Spottie Wifi

Spottie WiFi, le rappeur qui a réussi à percer grâce à son CryptoPunk

Sur Twitter, il se revendique comme le roi des CryptoPunks. À ce jour, il est le seul rappeur parmi les figurines pixelisées. On a interviewé Spottie WiFi, le premier CryptoPunk rappeur.

Mig Mora est rappeur. En 2012, il raccroche ses gants et se détourne de la musique. La pandémie le rattrape et le laisse sans emploi. En 2021, il achète le CryptoPunk #552 qu’il rebaptise Spottie WiFi, le tout premier CryptoPunk rappeur. D’ailleurs, lorsqu’on se connecte avec lui sur le Google Meet qui accueille notre discussion, on ne sait plus trop à qui on parle. Le rappeur utilise un filtre qui remplace sa tête par une animation de son CryptoPunk. L’effet est réussi : on a vraiment l’impression d’interviewer un CryptoPunk.

Comment avez-vous choisi Spottie WiFi ?

Spottie WiFi : J’ai un ami qui possède 8 CryptoPunks. Il les a acquis en 2020. On s’est rencontrés en début d’année dernière. C’est lui qui m’en a parlé. Et à l’époque, l’homme d’affaires Mark Cuban en faisait pas mal la publicité. J’ai commencé à en chercher un pour moi à un bon prix. Et j’ai remarqué Spottie, il avait comme des taches sur son visage, ce qui le rendait rare. Parmi les 10 000 CryptoPunks, seuls 124 ont des taches de rousseur sur le visage. Mais les gens n’aiment pas trop donc j’ai pu l’acquérir à un prix relativement raisonnable.

C’était la première fois que vous achetiez un NFT ?

J’avais commencé à acheter des collectibles NBA Top Shot (des extraits de matchs vendus en NFT, ndlr). Mais c’est assez controversé parce que ce n’est pas aussi décentralisé que les NFT placés sur la blockchain Ethereum. Donc oui, en théorie, c’était mon premier.

Vous aviez déjà une carrière de musicien. Qu’est-ce qui vous a donné envie de créer un CryptoPunk rappeur ?

Sur Twitter, j’ai commencé à suivre d’autres CryptoPunks et j’ai réalisé que les gens m’écouteraient peut-être davantage sous cette forme. À l’époque, il n’y avait encore aucun projet créatif dérivé, pas d’artistes qui leur attribuaient une histoire, des traits de caractère. Comme tous les artistes, j’ai envie de trouver et d’accroître mon public. Je me suis dit qu’utiliser un CryptoPunk, c’était un peu comme utiliser un cheatcode dans un jeu, tu gagnes du temps. Si je lui donnais une personnalité, une histoire, j’y gagnerais forcément un public et personne ne l’avait encore fait. D’une certaine manière, ce serait historique. Bien sûr, un groupe comme Gorillaz m’a inspiré, avec leurs alter egos. Mais personne n’avait encore utilisé un CryptoPunk pour défendre une musique – et attirer l’attention.

On est en 2021, l’année où explosent les CryptoPunks. Le timing était bon.

J’ai acheté mon Punk fin janvier et j’ai sorti un premier titre en avril, « I’m Spottie ». En mai, il y a eu la fameuse enchère de 9 CryptoPunks chez Christie’s. Il fallait que je sorte un morceau, que j’ai appelé « Christie’s ». D’ailleurs, c’est devenu la chanson-titre de la BD Punks, qui met en scène 16 CryptoPunks. C’était le bon alignement de planètes. Le jour J, j’ai loué un camion avec des écrans qui affichaient la tête de Spottie devant Christie’s et des haut-parleurs qui diffusaient en boucle mon morceau. Plusieurs médias en ont parlé. Et puis, j’ai trouvé un acolyte à Spottie, j’ai acheté un Bored Ape à qui j’ai aussi écrit une chanson. Les Bored Apes étaient en train d’exploser. En août, mon album était prêt à être vendu en NFT. Il y en avait 2 000 pour le prix de 100 dollars chacun. Au bout d’une minute, tout était vendu. C’est l’un des projets musicaux en NFT qui a le mieux marché.  

Comment expliquez-vous ce succès ?

J’ai une communauté assez passionnée. Ils veulent transformer l’industrie musicale qui est peuplée d’intermédiaires payés grassement alors qu’ils ne créent aucune valeur. L’artiste est la dernière roue du carrosse. C’est le dernier à être rétribué. Ce n’était pas dans mon intention de départ, mais je crois que je suis devenu un cas d’étude. En fait, un artiste n’a pas besoin d’avoir des millions de fans. Ce sont les labels qui en ont besoin pour pouvoir vendre de la pub sur Spotify ou récupérer l’argent des streams. Un artiste n’a besoin que de quelques centaines de fans prêts à le soutenir. Les 2 000 albums, ce sont 700 personnes qui les ont achetés. Ce sont mes plus grands soutiens. Maintenant, il y a 850 personnes qui possèdent l’album en NFT. L’intérêt grandit.

Ah, vous n’avez pas besoin d’avoir des millions de fans qui vous soutiennent ? Mais j’imagine qu’en tant qu’artiste, vous avez quand même envie d’être écouté par le plus grand nombre…

Oui, bien sûr. Même si je porte un regard critique sur le modèle actuel, ma musique est sur les plateformes de streaming. Je veux que ma musique soit accessible à tous. Quand vous achetez mon NFT, vous obtenez le vinyl et aussi un copyright. Vous pouvez utiliser la musique comme vous voulez, dans un film, une émission de télé, un podcast.

Mais vous n’avez pas peur qu’on détourne votre image, le personnage que vous avez créé ?

Non, ça ne me dérange pas. Je dis même aux gens qui ont acheté mon NFT que je peux leur filer les fichiers sources des différentes instru utilisés sur l’album pour faciliter des remix. J’ai un de mes collectionneurs qui possède une boîte de cosmétiques. Pour ses produits de soin pour la peau, il utilise ma chanson « I’m Spottie ». C’est marrant. D’autres utilisent les chansons pour leur podcast ou leur jeu vidéo. J’adore ! Alors oui, c’est possible que quelqu’un crée quelque chose qui ne soit pas à mon goût. Mais même hors du monde crypto, en tant qu’artiste, il y a toujours ce risque. C’est compliqué de tout contrôler. Mais jusqu’à présent, c’est cool grâce à ma communauté.

Et est-ce que vous vous sentez proche de votre CryptoPunk ? Est-ce que vous vous identifiez à lui ?

Ça a été une année assez incroyable pour moi alors que la pandémie m’avait mis K.O, j’avais perdu mon job. Acheter ce CryptoPunk, c’était un énorme investissement. Je ne suis pas propriétaire de ma maison, je n’ai pas de voiture. Donc que ça marche, c’était important. Donc ouais, je me sens proche. Et j’aime vraiment ses taches. C’est ce qui le rendait peu bankable, et maintenant, c’est ce qui le rend unique. Ça me parle. On a tous un truc un peu spécial, un peu unique que les autres moquent. C’est ce qui fait de vous un individu. Et sinon, je ne fais pas le même genre de musique que Spottie. Autrefois, ma musique était très politique. Spottie, c’est pas son genre. Il est plus fun, il aime se la raconter et dire qu’il est le roi des CryptoPunks. Il raconte des trucs que j’assume plus sous son visage que si je devais le dire avec le mien.

Plus tôt, vous évoquiez la transformation de l’industrie musicale. Est-ce que vous pensez que le futur de la distribution de musique est dans les NFT ?

Oui et non. Pour moi, les NFT musicaux, c’est un peu comme le vinyl. Certains se fichent de posséder un objet physique tel qu’un vinyl, ils veulent juste écouter de la musique. D’autres adorent collectionner les vinyls. Le NFT, c’est l’équivalent digital du vinyl. Il y aura des gens qui seront heureux de collectionner les NFT de leurs artistes préférés. En plus ils ont un accès plus direct aux artistes. Peut-être que demain, avec un NFT, ils auront droit à des billets de concert gratuits ou à un accès exclusif, à du merchandising. Je ne crois pas que les NFT résolvent tout à fait le problème des intermédiaires dans la musique, mais ils permettront un lien privilégié avec les artistes. Un peu comme un fan club 2.0.

commentaires

Participer à la conversation

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.