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photo d'hommes africains
© Hugo Santarem

Un test ADN a lancé ce photographe brésilien dans une magnifique quête de ses origines

Le 14 mars 2019

A l’heure où les violences s’accentuent dans les métropoles brésiliennes, le photographe Hugo Santarem délivre un message de paix. Après un test ADN et un étonnant tour du monde, il rend hommage à l’héritage multiculturel de son pays.

En 2015, le photographe Hugo Santarem décidait d'enquêter sur ses origines. Après avoir réalisé un test ADN, il marche enfin sur les pas de ses ancêtres. Un voyage qui le mène au Brésil, au Kenya et en Éthiopie. Il dévoile la série de photos « Interior », fruit authentique de cette quête introspective et généalogique. Après trois mois sans réponse (il était quelque part en Asie), Hugo Santarem a finalement répondu à nos questions. Et l’attente en valait la peine.

Je veux montrer que nous sommes plus connectés que nous le pensons, qu’il est dans notre intérêt d’en apprendre davantage sur ces pays. Je crois que c'est une quête que nous devrions tous entreprendre, en voyageant ou non.

Comment avez-vous réalisé que vous étiez (aussi) originaire du Kenya et d’Éthiopie ?

© Éthiopie / Hugo Santarem - Retouches : Ricardo Moreira

HUGO SANTAREM : Lorsque j’ai décidé de faire le test, j’ai d’abord cherché des laboratoires spécialisés au Brésil. Je suis tombé sur Genera, un partenaire brésilien de Family Tree DNA (une société de tests génétiques basée à Houston, ndlr). C'était assez simple, il m'a suffit d'envoyer un échantillon de salive par la poste. Lorsque j'ai eu les résultats, j’ai été un peu déçu, ils n'étaient pas suffisamment spécifiques. J’ai alors tenté ma chance avec African Ancestry, la plus grande base de données ADN africaine au monde, mais ils n’ont pas non plus été en mesure de « m’identifier » avec précision.

Avec tous ces résultats, j'ai repris contact avec Genera. Je leur ai parlés de mes besoins, de mon projet et de la raison pour laquelle il était si important pour moi d'avoir des résultats précis. Ils m'ont gentiment aidé à comparer mes résultats à des bases de données telles que YHRD et GEDMatch (deux outils d’analyse d’ADN destinés aux chercheurs et aux généalogistes amateurs, ndlr) pour les affiner.

© Éthiopie / Hugo Santarem - Retouches : Ricardo Moreira

Je ne suis pas spécialiste en la matière et ça a été difficile de comprendre au début, et encore aujourd’hui. Pour être honnête, on m’a dit que le test n’était pas fiable à 100% puisqu’il s'agit d’un nouveau champ de recherche scientifique. Plus le nombre de personnes qui passeront ces tests sera important, plus les résultats seront précis à l'avenir. Pour moi, ce n’est un problème. Au final, j'ai ressenti la même chose : une connexion plus grande aux autres. Nous pouvons tous avoir des origines similaires sans même le savoir. Il s'agit de respecter les autres cultures, de créer de l'empathie.

© Kenya / Hugo Santarem - Retouches : Ricardo Moreira

Outre ces deux pays d’Afrique, le test mentionnait-il d’autres régions du monde ?

H. S. : Oui, je suis un excellent exemple des cultures mixtes brésiliennes et des différents types d'immigration existant dans l'histoire du pays. Le résultat du test indiquait que mon plus grand pourcentage d'héritage est constitué d'Indiens, de Portugais, d’Africains et d’Américains. Je connaissais déjà une partie de l'histoire de ma famille. Mon grand-père était d'origine portugaise, mais ma grand-mère était d'origine indienne et africaine.

C’est ce qui vous a poussé à partir ?

H. S. : Après avoir réalisé le test, j’ai passé quelque temps dans une communauté de quilombolas appelée Lagoa da Pedra, dans l'État du Tocantins au Brésil (descendants d’esclaves, les quilombolas forment des communautés autonomes et luttent pour leurs terres depuis plus de 400 ans, ndlr). Puis, je suis parti dans le sud du pays pour rencontrer des Gauchos (gardiens de troupeaux des plaines sud-américaines, ndlr), et au nord-ouest pour observer la vie des cow-boys de l'État de Piauí. C’est après tout cela que j’ai voulu en savoir plus sur l’origine de ces cultures et sur la mienne. Alors, je suis parti au Kenya et en Éthiopie.

© Brésil / Hugo Santarem - Retouches : Ricardo Moreira

Avez-vous expliqué votre démarche aux personnes rencontrées là-bas ?

H. S. : Oui ! Au Kenya, la plupart des gens m’ont rappelé que Barack Obama avait passé le même test et qu'il s'y rendait régulièrement pour mieux connaître sa famille. Certaines personnes étaient simplement surprises, d'autres m'ont souvent dit que je ressemblais à un « local ». Dans la plupart des cas, expliquer ma démarche m’a permis de créer un lien immédiat. J'ai été très bien accueilli.

© Kenya / Hugo Santarem - Retouches : Ricardo Moreira

Qu'est-ce qui vous a le plus touché lors de ces rencontres ?

H. S. : Il était très important pour moi de connaître la différence entre le Kenya et l’Éthiopie. Le premier a longtemps été colonisé (ex-colonie britannique, le pays trouve son indépendance en 1963, ndlr), alors que l’Éthiopie est l’un des rares pays africains à ne pas avoir été gouverné par des Européens (le pays sera toutefois marqué par la colonisation italienne pendant la Seconde Guerre mondiale, jusqu’en 1941, ndlr). Dans la culture éthiopienne, les ancêtres demeurent extrêmement vivants. J'ai d’ailleurs eu la chance d'assister au « Bull Jumping », une cérémonie rituelle de maturité où un jeune homme doit sauter par-dessus les taureaux et lors de laquelle des femmes sont fouettées avec des branches en signe de respect.

J’ai aussi découvert l’histoire qui lie l’Éthiopie au Portugal. Il y a 500 ans, l’Éthiopie avait envoyé une représentation diplomatique pour instaurer de bonnes relations entre les deux royaumes.

Est-ce que le projet continue ?

H. S. : Il est toujours en cours. C’est assez difficile à décrire… Je pense que le projet s'améliore à mesure que j’évolue en tant que personne. Il m’a montré l'importance de partager mon travail et ces histoires avec d'autres. En ce moment, je travaille sur d'anciens projets comme « Samsara » (un terme sanskrit désignant le fait de passer d’une existence à une autre, ndlr) qui aborde les changements intervenant dans nos vies. Après mon voyage en Asie, j'ai aussi rédigé des essais, en particulier sur les femmes Padaung (communément appelées « femmes girafes », ndlr), le peuple chinois, les bouddhistes et les hindous. J’ai voyagé à travers différents pays de ce continent extraordinaire, comme l'Inde, le Népal et le Myanmar. Je travaille aussi sur un film qui traite de l'esclavage moderne au Brésil, basé sur une histoire vraie. J’ai réalisé que je voulais en savoir plus sur mon pays avant de voyager à nouveau. Le Brésil est l’un des plus grands pays du monde et recèle de cultures et d’histoires à raconter.

© Éthiopie / Hugo Santarem - Retouches : Ricardo Moreira


HUGO SANTAREM

Instagram : @hugnos

Diplômé en communication sociale & publicité à l'IESB de Brasilia, Hugo Santarem a travaillé pendant des années dans des agences en tant que directeur artistique. Intéressé par la publicité et les médias, il a notamment fréquenté la School of Visual Arts de NY. En 2006, il commence à faire de la photographie sur des plateaux de cinéma. « Interior » est un projet personnel qu’il a mené au Brésil, au Kenya et en Éthiopie, partant en quête de ses origines.

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