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un pantin de bois au nez long
© gun75 via Getty Images

L'incroyable histoire d'Alepo, le canular qui a trompé Twitter pendant trois ans

Le 9 sept. 2020

Une scientifique américaine a créé de toutes pièces une fausse professeure d’université militante amérindienne et bisexuelle qui avait réuni plus de 2 400 abonnés en trois ans.

Le 31 juillet dernier, la communauté scientifique d’Arizona était en deuil après l’annonce du décès d’Alepo, une professeure d’universalité sous pseudo, qui animait depuis trois ans le compte Twitter @Sciencing_Bi. Sur sa biographie, on pouvait lire « professeure d’anthropologie bisexuelle et d’origine amérindienne ». Cette militante postait des messages sur sa vie personnelle et dénonçait régulièrement des histoires d’injustice sociale, d’agressions sexuelles ou de harcèlements sexistes. Peu avant sa mort, elle avait confié qu’elle avait contracté le SARS-CoV-2 à cause de son université qui l’avait obligée à poursuivre son enseignement directement face aux élèves.

La scientifique qui n'existait pas

C’est son amie, la scientifique spécialisée en neurologie BethAnn McLaughlin, qui a annoncé cette disparition due au Covid-19. Pour lui rendre hommage, elle invite les gens qui connaissaient Alepo en ligne à une cérémonie numérique. Quatre autres universitaires qui dialoguaient régulièrement avec elle lui ont rendu un dernier hommage, mais se sont toutefois étonnés de ne pas voir plus de monde sur cette réunion Zoom. Et ont rapidement déchanté quand ils ont appris qu’Alepo n’avait en fait jamais existé.

Cette information est annoncée quelques jours plus tard par Gerardo Gonzalez, un porte-parole de l’université d’état d’Arizona. Il indique sur Twitter qu’ils n’ont pas réussi à identifier cette professeure d’anthropologie et que le compte @Sciencing_Bi est un « hoax », un canular. Le même jour, le compte de BethAnn McLaughlin est lui-même suspendu par la plateforme sociale. Peu de temps avant, la scientifique, fondatrice de l’association luttant contre le sexisme MeTooSTEM avait envoyé un communiqué au New York Times, indiquant que c’était bien elle qui était à l’origine de cette supercherie.

Un canular pour redorer son image

D’après le journal, le compte @Sciencing_Bi était bien plus qu’un simple porte-voix dans la lutte contre le racisme et le sexisme. BethAnn McLaughlin semble l’avoir utilisé pour défendre sa réputation, mais aussi pour faire avancer sa carrière. Accusée de comportement toxique et de manque de considération envers les minorités ethniques au sein de son association MeTooSTEM, elle utilisait la parole d’Alepo pour se donner le bon rôle sur les réseaux. le compte @Sciencing_Bi remerciait régulièrement la chercheuse pour son combat mené envers les minorités ou contre l'homophobie. La scientifique a aussi utilisé ce compte pour lancer une pétition de soutien afin d’obtenir une promotion dans son université.

À la suite de cette découverte, BethAnn McLaughlin a été retirée du bureau éditorial de la revue scientifique Journal of Neuroscience et a dû rendre son MIT Disobedience Award, reçu en 2018 pour récompenser un acte de désobéissance qui fait avancer la justice sociale.

David-Julien Rahmil - Le 9 sept. 2020
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