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une femme avec un masque noir
© Behnaz Farahi

Sublimes et dérangeants, ces masques connectés sont une réponse silencieuse au patriarcat

Le 31 août 2020

Avec leurs 18 paires d’yeux capables de communiquer en code Morse, les masques connectés de la designer Behnaz Farahi explorent la façon dont les femmes peuvent se soustraire au patriarcat en développant leur propre langage.

Dans son texte « Can The Subaltern Speak? », la théoricienne féministe Gayatri Spivak se demande si les femmes sont vraiment en mesure d’avoir une voix au sein d’une société patriarcale. Une question que la designeuse iranienne Behnaz Farahi, connue pour ses expérimentations en matière de mode connectée, reprend à son compte avec une nouvelle installation interactive.

Sombre, dérangeante, poétique, elle met en scène deux femmes communiquant silencieusement via des masques alimentés par une intelligence artificielle.

Un langage que seules les femmes pourraient comprendre

Munis de cils artificiels battant au gré d’un code Morse généré en continu, les masques s’inspirent de ceux que portent les femmes Bandari dans le sud de l’Iran, sortes de parures aux formes intrigantes qui ne laissent transparaître que les yeux. 

« La légende raconte que ces masques ont été popularisés pendant la domination coloniale portugaise afin de protéger celles qui le portaient du regard des marchands d’esclaves en quête de jolies femmes, raconte l’artiste. D’un point de vue contemporain, ils peuvent être considérés comme un moyen de protéger les femmes de l'oppression patriarcale. »

Alors que les masques font désormais partie intégrante de nos vies depuis l’apparition du Covid-19, Behnaz Farahi questionne leur symbolique féministe à travers le port controversé du Niqab. 

Mais « le projet s’inspire aussi d’autres incidents, comme celui de ce soldat américain qui a cligné des yeux pour exprimer le mot “torture” en Morse durant sa captivité au Vietnam, explique la designer, ou encore des histoires de ces femmes qui ont utilisé des langages codés pour signaler des abus domestiques durant le confinement lié au Covid-19. »

Critique, le projet imagine une nouvelle forme de langage destinée à protéger les femmes de menaces extérieures, tout en les aidant à prendre pleinement possession de leur voix. 

Margaux Dussert - Le 31 août 2020
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