Une industrie de la honte
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Aux États-Unis, une centaine de sites web permet de diffuser gratuitement des ragots ou des accusations graves envers des individus. Derrière se cachent des entreprises d’e-réputation.

Salir la réputation d’une personne pour longtemps est une action extrêmement simple et qui fonctionne sans réseaux sociaux. Il suffit pour cela de poster une photo et un cours texte sur quelques sites et de laisser la magie des moteurs de recherche opérer. C’est ce qu’a découvert le journaliste du New York Times Aaron Krolik qui vient de publier une perturbante enquête sur l’industrie de la diffamation en ligne. 

Diffamer sur Google, c’est facile

Il existe sur le web américain une myriade de sites web mal fichus et remplis de pub. Ils répondent aux noms de Cheaterboard.com, FoulSpeakers.com, STDCarriers.com ou bien ReportCheater.com… Leur spécialité ? Le « name and shame », une pratique souvent observable sur les réseaux et qui consiste à désigner à la vindicte populaire un individu dont on juge le comportement inapproprié. Certains sites sont spécialisés sur les personnes infidèles, d’autres listent des individus désignés comme agresseurs sexuels, tandis que certains vous affichent comme porteur d’une maladie vénérienne. Ils sont alimentés par des bases de données liées à des décisions de justices, ou par des internautes qui peuvent poster n’importe quelle calomnie sans aucune forme de vérification. Pour comprendre leur fonctionnement, le journaliste du New York Times a publié sur l’un d’entre eux sa photo accompagnée de la phrase « Aaron Krolik de New York est un inqualifiable loser ». Grâce à une très bonne politique d’indexation par les moteurs de recherche, il a retrouvé son nom quelques jours plus tard sur les premiers résultats de Google et Bing. Ce dernier était automatiquement associé à l’expression « inqualifiable loser ».

Extorsion à la réputation 

Derrière ces sites web aux motifs louches se cache une poignée de personnes bien discrètes. Aaron Krolik a retrouvé la trace de l’une d’entre elles. Il s’agit de Vikram Parmar qui semble être au centre d’une petite galaxie de sites de ce type. Condamné en 2014 pour avoir escroqué des internautes sur un faux site de petites annonces, cet individu est aussi à la tête d’une autre entreprise lui appartenant. Il s’agit de RepZe un service spécialisé dans l’e-réputation et dont les publicités se retrouvent un peu partout sur les sites de diffamation. Pour la modique somme de 750 dollars par post, il peut retirer votre nom de ses propres sites qui vous présentent comme un mari infidèle ou un porteur d’un herpès génital. On comprend vite comment cette myriade de sites se transforme en un business bien rentable qui s’apparente très fortement à de l’extorsion. 

Le web n’oublie jamais rien

Le fait de payer ne suffit d’ailleurs pas toujours à effacer toutes les traces. Aaron Krolik a interviewé un ancien client de ces services qui affirme avoir dépensé plus de 4 000 dollars pour retirer des posts négatifs qui sont réapparus quelques mois plus tard. Le journaliste estime quant à lui que le retrait de son propre post lui couterait pas moins de 20 000 dollars, sans aucune garantie. Pour rappel, Google permet, grâce à ce formulaire de demander le retrait de votre nom lié à une ou plusieurs URL en particulier. La procédure est gratuite, mais reste cependant incomplète. En effet après avoir fait sa demande au moteur de recherche, ce dernier a bien retiré les sites louches de ses résultats, mais ceux-ci restent visibles lorsque l'on passe par la recherche d’image. Une fois que ses datas se retrouvent dans cet engrenage diffamatoire, il devient très difficile d’en sortir.

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