Logo Snapchat et Marijuana
© Matthew Brodeur on Unpslash

Au même titre qu’une pizza ou qu’une table basse, il est désormais possible de se faire livrer de la drogue à domicile. Sur Snapchat, les dealers ubérisent le marché de la dope en s’appropriant les codes de l’entrepreneuriat classique.

Fini les longs trajets stressants pour les consommateurs. Les trafiquants de drogue ont développé un système de click and collect qui donne du fil à retordre aux autorités. Un business 2.0 plutôt juteux... Témoignages de trois jeunes impliqués de près ou de loin dans ces transactions.

Moderniser le système de vente

Illan, étudiant de 24 ans, nous raconte ses premiers contacts avec ces réseaux illégaux sur Snapchat. D'après lui, le secteur utilise le réseau social afin de moderniser son système de vente. « Aujourd’hui, les types doivent s’adapter à la concurrence. La demande était très forte, surtout pendant le premier confinement. C’est surtout à cette période que j’ai vu se multiplier les stories sur Snap. À ce moment là, j’ai découvert toute la stratégie qu’il y avait derrière. Les dealers la jouent comme des entrepreneurs ! Ils montent des systèmes de promotions et de publicités super bien organisés et difficiles à pister. Sur ma commande, ils agrafent des codes Snap à scanner pour remonter facilement jusqu’aux vendeurs. J’ai même reçu une sorte de carte de fidélité, ce qui m’a bien fait rire au début. Ce qui est sûr, c’est que tout est super simple ! Ils m’ont envoyé ce que je voulais comme une lettre à la poste ».

Captures d'écran de stories sur Snapchat

« Snapchat est le réseau de l'éphémérité »

Au sujet de cette facilité, l’étudiant n’est pas seul à témoigner. D’après Caroline, 19 ans, la plateforme permet d’agir sans crainte de se faire avoir. « Je commande régulièrement de l’herbe avant de partir en vacances. Pour cela, j’ai mes contacts sur Snapchat. La plupart des vendeurs utilisent des pseudonymes évocateurs, et utilisent des noms de code pour esquiver l’algorithme. Sur l’appli, les messages et stories sont éphémères, rien ne reste vraiment. Ça facilite les choses et je ne crains plus d’être interpellée au moment de l’achat. Parfois, le dealer utilise même la "carte Snap" (sorte de GPS entre amis) pour se rendre visible ou pour retrouver un client. Comme il est impossible d’avoir accès à cette carte sans être ami avec le vendeur sur la plateforme, difficile d’imaginer la police employer cet outil pour traquer le deal. »

Le risque est banalisé

Sur Snapchat, le système est donc bien installé, en véritable supermarché illégal parallèle. Sylvain, consommateur occasionnel de 29 ans, en évalue les conséquences sur les clients. « Je ne suis pas tellement pour diaboliser la consommation. Mais dans un système comme celui-ci, je regrette simplement le fait de banaliser ce type d’achat. Avant, il y avait une prise de risque évidente et qui faisait partie du jeu. Mais avec Snap, je crois qu’un client accro ne peut pas s’en sortir. Il a accès à tout, trop vite. »

Sur ce point, il est certain que le trafic sur Snapchat est problématique, notamment vis-à-vis des jeunes consommateurs. Aujourd’hui, le réseau social s’engage à lutter contre ces trafics par le biais d’outils de détection linguistique... dont l’efficacité reste à prouver.

premium2
commentaires

Participer à la conversation

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.