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noter cerveau est programme pour parler de nous

On aime parler de nous parce que ça nous fait le même effet que le coït ou la coke

Le 11 juill. 2018

Que ceux qui aiment parler d'eux se rassurent. Non, ils ne sont pas égocentriques. Notre cerveau est en fait programmé pour que nous parlions de nous : il se sent bien... Comme s'il avait pris un peu trop de drogue ou de plaisir.

Mes amis vous le diront, j'adore parler de moi. C'est bien simple, je suis mon sujet d'étude et de conversation préférée. Je m'étudie à la loupe comme un laborantin dissèque un coléoptère : avec passion. Primo, parce que ma vie est formidable - presque quasi à peu près - tout le temps. Deuzio, parce que j'y prends beaucoup de plaisir. Je vais enfin pouvoir rabattre le clapet à selfie de tous ceux qui disent que je suis un puits sans fond de narcissisme. Il existe une explication scientifique au fait que j'aime beaucoup parler de moi : j'utilise le meilleur outil de l'évolution humaine à ma disposition pour maximiser ma survie, ma connaissance du monde et de moi-même. Et toc !

Pour ceux qui dormaient ces 2 300 dernières années, un mec plutôt intelligent nommé Aristote a réfléchi un jour. Après quelques noeuds au cerveau, il a conclu que l'homme était un animal éminemment social : nous sommes programmés pour utiliser la communication comme outil vital pour survivre et nous épanouir. La science complète le point de vue du philosophe en nous apprenant que notre sujet favori est nous-même. Nous passons même 60% de nos conversations à parler de nous (selon une étude menée par l'université de Liverpool). Ce chiffre atteint 80% lorsque nous papotons sur les réseaux sociaux comme Twitter ou Facebook. En fait, nous aimons parler de nous à tel point que des psychologues de Harvard ont découvert que nous sommes prêts à payer pour ça.

Mais pourquoi parler de nous nous passionne autant ? Dans un monde en pleine mutation, nous pourrions tout aussi bien nous enthousiasmer pour l'intelligence artificielle, les mutations de la com' interne ou un hypothétique come back d'Ophélie Winter. Mais non. Nous sommes passionnés par nous-même. Il y a une explication simple au fait que nous aimions parler de nous : nous nous sentons bien lorsque nous le faisons. Au point de titiller les mêmes zones du cerveau que lorsque nous coïtons, prenons de la cocaïne ou que nous mangeons (attention record de « i» tréma dans cette phrase). Parler de nous est, en quelque sorte, une drogue, comme les likes des réseaux sociaux.

Parler de soi est bénéfique, à tout point de vue

Nous devons cette conclusion surprenante aux chercheurs du Harvard University Social Cognitive and Affective Neuroscience Lab. Ils se sont intéressés au phénomène de récompense en passant les cerveaux de 195 participants à l'IRM. Cet outil de recherche a mis en lumière la relation entre l'attitude (le fait de parler de soi) et l'activité neuronale. Et lorsque qu'ils parlent d'eux, la zone de la motivation et de la récompense est activée dans le cerveau des participants.

Lors de l'expérimentation initiale, les chercheurs ont demandé aux individus de parler de leur propre opinion et traits de personnalité, et de ceux d'autres personnes. Ils ont ensuite comparé les zones d'activation du cerveau selon qu'on leur demandait de parler d'eux ou des autres. Trois régions du cerveau se sont particulièrement « allumées ». Quand les cobayes parlent d'eux, des zones du cortex préfrontal interne, associées aux pensées internes, s'activent. Ça, on le savait déjà. En revanche - et à l'époque, croyez-moi, ça a dû pas mal secouer le monde des chercheurs cognitifs, rock and roll ! - les deux autres zones activées n'avaient encore jamais été associées à l'auto-pensée. Il s'agit du noyau accumbens et de l'aire tegmentale ventrale, toutes deux reliées au système de dopamine mésolimbique. Si le seul mot que vous avez compris de la dernière phrase est dopamine, dites-vous que ce n'est déjà pas mal. Ces zones sont généralement associées à la récompense. Elles ont un lien avec les sensations de plaisir et d'états de stimulation comme le sexe, la cocaïne ou la nourriture.

Neuroscience du bonheur

Selon Adrian F. Ward, docteur en philosophie de l'Université de Harvard, parler de soi n'est pas une aberration du point de vue de l'évolution. Le faire a un effet positif sur à peu près tous les besoins basiques nécessaires à la survie, sur la connaissance de soi et l'ouverture aux autres. En donnant des informations personnelles, les liens sociaux se créent et se renforcent, une condition fondamentale de survie. C'est aussi une nécessité dans l'atteinte du bonheur. Enfin, parler de soi permet d'avoir des retours sur soi et de s'améliorer.

Alors, lorsque quelqu'un vous taxera d'égocentrique, répondez-lui simplement que vous êtes la version la plus aboutie de l'évolution humaine. En toute simplicité.

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