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Le journalisme de terrain
© South_agency via Getty image

FILD : le média qui veut remettre les grands reporters en première ligne

Le 3 févr. 2021

Délaissé par la télévision au profit d'émissions moins coûteuses, le grand reportage tente de se réinventer en mixant vidéos virales et abonnements payants.

Réservés autrefois aux chaînes de télévision et aux grandes radios, les grands reportages à l’étranger se font de plus en plus rares dans le paysage médiatique. Un nouveau média tente pourtant d’inverser cette tendance. Il s’agit de FILD, acronyme de Field Information Leads Democracy qui a s'est lancé en janvier 2021. Le média promet à ses lecteurs des reportages issus du terrain en France, mais aussi à l’international, ainsi que des interviews de chercheurs ou des analyses pointues sur des sujets comme l'environnement, la santé ou le terrorisme.

Média pivotant

« Ça fait 20 ans que je travaille en tant que grand reporter, notamment au Moyen Orient et j’ai remarqué avec de nombreux collègues que la télévision voulait de moins en moins de notre profession, explique Emmanuel Razavi directeur de rédaction et co-fondateur de FILD. À part ARTE ou France24, il n'y a plus vraiment de place pour des reportages à l’autre bout du monde. Ce travail est peu à peu remplacé par des émissions de débats qui coutent beaucoup moins cher à produire et qui donnent la parole à des experts autoproclamés. » Un constat qui rejoint largement les analyses d’Emanuel Parody sur les tendances médias et le manque de moyens marqué sur les enquêtes et le travail de terrain.

Déjà présent sur le web depuis 2018, sous le nom de Global Geo News, ce pure player destinait auparavant son contenu aux médias professionnels, aux universitaires ou bien aux entreprises. Il proposait notamment des analyses stratégiques sur l’actualité internationale. D’après Emmanuel Razavi, c’est le succès qu’ont rencontré leurs vidéos sur Facebook qui a convaincu le jeune média de pivoter vers le grand public. 

Faire du snack avec du reportage

Mais là où FILD crée la surprise, c’est justement sur son modèle économique et la manière dont il veut adapter le travail des grands reporters au format Web. Alors qu’on s’attend a voir du long format ou des entretiens vidéo fleuve à la manière d’un ThinkerView, le site et la page Facebook mettent en avant des articles et des vidéos plutôt courtes. Lorsqu'on les interroge sur ce format particulier, les équipes invoquent des raisons économiques. « Pour réaliser des reportages de terrain sans que ça revienne trop cher, il faut savoir jongler avec les contraintes, confie Emmanuel Razavi. On se concentre sur les petits formats, car ça coute beaucoup moins cher. On profite aussi de notre réseau de correspondants installés à l’étranger plutôt que d’envoyer des équipes depuis la France afin de réduire les coûts. Enfin, on s’adapte aux usages de notre lectorat. Sur les réseaux sociaux, on sait que les gens regardent très rarement des contenus longs jusqu’au bout. Seules les trois premières minutes comptent vraiment. On s’arrange donc pour donner l’information et les faits en cinq minutes. »

Des faits et une pluralité de points de vue

Malgré ce format rapide, FILD ne fonctionne pas avec la publicité et fait le pari d’un abonnement payant à 4 euros par mois (ou 40 euros l’année). L’enjeu consiste donc à transformer une communauté de followers principalement basés sur les réseaux, en abonnés payants et engagés. Là encore, le média essaye de trouver sa propre voix en tentant une approche éditoriale différente des autres médias. Là où des Mediapart vont jouer la carte de l’engagement porté sur des combats sociaux ou des valeurs communes, FILD revendique une liberté de ton et de point de vue plus varié. « À partir du moment où l’on décide de faire reposer notre contenu sur les faits et les analyses qui viennent du terrain, on s’extrait de toute idéologie et c’est justement cette philosophie qui semble plaire a notre public. » Dans les faits, cela donne des articles qui ne vont pas toujours dans le sens du consensus comme une critique des activistes animalistes dont les méthodes seraient « proches du terrorisme » ou bien encore une interview sur les territoires qui échapperait au contrôle de l’État.  Une chose est certaine, FILD ne cherche pas à plaire à tout prix au lectorat, mais tente plutôt de remettre au gout du jour une pluralité de points de vue plus discrète dans les médias payants. Reste à voir si le pari sera réussi.

David-Julien Rahmil - Le 3 févr. 2021
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