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Une princesse disney en robe jaune regarde la caméra
© La Belle et la Bête - Disney

Aladdin, la Belle et la Bête, Dumbo : Disney est en train de « woke-washer » ses classiques

Le 23 oct. 2019

Oubliez les dessins animés sexistes ou racistes d’un autre temps. Disney se rachète une conscience en embrassant totalement la culture « woke ».

Faut pas se mentir. Chez Disney, les filles sont très jeunes et puis très belles, si belles que même leur miroir le leur disent. Elles sont princesses aussi et parlent aux animaux en chantant. Mais surtout, elles attendent le jour où leur prince charmant viendra. Et puis, à la fin, générique, merci, au revoir, elles se marient et font beaucoup d'enfants. Si cette brochette de clichés a la vie dure, c’est sans doute qu'elle a servi d’arc narratif aux dessins animés de la firme aux grandes oreilles pendant de longues décennies.

Quand Simba devient végétarien

Mais depuis l’arrivée des « live action remakes » (des remakes réalisés avec des acteurs et beaucoup d’effets numériques, ndlr), les choses ont changé. Les princesses prennent le pouvoir, elles se battent comme des hommes et étudient la science. Du côté des animaux, même topo. Simba devient un mangeur de larves plus ou moins végétarien et Dumbo convainc un directeur de cirque qu’arrêter d’exploiter les éléphants, c'est important. Comme l’analyse la youtubeuse Linda Ellis dans sa dernière vidéo, Disney a totalement embrassé la culture « woke ».

 

C'est quoi la culture « woke » ?

Petit cours de rattrapage. Dérivé du mot « awake » qui signifie « éveillé », le terme d'argot « woke » fait référence à la sensibilité d’un individu vis-à-vis de la justice sociale et raciale. En d’autres termes, une personne « woke » se définit comme étant consciente des injustices et de toutes les formes d'oppression qui pèsent sur les minorités. Véritable mouvement idéologique depuis l’avènement de Black Lives Matter en 2013 aux États-Unis, le « wokeness » est très souvent au cœur des débats politiques et culturels américains et il n’est pas étonnant que les grands studios comme Disney décident de surfer sur cette vague, du moins en surface.

Disney affronte-t-il ses démons ?

Outre le fait de suivre les mutations de son temps, s'emparer de la culture woke permet de réfléchir à ce qui a motivé les choix douteux du passé – on pense, par exemple, aux méchants à la personnalité queer. Comme l’explique Aline Mayard dans un article paru dans les Inrocks, cette tendance à rendre les méchants maniérés est un héritage direct du fameux code de censure dit « Hays » qui a régi la production des films, entre 1934 et 1966. Le code "Hays" obligeait les studios, entre autres recommandations, de dépeindre l’homosexualité comme une dangereuse déviance  pour la société. Sur le web, les tropes (clichés cinématographiques) de ces dessins animés ont largement été décortiqués, moqués et détournés (même dans la pub).

Mettre la poussière sous le tapis

Disney affronte-t-il vraiment son passé à travers la culture woke ? Pour Linda Ellis, rien n’est moins sûr. Dans le film Dumbo par exemple, la séquence où le petit éléphant était entouré de corbeaux noirs (joués à l'époque par des acteurs blancs) a été effacée. Le petit éléphant aux grandes oreilles utilise bien une « plume magique » pour gagner confiance en lui et voler, mais cette dernière est devenue blanche. De quoi voir ici une volonté de balayer le passé plutôt que de l'expliquer et l'assumer.

Le studio semble même parfois faire le chemin inverse et présenter un point de vue plus réactionnaire que les films d'origine. Ainsi dans la suite de Mary Poppins, les personnages sont sauvés de la ruine grâce à un gentil banquier. Dans le premier film, le personnage de George Banks apprend plutôt à se détacher des contingences matérielles et de sa banque, pour mieux s'occuper de ses enfants.

Et bien souvent, le racisme, le sexisme ou la pauvreté sont présentés comme la faute de quelques individus isolés. Des méchants très méchants sont seuls responsables, tandis que rien n'est dit d'un système global engagé dans la (re)production de ces schémas. Plutôt que d’apporter une réflexion sur nos sociétés, Disney ne ferait finalement qu’effacer les clichés du passé sans remettre en cause le statu quo de chaque période. On a déjà vu plus woke…

David-Julien Rahmil - Le 23 oct. 2019
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  • C'est quand même hilarant de faire disparaitre la scène des corbeaux qui symbolise l'oiseau de malheur, le charognard pour au final donner une plume magique de colombe à Dumbo.
    Sous couvert de "précautionnisme" envers les minorités (issu du courant des gender studies) Dumbo ne fait donc plus face à ses démons pour avancer, il ne cherche pas à prendre ce qui est bon chez ses ennemis (la plume donc le vol) et tirer les leçons d'une situation qui l'a mis en difficulté.