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un vieux monsieur pose face caméra
© Mary Beth Meehan

Entre désillusion et pauvreté, à quoi ressemblent les oubliés de la Silicon Valley ?

Le 11 déc. 2018

Malaise, pauvreté, inégalités, pollutionDerrière le mythe de la Silicon Valley se cache une réalité toxique que la photographe Mary Beth Meehan expose au grand jour. Dans un livre dédié, elle part à la rencontre des communautés vivant en marge de la révolution high-tech.

Apple, Google, Facebook, Tesla… ces noms font rêver et ont bâti la renommée de la Silicon Valley. Ils évoquent, depuis des décennies, « des perspectives de richesses incommensurables, d’opportunités pour tous, et d’accès universel aux produits des industries les plus innovantes des États-Unis », écrit Fred Turner, professeur à l’Université de Stanford dans Visages de la Silicon Valley.

Édité en novembre 2018, l’ouvrage raconte, en mots et en images, comment les populations vivent au cœur d’une région envahie par les géants de la tech. On y découvre une réalité « dystopique » où l’humain est négligé, fatigué par une course technologique effrénée à laquelle il ne peut participer.

On veut bien faire « dans l'humain »... à condition que ça rapporte gros

Mary Beth Meehan, photojournaliste américaine, est partie à la rencontre des hommes et des femmes résidant dans la « Valley ».

Il y a d’abord Cristobal, vétéran ayant passé trois ans en Irak et désormais agent de sécurité chez Facebook, Victor, plus de 80 ans et sans emploi, habitant dans une caravane à Mountain View, ou encore Justyna, instigatrice d’un projet techno-humanitaire qui n’a jamais vu le jour faute d’intérêt de la part des investisseurs… Au fil des pages, les destins racontés ont le goût amer de l’échec et de la désillusion. Pas de surprise, l’histoire racontée est la même que partout ailleurs : celle d’inégalités creusées par le capitalisme et d’un monde où l’on veut bien faire « dans l’humain » à condition que ça rapporte gros. 

Afin de retranscrire la réalité de ces modes de vie, la photojournaliste s’est installée dans un Airbnb à Menlo Park, en octobre 2017. « Je me suis présentée devant des inconnus, j’ai posé des questions ; je me suis assise dans des salons, des cuisines ou dans des cafés, pour écouter, relate-t-elle dans l’ouvrage. Les ingénieurs des classes moyennes qui élèvent leur famille, ceux qui habitaient là avant que Facebook et Google ne s’y installent, les travailleurs manuels dont l’industrie high-tech dépend… tous ceux qui pouvaient avoir quelque chose à me dire sur ce que signifie, et comment se ressent, le fait de vivre dans la Silicon Valley ».

Anxiété, malaise et insécurité

Habituée à travailler en collaboration avec les communautés qu’elle rencontre, Mary Beth Meehan a réalisé sa première installation publique en 2011 à Brockton dans le Massachusetts. Elle dévoilait, à même les murs et en pleine rue, les portraits réalisés durant ses pérégrinations aux allures d’enquête sociologique. Elle a depuis exploré certaines communautés de la Nouvelle-Angleterre et du sud des États-Unis, puis en Californie.

« Ce qui m’a impressionnée dans la Silicon Valley, et qui m’a laissée avec un sentiment de malaise, c’est l’anxiété et l’insécurité que m’ont décrites les personnes rencontrées, poursuit-elle. Pour celles qui se trouvent en bas de l’échelle financière, la richesse concentrée dans la région rend l’endroit de plus en plus inhabitable. Pour celles disposant de revenus supérieurs, la détresse est plus existentielle ».

De ce malaise, la photographe retient une série de questions qui nous concernent tous, pas que les géants de la tech... « Comment les marchés globaux affectent les gens à l’échelle locale ? Que choisissons-nous de ne pas voir, dans nos vies quotidiennes, pour pouvoir justifier ce que nous achetons ? Qui se retrouve affecté par ces choix ? Quelles sont les dettes cachées – économiques, culturelles ou environnementales – que nos actions d’aujourd’hui laissent à régler aux générations futures ? » 

« Visages de la Silicon Valley » / Consulter un extrait / Acheter


MARY BETH MEEHAN est une photographe, écrivaine et éducatrice dont le travail reflète et engage les communautés.

 Son travail est paru dans le New York Times, le Washington Post et le Boston Globe. Elle expose aux États-Unis et dans le monde et donne des conférences sur le thème des projets communautaires à long terme. Ancienne photographe pour le Providence Journal, elle a reçu les prix décernés par Pictures of the Year International et par la Conférence nationale pour la communauté et la justice. Elle a été nominée deux fois pour le prix Pulitzer. Née à Brockton, dans le Massachusetts, elle est diplômée du Amherst College et de l’École de journalisme de l’Université du Missouri.

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