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deux filles lors d'une fête d'anniversaire
© Disposable Magazine - Fiona K.

Ce média vous envoie des appareils photo jetables pour documenter votre vie

Le 20 févr. 2019

En récoltant des appareils jetables envoyés aux quatre coins du monde, Anaïs, Chrissy, Alex et Alaia racontent les histoires d’anonymes en photos. Elles les publient dans un livre, sorte d’Instagram papier compilant des scènes de vie... les filtres et les selfies en moins.

À l’image de ses créatrices, quatre copines résidant à Los Angeles dont deux Américaines, une Belge et une Coréenne, Disposable Magazine est le fruit d’une jeunesse mondialisée et connectée. Une jeunesse qui voyage, s’ouvre et scrolle pour tenter de recréer du sens en dehors de ses flux d'actualités. C’est là tout l’objet de leur « média d’art », lancé en 2009 par Anaïs Vandenbosch : découvrir comment le monde vit ailleurs, sans nécessairement passer par les clichés standardisés d’Instagram, lesquels manquent parfois d’authenticité.

Dans un paysage contemporain, où la culture devient de plus en plus commercialisée et jetable, nous cherchons à créer quelque chose de durable en utilisant les outils les plus humbles.

4 filles assises sur un canapé

De gauche à droite : Chrissy, Alex, Alaia et Anaïs

Un album photo du monde

Nous recherchons cette vision brute et réelle du monde, où les imperfections sont acceptées et chéries, où chacun trouve un lieu et un moment pour partager sa vision.

En proposant à qui veut bien le faire de se prendre en photo avec un appareil jetable, Anaïs, Chrissy, Alex et Alaia ont voulu « créer des ponts » et inviter au voyage, à commencer par ceux et celles qui n’auraient pas les moyens de se payer un aller-retour pour Kuala Lumpur. En ligne et moyennant 20 dollars, on se procure facilement l’un de leurs petits appareils couleur rose dragée. À l’intérieur, une pellicule de 27 photos, pas une de plus, pas une de moins. Autant dire qu’il vous faudra réfléchir à deux fois avant d’appuyer sur le bouton, et c’est bien là le principe.

 
 
 
 
 
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« L’appareil jetable est un outil très humble qui permet à tous nos contributeurs d’être au même niveau de qualité en matière de photographie. Pas d'objectif sophistiqué, pas de filtres et, bien sûr, pas de Photoshop, rapportent les quatre manageuses d’une même voix. Nous recherchons cette vision brute et réelle du monde, où les imperfections sont acceptées et chéries, où chacun trouve un lieu et un moment pour partager sa vision ».

 
 
 
 
 
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𝙅𝙪𝙨𝙩 𝙖 𝙧𝙚𝙢𝙞𝙣𝙙𝙚𝙧 if you currently have a camera for our Nude zine, contact us by November 15 as submissions close very soon!

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Une fois utilisé, l’appareil photo est renvoyé et développé à Los Angeles. Son contenu est publié de façon hebdomadaire sur les réseaux sociaux, et sous la forme d’un book papier à chaque changement de saison, sorte d’album photo collaboratif accompagné d’annotations de parfaits étrangers.

une fille lisant, cachée, par un magazine

La curiosité comme moteur

« L'idée a parcouru un long chemin avant de devenir réalité, poursuivent les curatrices du projet. Anaïs vivait au Japon quand elle a envoyé un premier appareil photo à Jakarta en Indonésie, curieuse de savoir ce que les gens portaient là-bas ». En 2009, un certain Michael Kapoyos est en effet le premier cobaye à recevoir un appareil photo jetable. « C'était avant la généralisation des smartphones. Anaïs a rencontré Michael sur Facebook. Il n’avait que 16 ans à l’époque et était très heureux de pouvoir partager un bout de sa vie ». Un an plus tard, Instagram voyait le jour. La plateforme leur permet aujourd’hui de mieux se faire connaître - elles cumulent aujourd’hui presque 11 000 abonnés - et de partager les histoires qu’elles compilent ensemble.

un homme se prend en photo devant le miroir

Carry Fagan, Houston

À ce jour, Anaïs, Chrissy, Alex et Alaia estiment avoir couvert plus de 60 pays et reçu 129 soumissions du monde entier, sans compter celles qu’elles reçoivent encore quotidiennement. Certains appareils sont en ce moment utilisés en Afghanistan, en Australie, au Nigeria et en Argentine. « C’est incroyable, bien que nous soyons toujours limitées par le nombre d’appareils photo que nous développons chaque semaine. Ils représentent un vrai coût… »

une fille en maillot allongée dans une piscine

Giuliana Sarto, Miami Beach

Aujourd’hui, Disposable Magazine relève davantage de la démarche artistique et philanthropique que d’un projet média. « Nous avons toutes des emplois au quotidien pour payer nos loyers et financer le projet, mais nous ne le faisons pas pour l'argent, ce n'est pas un business. Bien sûr, nous aimerions lui consacrer 100% de notre temps et le voir se transformer en quelque chose de plus grand, qui changera la vie des gens pour de vrai. Mais on y va un pas à la fois ».

deux personnes devant une pyramide en amérique du sud

Shiro Schwarz, Mexico

À terme, elles aimeraient faire de ce projet un organisme à but non lucratif. « Cela nous permettrait d'avoir plus de moyens, d’envoyer plus d’appareils, de raconter plus d'histoires, d’organiser des réseaux et des ateliers créatifs et même de produire des systèmes de subventions et de dons au nom de certaines causes ».

Une communauté inspirante construite de façon organique

Sur leur site, des centaines de vies se sont amoncelées au fil des années, certaines les marquant encore plus que d’autres.

« J’ai beaucoup aimé le témoignage de Leslie Prussia, une professeure de typographie avec laquelle j’ai travaillé par le passé, rapporte Alex. Elle est allée à Mexico et a partagé avec nous un autre aspect de sa pédagogie et de ses inspirations ».

photo d'architecture avec batiment et piscine

Leslie Prussia de Pasadena

« Il est difficile de choisir, mais je retiens quand même Neda Monem, une journaliste basée à Téhéran, confie à son tour Anaïs. Il n’a pas été facile de récupérer l’appareil photo et les images étaient magnifiques. L’Iran occupe, en plus, une place chère à mon cœur ».

photo d'une femme derrière des fleurs

Neda Monem, Téhéran

Chrissy a quant à elle apprécié la liberté créative de certains contributeurs. « Ma pellicule préférée est sans doute celle de Kate Anderson Song, une créatrice originaire de New York. C'était la première fois qu’une contributrice ajoutait son propre style, travaillait les images pour en faire un art unique. Il est toujours intéressant de voir à quel point les gens jouent différemment avec un appareil photo jetable ».

une poubelle pleine de fleurs à NY

Kate Anderson Song, New York

Émouvant, le témoignage d’Alaia révèle la beauté et le pouvoir cathartique de leur initiative.

« L’une de mes pellicules préférées est celle d'un ami de vieux copains qui a traversé l’Amérique en auto-stop et en train. Un jour, l'un de ses amis proches est décédé et il a simplement pris le temps d’explorer le pays, à la rencontre des gens... Il a finalement réussi à se rendre en Europe et à revenir. Aux dernières nouvelles, il recevait une bourse pour faire de la recherche dans le sud… »

une soirée dans un bar plein

Randy Ellis, quelque part en Europe...


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