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l'ombre d'un insecte sur un oreiller

Inconscient et pandémie : ces rêves qui ont (peut-être) hanté votre confinement

Le 19 mai 2020

Insectes, tragédies, catastrophes naturelles… certains affirment avoir fait des rêves plus intenses durant le confinement. Mais que signifient-ils ? Psychiatres et psychologues se sont penchés sur la question. 

« J'étais dans la bibliothèque d'une maison qui semblait vieille de plusieurs siècles. Je m’y sentais à l’aise et en sécurité, mais je savais qu'à l'extérieur, un terrible fléau ravageait le monde. Cela ressemblait davantage à l'Europe pendant la peste noire qu’à notre époque frappée par le Covid-19 ». Ce témoignage est celui de Deidre Barrett, une psychologue elle-même sujette à des rêves particulièrement puissants durant le confinement.

Spécialisée dans l’étude de ces derniers et interrogée par la Harvard Gazette dans un article paru le 14 mai, elle fait partie des quelques spécialistes de la santé mentale à avoir créé une enquête en ligne pour recueillir les rêves de personnes ayant traversé la pandémie du coronavirus. À ce jour, elle estime avoir reçu quelques 2 500 témoignages et plus de 6 000 rêves. Son principal constat ? Certaines catégories de rêves ont été récurrentes durant la période du confinement.

Les insectes, une métaphore du virus ?

Selon Deirdre Barrett, une première catégorie de rêves consiste simplement à attraper le virus. « C’est un rêve assez courant où la personne est essoufflée et a de la fièvre. Parfois, c’est plus fantastique. Une femme qui regarde son ventre, y aperçoit des rayures bleues et se rappelle que dans son rêve, elles sont signe qu’elle a contracté la maladie. »

Viennent ensuite les métaphores qui pourraient symboliser le virus, comme celle des « petites bêtes ». « Je reçois des dizaines et des dizaines de rêves avec différents insectes attaquant le rêveur :  des essaims d'insectes volants (...), des armées de cafards qui courent, des amas de vers qui se tortillent. Il y a des sauterelles aux crocs de vampire, des punaises de lit, des punaises puantes... »

Selon la psychologue, c’est une association avec la maladie qui provoque ce type de cauchemar. « Ces petites choses qui peuvent vous nuire, voire vous tuer, sont une bonne métaphore des particules virales. »

Les rêves, miroirs de l’anxiété

Avant la pandémie, Deirdre Barrett recueillait et analysait déjà les rêves de personnes ayant survécu à des événements traumatiques comme les attentats du 11 septembre 2001. Il n’y a de toute évidence pas de lien entre les deux événements, mais certaines typologies de rêves reviennent, note la psychologue.

« Il y a des tsunamis et des tornades, des ouragans et des tremblements de terre, des incendies et des fusillades dans les rues… J’ai entendu tout cela après le 11 septembre. Avec le Covid-19, une proportion plus élevée de ces rêves est métaphorique car nous n’avons pas une image claire de la pandémie. Or, l’esprit rêveur est très visuel. Lorsqu’il se sent anxieux ou inquiet, il cherche à représenter cela avec une image visuelle appropriée. »

Outre les rêves où les protagonistes portent aussi des masques, Deirdre Barrett affirme recevoir de plus en plus de témoignages liés aux conséquences du confinement comme l’impression d’avoir été écroué, de ne pas trouver de travail ou même d’avoir perdu toutes ses économies. 

Des nuits différentes pour le personnel soignant

Le personnel soignant aussi est touché, souvent de manière plus dramatique car les rêves, moins métaphoriques, sont davantage liés à leur réalité quotidienne. La psychologue estime avoir reçu près de 600 témoignages issus du corps médical.

« Leurs cauchemars s’apparentent davantage à des rêves traumatiques. Ils impliquent généralement de prendre soin de quelqu'un qui décède du Covid-19. (...) Ils essaient de brancher un patient sur un respirateur, d’y attacher un tube, ou alors les appareils ne fonctionnent tout simplement pas. Ils ont l'impression que c'est leur responsabilité de sauver la vie de cette personne, et pourtant ils n'ont pas vraiment de contrôle sur elle, et la personne meurt dans tous les cas. C’est leur cauchemar. C’est le pire moment de leurs expériences de jour. »

Margaux Dussert - Le 19 mai 2020
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