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Pouvoir d'achat, saleté à Paris, wokisme... quels sont les sujets qui ont fait hurler les réseaux en 2021 ?

© Thiebaud Faix

Moins nombreuses qu’il y a cinq ans, les crises qui ont secoué les réseaux sociaux tournent autour de quelques irritants.

Tous les ans, Saper Vedere repertorie les grandes polémiques qui ont agité les réseaux sociaux et le monde médiatique dans son ensemble. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’année 2021 a eu son lot de crises entre l'affaire absurde de l’EvianGate, le baiser de Blanche Neige transformé en viol, ou bien encore le hashtag #SaccageParis qui squatte Twitter depuis plusieurs mois. Quelles sont les grandes leçons à retenir ?

Le top des polémiques qui ont agité les réseaux

Parmi les crises les plus visibles de cette année, on note la présence du mouvement #SaccageParis qui est inédit dans sa longévité et qui n’est pas le fait d’une organisation précise, mais d’un ensemble d’individus qui poursuivent leur action dans le temps, à savoir dénoncer la saleté de Paris.

« On y trouve de multiples origines politiques allant de l’extrême droite au centre, voire même un peu de gauche, indique Nicolas Vanderbiest. En revanche c’est vraiment un microcosme très bruyant. Sur un mois, c’est 181 000 tweets, mais pas plus de 20 à 30 000 utilisateurs, ce qui est très peu par rapport à la masse de tweets. »

En termes de nouveautés, les crises liées au prix des biens ou des services émergent de plus en plus. La chiffonnette d’Apple à 25 euros ou le calendrier de l’avent de Chanel, jugé bien trop cher, sont ouvertement critiqués, tandis que le verre d’eau du robinet de McDonald's vendu entre 4,60 et 7 euros le litre a de quoi faire lever un sourcil.

Enfin, pas moins de 15 % des crises peuvent être liées à la thématique du « wokisme », défini par Nicolas Vanderbiest non pas comme un mouvement se réclamant du féminisme ou de la lutte antiraciste, mais plus d’une volonté de réécrire l’histoire avec le regard d’aujourd’hui ou de lutter contre la réappropriation culturelle. À ce sujet, les histoires ont été très nombreuses depuis le baiser de Blanche Neige transformé en viol, la suppression du personnage de Pépé le putois considéré comme trop sexiste, en passant par l’intégration du pronom « iel » dans le dictionnaire du Petit Robert. Le rapport note toutefois que la majorité des crises sont le fait de forces réactionnaires qui devant l’évolution des pratiques d’une organisation, poussent la rhétorique d’une « prise d’otage par les wokes ». 

Le nombre de polémiques liées aux marques et aux organisations en baisse

Le rapport de Reputatio Lab fait état de 53 crises concernant une marque ou une organisation durant l’année 2021. Pour les comptabiliser, les auteurs prennent en compte uniquement les polémiques qui démarrent sur les réseaux sociaux et qui font l’objet d’au moins un article dans la presse francophone. Comparé à 2015 où l’on comptabilisait 109 crises dans l’année, le chiffre de 2021 paraît donc relativement bas. Pour Nicolas Vanderbiest, cette diminution s’explique en partie par la crise sanitaire. « Les marques ont beaucoup moins communiqué que les autres années et elles ont donc pris moins de risques. S’ajoutent à cela des employés qui sont de plus en plus au fait des réseaux sociaux et qui contrôlent beaucoup plus leur image en ligne. Les communicants sont aussi plus prudents et évitent de plus en plus les messages qui pourraient être considérés comme sexistes ou anti-écologistes par exemple. Enfin, la presse est bien moins alerte sur les soubresauts des réseaux sociaux et est davantage concentrée sur les crises politiques que sur les crises pouvant toucher une marque. »

Instagram devient de plus en plus une chambre d’écho des crises

On savait que Twitter était le lieu central des crises. La présence de personnalités politiques, de journalistes et de militants en fait le carrefour naturel des polémiques. Mais d’après le rapport de Reputatio Lab, Instagram devient aussi la caisse de résonance des polémiques avec 17 % des crises qui sont commentées sur cette plateforme (contre 86 % pour Twitter et 30 % pour Facebook). Que se passe-t-il au royaume de la perfection et des couleurs pastel ? Pour Nicolas Vanderbiest, c'est la conséquence d’une migration des journalistes sur ce réseau, qui sont donc plus au courant de ce qui s’y passe. « En même temps, les thématiques des crises sont bien plus centrées sur les centres d’intérêt de la plateforme, à savoir la mode, la gastronomie ou la beauté. Ce n’est pas vraiment le nombre de crises qui a évolué, mais plus le regard porté par les médias qui s’est déplacé sur ce réseau. » 

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