Une jeune fille dans un chariot qui tient un téléphone rose

Les micro-influenceurs ont un plus grand pouvoir de prescription que les stars des réseaux

© Rohappy via Getty Images

En août dernier, Vogue parlait du phénomène de « genuinefluencer » , pour la contraction entre « genuine » , authentique, et « influenceur » . Le magazine voulait souligner cette tendance qu’on peut effectivement observer : certains influenceurs cherchent à revenir à la source des réseaux sociaux. Ils ne sont pas là pour faire du business mais pour échanger avec les autres autour de leurs passions. 

Après une grosse décennie à tenter de tirer le plus fort possible sur la corde des partenariats de marques, l’industrie de l’influence serait-elle arrivée à maturité ? Peut-être. Ce qui est certain, c’est que la génération des micro-influenceurs, ces influenceurs qui comptent moins de fans, mais qui parlent avec eux de manière plus authentique, renouvellent la pratique. Interview d’Aurélie Balesta, Head of Brand Content de l’agence d’influence Influence4You.

Côté internautes comme côté influenceurs, il y a plus d’authenticité dans les relations. D’où vient ce besoin ?

Aurélie Balesta : On a toujours eu besoin d’authenticité. Il y a eu une période où certains influenceurs se sont faits avoir par la vague de l’influence et ont accepté des collaborations qui n’avaient pas forcément de cohérence avec leurs propres goûts, avec ce qu’eux et leurs abonnés aimaient. C’est vite redescendu. Aujourd’hui, tout le monde est à la recherche de gens qui les inspirent, qui partagent des choses qui les intéressent, les cultivent, les divertissent. C’est la source et la base de tous les réseaux sociaux. C’est sûrement la difficulté pour les créateurs d’aujourd’hui : être proches de leur communauté, partager leur quotidien, créer une vraie relation avec les abonnés ; et en parallèle, produire des contenus de très bonne qualité, connaître les codes, les nouveaux formats comme les Reels sur Instagram... Il faut jongler entre ce qui fonctionne avec les abonnés et ce qui fonctionne sur le réseau.

Doit-on entrer dans la sphère de l’intime pour être un bon influenceur ?

A. B. : Non. Des influenceurs qui ne sont pas dans la sphère de l’intime il y en a, ça dépend de ce qu’ils partagent. Par exemple, j'aime beaucoup les vidéos YouTube de vulgarisation scientifique, sur la culture. Là, les influenceurs ne partagent pas leur vie privée. Mais si la personne est dans le lifestyle, partage ses découvertes food, mode, et veut inspirer en partageant des aspects de sa vie, les abonnés vont vouloir en savoir plus pour s’identifier, savoir si cette personne dont le style semble correspondre leur parle au-delà de ce qu’ils peuvent apercevoir.

Paradoxalement, la vulnérabilité agit comme protection pour certains créateurs.

A. B. : Je n’aurais pas parlé de vulnérabilité mais plutôt de transparence. Les créateurs montrent que derrière l’écran ils sont de vraies personnes, que ce ne sont pas des personnages, qu’ils ne sont pas parfaits, qu’ils peuvent faire des erreurs et qu’évidemment ils prennent les critiques à cœur. Cela permet de comprendre qu’on peut avoir des coups de mou et avoir des abonnés un peu plus compréhensifs.

N’y a-t-il pas un risque accru de burn-out lorsqu’on mêle la vie privée à la vie professionnelle ?

A. B. : C’est vraiment important pour les créateurs de savoir faire la part des choses, savoir placer le curseur entre quoi partager, à quel moment travailler et quel temps de sa journée consacrer aux retours.

Comment l’industrie voit et accompagne cette vague ?

A. B. : Toutes les agences ont envie de remettre de l’éthique dans les collaborations entre les marques et les influenceurs. On a eu une période, autour de 2016-2017, où beaucoup de marques se sont lancées, ont fait de l’influence à outrance en faisant appel à tous les influenceurs possibles et imaginables. Les créateurs et les marques ont perdu en crédibilité. On a le même phénomène avec l’essor du dropshipping. Ce type d’événement a terni notre métier. La plupart des influenceurs veulent avant tout avoir des contenus intéressants à proposer à leurs abonnés et, s’ils ont décidé d’en vivre, les partenariats avec des marques sont du bonus pour eux.

La vulnérabilité est-elle juste une tendance du moment ?

A. B. : Je pense que c’est une prise de conscience qui va durer. Il y en a eu plusieurs dans le milieu de l’influence. Par exemple, lorsqu’on s’est rendu compte que certains créateurs recevaient des centaines de colis par jour. Écologiquement ce n’était plus possible et pour les marques ça n’avait pas d’intérêt. Dorénavant, les créateurs évitent d’accepter des projets quand ils n’en ont plus besoin. Ça n’empêche pas que des créateurs construisent des personnages complètement fictifs, mais pour ceux qui ont pour objectif d’inspirer, de partager des choses personnelles, j’espère qu’elle va rester.

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