deux robots qui se regardent

Les artistes entrent en résistance contre les IA, mais ils ont déjà perdu

Après que le site de portfolio ArtStation a accepté la mise en ligne d’images générées par IA, une fronde s’organise chez les artistes. Un dernier coup de gueule avant l’acceptation ?

Rien ne va plus sur ArtStation.com. Une drôle d’image répétée à l’infini a envahi la home page de cette plateforme qui permet à des milliers d’artistes d’exposer leur portfolio. Sur cette image noire, on peut lire « No AI », ou « Non à l’IA », en français. Cette manifestation virtuelle a démarré après la publication par ArtStation d’une FAQ incorporant de nouvelles règles concernant les images générées par intelligence artificielle. Concrètement, les utilisateurs ont le droit de poster de l’art génératif, mais pour éviter les problèmes de droits d’auteur, le site met en place un système de tags pour que les artistes « classiques » indiquent s’ils sont d’accord pour que leur style soit copié par les IA génératives. Cette décision a bien évidemment mis le feu aux poudres.

Ready? Fight!

Pourquoi cette colère ? Parce que le système de tags proposé par ArtStation semble, aux yeux des artistes classiques, parfaitement inutile. En effet, les outils de génération d’images sont alimentés par de gigantesques bases de données contenant plusieurs milliards d’images aspirées sur le Web de manière automatique. On sait déjà que la grande majorité du contenu de ce site est utilisée dans l’entraînement des IA. La phrase « trending on artstation » est d’ailleurs très souvent utilisée dans la conception de prompts, ces petites descriptions qui permettent à l’outil de générer des images automatiquement. Autrement dit, le mal est déjà fait et beaucoup de créateurs estiment qu’ArtStation abdique en faveur de l’IA. Outre les questions de droits à la copie, l’idée que l’art IA ne serait qu’une parodie de pratiques artistiques produisant à la chaîne des images souvent médiocres dévaluant mécaniquement le marché, gagne du terrain. Cet avis semble d’ailleurs partagé par le réalisateur mexicain Guillermo del Toro.

De leur côté, les IArtistes répondent par l'ironie. Beaucoup estiment que l’Histoire avec un grand H est déjà en marche et qu’il n’est plus possible d'arrêter l'avancée de cette nouvelle technique. Quant aux entreprises qui proposent ces outils comme Stability, elles prennent les devants en mettant à jour leur logiciel. Depuis sa V2, Stable Diffusion n’est par exemple plus en mesure de copier le style d’un artiste en particulier quand on entre son nom dans le prompt rendant le processus de création plus opaque, mais moins attaquable sur un plan juridique.

L’adoption n’est qu’une question de temps

Cette résistance envers une nouvelle technologie qui vient bouleverser toute une profession est loin d’être inédite. Elle rappelle forcément le luddisme, un conflit social violent qui a eu lieu en Angleterre en 1811 avec l’apparition des premières machines-outils. Plusieurs professions du textile qui étaient menacées de disparaître se sont organisées pour saboter les nouvelles usines…, en vain. D’après NFX, un fonds d’investissement spécialisé dans les entreprises technologiques, cette forme de résistance à l’arrivée de l’IA générative est un processus obligatoire dans le cycle d'émergence de ce qu’ils appellent « les technologies inconfortables » . Pour le business angel James Currier, ces cycles passent par cinq phases bien distinctes.

Durant la première, appelée « phase jouet » , un petit groupe d’utilisateurs va s'emparer de cette technologie pour jouer avec, tester les limites, voir ce qu’il est possible d’obtenir, sans forcément prendre tout ça au sérieux. C’est ce que nous avons connu depuis la sortie des premiers outils ouverts au public comme Disco Diffusion vers les mois de mars et avril 2022.

La seconde période est appelée « la phase critique » . C’est le moment du retour de bâton et du conflit, celui où une technologie sera considérée comme dangereuse ou menaçante avec des réactions particulièrement vives chez les professionnels concernés. Nous sommes sans doute dans cette période.

La troisième étape est appelée « la phase de la peur et du deuil ». C’est l’instant où toutes les personnes qui étaient contre cette technologie, ou qui l’observaient de loin, regrettent de ne pas s’y être mis plus tôt.

Vient ensuite la phase du « suivisme secret » durant laquelle la technologie est adoptée de manière plus massivement, mais encore discrètement, par crainte du regard de ses pairs.

Enfin, la dernière phase est celle de l’acceptation par le plus grand nombre. À titre d’exemple, les sites d’e-commerce ont été massivement adoptés en 8 ans. Combien d’années faudra-t-il aux images générées par IA pour être massivement utilisées dans l’industrie de la communication et de l'entertainment ? Au rythme où vont les choses, on peut penser que cela prendra moins de temps.

commentaires

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  1. Patrick Dutartre dit :

    excellent article!! les investissements en technique et intelligence sont vertigineux mais pour 99,9% des utilisateurs c'est la facilité qui guide... si l'IA permet à tous en quelques clics de se croire ou de se révéler artiste elle sera utilisée et en particulier dans tous les domaines où cela permet des retours financiers immédiats!! la question de savoir si cela nous rend plus heureux ne sera jamais abordée... dommage!

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