la marque soutient des producteurs de « coton régénératif » avec un programme pilote en Inde. Ils étaient initialement 165 agriculteurs et sont aujourd’hui 2 260, avance le New York Times.

En février 2021, la marque de laine New Zealand Merino Company annonçait s’être associée à Allbirds, Icebreaker et Smartwool pour créer la première plateforme dédiée à la laine régénérative. La marque américaine Timberland a, quant à elle, annoncé investir dans l’agriculture régénérative pour lancer des produits à impact positif d’ici 2030. 

Gare au greenwashing « régénéré »

Bref, la tendance est bel et bien en train de prendre. Pour autant, les défenseurs de l’agriculture régénérative craignent que le terme ne soit rapidement vidé de sa substance. 

« Alors que les marques cherchent à démontrer leurs engagements environnementaux en évitant d'appuyer sur le mot "durable", le terme "régénératif" devient un label de plus en plus populaire pour celles qui cherchent à se positionner sur la dernière tendance du moment » , avance le Financial Times ; le risque étant que chacune y aille de la définition qui l’arrange, sans réellement prendre le problème…, à la racine.

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