habillage
premium1
premium1
une jeune fille qui à une fleur dans la bouche
© Katsiaryna-Endruszkiewicz

Les marques régénératrices peuvent-elles sauver la planète ?

Dorothée Browaeys
Le 17 févr. 2020

Trouver un modèle qui aurait comme objectif de prendre soin des sols, des eaux, des forêts, de l’air de nos villes ? C’est possible avec les entreprises dites régénératrices.

En mai 2019, le réseau ReGenFriends qui rassemble les marques qui s’engagent à préserver la biosphère, publiait une étude dont les résultats laissent songeur : huit consommateurs américains sur dix préfèrent les marques « régénératrices » aux marques « durables » (The Emerging ReGen Customers, ReGenFriends, 2019).

Le cofondateur de ReGenFriends, Nils-Michael Langenborg, tentait d’expliquer le phénomène : « Les jeunes veulent que les entreprises aillent bien au-delà du développement durable. Ils trouvent le terme "durable" trop "passif" ». Alors que nous peinons tant à nous extraire du modèle industriel, peut-on imaginer basculer dans un modèle qui aurait pour priorité réelle, inscrite au cœur de son activité, de prendre soin des sols, des eaux, des forêts, de l’air de nos villes ? Le défi est immense et on ne voit pas bien ce que pourraient être une voiture, des baskets, un ordinateur… régénératifs ? 

Faire du régénératif, c’est quoi ?

Des adeptes de la permaécologie aux fans de biotechs, ils sont aujourd’hui nombreux à s’inscrire dans cette nouvelle manière de produire. En Californie, l’évènement ReGen en témoigne. En mai 2018, 500 leaders du monde de l’entreprise, de la philanthropie, de l’activisme ont partagé leurs initiatives pour restaurer les sols, valoriser les déchets, reverdir les villes, réorganiser les chaînes de valeur.

Des business qui ne ponctionneraient pas les ressources naturelles et ne dégueuleraient pas des déchets polluants, ça donnerait quoi ? Des emballages compostables, des bâtiments biosourcés et démontables, des chauffages solaires, des façades végétalisées avec climatisation naturelle, des systèmes de phyto-épuration des eaux usées, des cultures sans intrants mais sous biocontrôle…, par exemple.

Cette économie du renouvelable prolifère tous azimuts pour inventer de nouveaux matériaux (biosourcés ou biocompostables), mais aussi pour fournir des énergies à partir de biomasse, déchets organiques, algues... Certains produits polluants peuvent même connaitre une transformation en substance d’intérêt. Par exemple, la firme néo-zélandaise LanzaTech fait manger à des bactéries le monoxyde de carbone qui sort des aciéries ou des installations pétrolières et en sort de l’alcool, de l’acétate ou de l’isoprène pour faire des semelles ou des colles.

Avec ces innovations émergent des bénéfices multiples, ce qu’on appelle des « externalités positives » : une meilleure qualité de l’eau ou des sols, la protection de la santé des agriculteurs, une plus grande implication des équipes, la satisfaction des clients...

Chasser le pétrole à coup de mauvaises herbes

Quelques très rares entreprises tentent d’établir tout leur modèle sur ces préceptes. À la tête du groupe italien Novamont, Catia Bastioli s’engage pourtant dans cette révolution. Cette chimiste discrète et non moins femme de poigne fabrique des matières plastique, sans pétrole.

Sa réalisation phare : la reconversion du site pétrochimique de Porto Torres en Sardaigne en une usine qui transforme des chardons ! Grâce au Carduus sardous, la plante la plus répandue sur l’île, elle fabrique des plastiques biodégradables. Les graines fournissent une huile qui permet de fabriquer des polymères, de la glycérine, des esters et autres additifs utiles pour les détergents, les peintures, les cosmétiques, les lubrifiants. Les trois unités de la bioraffinerie produisent aujourd’hui 70 000 tonnes de bioproduits par an.

« Tout cela n’a vraiment du sens que si l’on travaille sur un plan systémique sur un territoire, en mettant en relation l’agriculture, l’environnement, l’éducation, la recherche et la finance, explique Catia Bastioli C’est ce type d’approche qui permettra de changer les choses à l’avenir ». Son entreprise fait la démonstration des principes de la bioéconomie, celle qui résout plusieurs défis en même temps, privilégie les ressources locales et assure leur renouvellement.

Viser les équilibres

Avec la régénération en perspective, les villes peuvent aussi être le théâtre de renaissances spectaculaires. À Tottenville, près de New York, des gens motivés comme Linda Cutler Hauck ont remis en mouvement les habitants. Elle s’appuie sur le think tank américain Capital Institute, fondé en 2010 par John Fullerton, qui promeut le capitalisme régénératif.

Cet ancien conseiller chez JP Morgan compare la bascule vers la « civilisation de la régénération » à la révolution copernicienne. Il a décrit, dans un livre blanc, huit principes pour soutenir cette économie régénératrice. Comme un usager de monocycle, il s’agit sans cesse de viser les équilibres et d’articuler efficacité et résilience, collaboration et compétition, diversité et cohérence, besoins différenciés des petites, moyennes et grandes organisations. Le tout sans se casser la figure.

Dorothée Browaeys - Le 17 févr. 2020
À lire aussi
habillage

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.