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Brocolis, poissons-lunes… les emojis sont la langue préférée des criminels

Brocolis, cerises… les emojis sont la langue préférée des criminels

Le 2 nov. 2020

Des dealers aux utilisateurs d’extrême droite en passant par des groupes terroristes, les emojis sont devenus une forme de langage à part entière qui permet aux criminels de dialoguer et limiter les risques de se faire repérer.

Juin 2015. Regan Peter Howett, un jeune Australien de 19 ans à l’époque, est arrêté pour avoir vendu et fait la promotion de drogues par texto. Son langage favori ? Les emojis qu’il utilisait notamment pour vendre de la MDMA (symbolisée par le signe ⚡)  et de l’ecstasy (💖). La police ne s’est aperçu de ces échanges codés qu’après son arrestation mais les conversations du jeune homme ont pu être utilisées contre lui lors de son procès. 

Selon un récent rapport publié par trois agences de renseignement américaines, il ne s’agit là que d’un des nombreux exemples d’emojis utilisés par des dealers ou des organisations criminelles et/ou terroristes. Un brocoli ou un arbre pour vendre de l’herbe, un poisson-lune ou un bonhomme de neige pour annoncer un arrivage de cocaïne… la série de symboles imaginée par le Japonais Shigetaka Kurita en 1999 a bien d’autres fonctions que celles de faire marrer les copains ou de draguer en ligne. 

Usage d’emojis en bande organisée

D’après le rapport, partagé par l’hebdomadaire italien L’Espresso le 17 septembre, l’usage des emojis par les criminels est de plus en plus courant, en particulier pour faciliter leurs échanges tout en compliquant la tâche des forces de l’ordre pour les décrypter. 

« L’utilisation des émojis dans un contexte criminel est extrêmement variée, mais on retrouve tout de même un fil conducteur : les signes fonctionnent comme un code qui n’est compréhensible que des membres de l’organisation criminelle, explique la professeure de droit pénal Marilyn McMahon au média. Des trafiquants qui vendent de la drogue sur le dark Web jusqu’aux partisans de l’État islamique qui menacent de faire sauter des immeubles, toutes les organisations criminelles ont adopté les emojis pour communiquer sur Internet. »

Et à chaque organisation son langage. Chez certains gangs, surtout chez les plus jeunes, on se sert de smileys et de symboles d’objets pour ordonner une action. Les combinaisons «🏃‍♂️🔪» ou «🏃‍♂️✂️» indiqueraient par exemple l’ordre de poignarder quelqu’un, révèle l’article. Dans le contexte du trafic d’êtres humains, l’émoji « 👑 » servirait entre autres à indiquer que la victime est sous la garde d’un gang ou dans la maison d’un trafiquant. L’émoji « 🍒 » désignerait quant à lui une victime vierge ou adolescente, tandis qu’un « 💗 » symboliserait un enfant.

La logique serait la même pour les groupes de suprémacistes blancs qui s’organisent sur Internet. Selon un article de 20 minutes paru en 2018, l’emoji symbolisant un verre de lait serait fréquemment utilisé par ses membres pour se reconnaître les uns les autres ou véhiculer un message raciste. Idem pour l’emoji « grenouille » qui fait référence au personnage de bande-dessinée Pepe the Frog, devenu sans le vouloir un symbole de l’extrême-droite américaine.

Les emojis de plus en plus invoqués au tribunal

En conséquence, l’interprétation d’emojis lors de procès est de plus en plus fréquente, et ce même pour les crimes ou litiges les plus anecdotiques, rapporte The Verge

En 2017, un couple israélien avait par exemple dû verser une compensation au propriétaire d’un appartement après lui avoir promis de le louer… par texto. Fin de l’histoire ? Le couple a jeté son dévolu sur une autre offre, laissant le propriétaire le bec dans l’eau. À la décharge du plaignant, le texto des deux tourtereaux comprenait les emojis de célébration « 🍾  » et « ☄️  »… 

« Jusqu'à présent, les emoji et les émoticônes ont rarement été suffisamment importants pour influencer le cours d'un procès, rapporte le média, mais à mesure qu'ils deviennent plus courants, l'ambiguïté dans la façon dont les emoji se succèdent et ce que nous interprétons comme des emoji “signifiants” pourrait bien compliquer les choses pour les tribunaux. »

Margaux Dussert - Le 2 nov. 2020
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