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Un ordinateur en train de brûler

Est-ce (vraiment) la fin de Google News ? « Oui ! », selon Jean-Frédéric Lambert, PDG de ePresse

Le 11 déc. 2018

La guerre qui oppose Google aux éditeurs de contenu pourrait très mal finir. Pour Jean-Frédéric Lambert, PDG de ePresse, Google pourrait tout bonnement décider de couper les tuyaux.

Google a perdu la bataille en septembre dernier, lorsque le Parlement européen a voté la réforme du droit d’auteur. Mais le géant n’a pas dit son dernier mot et pinaille ferme sur la rémunération des éditeurs. Son arme ? Menacer de fermer Google News, qui assure pourtant aux médias une manne de trafic. Vous pensez que c’est une blague ? Jean-Frédéric Lambert, PDG de ePresse, le kiosque numérique distribué par Orange, n’a pourtant pas du tout envie de rire. 

Pensez-vous vraiment que Google va stopper Google News s’il doit rémunérer les éditeurs de presse ?

J.-F. L. : Pour répondre court : oui ! C'est la grosse menace brandie par Google. La situation est très déséquilibrée parce que le géant met en avant le fait que la société mère n’a pas fondamentalement besoin de Google News. Le discours de Google est de dire : « Google News est un service que nous offrons. Il ne nous rapporte rien. D’ailleurs, regardez, aucune publicité n’y est affichée. Il est donc faux de dire que c'est nous qui phagocytons toute la publicité. Et si ça nous coûte trop cher, on va arrêter ». Google met en avant le fait que les éditeurs sont beaucoup plus demandeurs du trafic apporté, que la société du maintien de Google News.

Google va-t-il mettre ses menaces à exécution ?

J.-F. L. : Cette menace a existé à la fois en Allemagne, en Espagne et en Belgique. En Espagne, ils sont allés jusqu'au bout. En Allemagne et en Belgique, ce sont les éditeurs qui ont fait marche arrière. C'est bien parce que ces combats ont déjà existé que les éditeurs, en désespoir de cause, sont allés à Bruxelles pour tenter de faire inscrire dans la loi un droit voisin pour rémunérer les éditeurs. Et aussi, pour éviter le combat frontal avec Google et parce qu'il n'arrivaient pas à l'obtenir directement dans la négociation.

Comment va évoluer la situation ?

J.-F. L. : C'est un combat très, très déséquilibré. Google a ouvert deux fronts simultanés. Les équipes ont commencé à négocier sur les « snipets » [des extraits composés d’un lien avec un titre, une courte phrase et parfois, une image, NDLR]. Pour eux, si l'extrait qu'ils ont le droit de publier fait 5/6 lignes et le titre, ça leur suffit ! Deuxième front : ils veulent négocier pays par pays. Or, ce faisant, ils renvoient à une situation connue, où les négociations avaient échoué. Ils vont continuer à brandir le fait que si tout ça les enquiquine trop, ils vont arrêter Google News qui n’a pas beaucoup d’intérêt pour eux.

Sauf que c'est faux...

J.-F. L. : C'est la position officielle de la société américaine. Sauf qu’intégrer le flux Google News lui permet de capter une audience énorme, gratuitement. Parce que ce que Google ne dit pas suffisamment, c'est que toute une partie de son audience n'est pas une audience naturelle mais achetée. Donc mettre la main sur du contenu gratuit, qui permet de récupérer du trafic est une ressource énorme pour Google. Mais ils ne l'afficheront jamais comme ça.

Est-ce que les kiosquiers virtuels sont une alternative à l’offre pléthorique de Google News ?

J.-F. L. : Nous, les kiosquiers, sommes sur des marchés multi-locaux. Un kiosquier qui tente une offre complètement internationale n'est pas efficace. Même Google News si vous regardez, est multi local. Vous avez la version belge, la version française, etc. Quand vous cherchez dans la barre de recherche, vous pouvez trouver des infos d'autres pays mais la première recherche que vous faites c'est en général sur les supports nationaux. Notre premier effort, c'est d'être efficaces sur ce point et d’intégrer progressivement les grands titres européens nationaux puis locaux, avec des entrées par pays ou par langue. Il existe une vraie demande, où les gens sont prêts à payer pour accéder à l'intégralité du contenu de manière simple et organisée. On est à contrepied de Google dont l’algorithme fonctionne de manière à valoriser les gros titres.

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