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Le président des Etats-Unis Donald Trump aqui affiche un air narquois
© Gage Skidmore via Flickr

Pourquoi tombe-t-on toujours dans le panneau du trolling ?

Le 28 oct. 2019

Depuis le temps, on devrait être immunisé contre les techniques des trolls. Et pourtant les techniques permettant de hacker l’attention des internautes sont de plus en plus utilisées par des politiques.

Alors que la Grande-Bretagne est en pleine tourmente à propos du Brexit, le compte @conservatives a posté le 22 octobre 2019 un bien étrange tweet incitant le Premier ministre et les députés conservateurs à finaliser la sortie de l’UE. A priori, pas de quoi se relever la nuit, en dehors d’un petit détail. Le message était rédigé en Comic Sans MS, connue comme étant la police de caractère la plus détestée du web.

Bien évidemment, de nombreux internautes ont réagi en se moquant de la forme du tweet. Et c’est très exactement ce qu’espérait l’auteur de ce compte. Ce qui aurait pu être un message politique noyé dans le flux de Twitter s’est transformé en mini buzz qui a généré 573 retweets et 2,1k likes.

Le trolling, une méthode de communication imparable

Cette technique de trolling se retrouve partout. Aux États-Unis, Donald Trump est devenu un expert en la matière. Plutôt que de se concentrer sur sa politique, les internautes passent leur journée à se scandaliser sur ses expressions, ses fautes de frappe, ou son exubérance souvent mensongère. Lors d’un discours donné à la conférence Shale Insight à Pittsburgh, le président a annoncé vouloir construire un mur à la frontière du Colorado. Bien évidemment, cet État situé au milieu des États-Unis ne possède pas de frontières avec le Mexique. Mais ça n’a pas empêché de voir sa vidéo partagée des millions de fois, assurant une couverture médiatique sans précédent.

The Guardian consacre un article au phénomène. Le trolling était autrefois l’apanage de l’extrême droite. Mais la pratique est en train de conquérir l’ensemble de la classe politique. L’objectif est d’ailleurs très simple : partager de fausses informations ou des points de vue aberrants afin de forcer les médias mainstream à reprendre les propos pour les analyser ou les debunker. Non seulement cette méthode permet de gagner l’attention des internautes au travers de réactions outrées, mais donne aussi à l’homme politique une image « authentique » qui le différencie des autres pour un public de votants indécis. En France, le député des Français de Suisse et du Liechtenstein Joachim Son-Forget a lui aussi utilisé cette méthode en décembre dernier quand il a fondé son propre parti.

Comment résister au trolling ?

Pour l’auteur de l’article, Richard Seymour (qui a signé le livre The twittering machine), les internautes devraient s’inspirer du concept de « losses disguised as wins » (pertes déguisées en victoires), mis en avant par l’anthropologue Natasha Dow Schüll. Cette spécialiste des mécaniques d’addiction dans les casinos explique que les joueurs sont accros aux machines à sous pour une raison très simple. Ces dernières leur donnent de manière régulière des petites récompenses pécuniaires accompagnées de sons ou des flash lumineux. Les médias sociaux avec leurs partages et leurs likes, offrent aux personnes qui s’insurgent contre les trolls politiques le même genre de récompense en échange d'un peu d'engagement. Résister à l’envie de commenter ce genre de post permettrait de leur donner moins de poids médiatique et donc moins de puissance dans un espace public déjà saturé.

David-Julien Rahmil - Le 28 oct. 2019
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