Les personnages haut en couleur de VRChat

Le métavers existe déjà, il s'appelle VRChat et c’est un sacré bordel

Discussion de groupe, chasse à l’homme, relations intimes... Dans cet univers virtuel, tout semble possible. Suivez le guide.

Il est environ minuit, je me retrouve dans un grand appartement luxueux. Devant moi, un loup-garou aux longs cheveux noirs, deux petites poupées sorties d’un univers de manga et un cône de Lübeck (vous savez, les plots de travaux orange et blanc) avec des bras. Ensemble, ils discutent et flirtent un peu. L’un des avatars caresse la tête d’un autre en lui disant à quel point elle aime ses cheveux. Puis tout le monde se dit au revoir et s’en va vers de nouvelles aventures. Je reste seul avec Zebyleplot, le cône, qui me raconte comment il a découvert ce monde si particulier. C’est la première fois que je fais une interview dans un univers virtuel, et c’est celui de VRChat. Est-ce le plus fou de tous ? En tout cas, il semble bien barré.

À l’heure ou Mark Zuckerberg ouvre sa plateforme Meta Horizon aux internautes américains, il est bon de rappeler qu’il existe déjà d'autres univers gigantesques accessibles aux amateurs de réalité virtuelle. Lancé officiellement en 2014, VRChat sert à la fois de réseau social, de parc d’attraction et de scène expérimentale pour une niche d’internautes avides d'interactions augmentées. Son principe est simple. Que vous soyez équipé d’un casque de réalité virtuelle ou bien d’un simple ordinateur, vous pouvez vous connecter gratuitement à ce monde, changer l’apparence de votre avatar puis rencontrer vos amis ou de parfaits inconnus dans une multitude de salles de chat ou de jeux.

À quoi ressemble une session de VRChat ?

Après avoir lancé la plateforme, on se retrouve dans notre room privée, une sorte de chambre depuis laquelle on peut fabriquer son avatar ou choisir ce dernier parmi une centaine de modèles gratuits. Une fois apprêté, plusieurs portails menant vers différents univers s’ouvrent à nous. On peut se rendre dans une des nombreuses places de marché pour acheter, contre de vrais dollars, des skins personnalisées. Pour ma part, je décide de faire une partie de murder, un jeu où vous déambulez dans un manoir en tentant de tuer d’autres joueurs et évitant d’être tué soi-même. S’il est possible d’essayer de nombreux jeux vidéo dans VRChat, ce sont les interactions sociales entre utilisateurs qui sont au centre de la plateforme. Des chatrooms aux multiples ambiances sont disponibles pour discuter et montrer ses avatars, depuis le fond des océans jusqu'aux stations spatiales futuristes en passant par des bordels de luxe, jacuzzi inclus. 

Tous ces éléments de décors et ces costumes virtuels ne sont pas proposés par les concepteurs du jeu. Comme pour Roblox ou bien Les Sims, ce sont les joueurs qui sont aussi créateurs de contenus et d’expériences. C’est le cas de Nidonocu, un utilisateur fan de science-fiction et appartenant à la communauté des furries, une subculture geek et queer où les participants aiment se déguiser en mascottes animalières. Ce dernier est spécialisé dans la fabrication d’avatars très détaillés qu’il vend sur sa boutique contre une quarantaine de dollars. « La plupart des avatars sont disponibles gratuitement, mais si vous voulez les customiser et changer quelques éléments, il faut alors acheter les fichiers pour pouvoir les modifier vous-même, explique-t-il. Vous pouvez aussi demander à un retexturer d’apporter quelques modifications, ce qui peut coûter entre 70 et 200 dollars en fonction de la complexité. Certains joueurs peuvent même demander un avatar entièrement personnalisé, ce qui coûte plus de 1 000 dollars pièce. »

Montre-moi comment tu bouges

C’est comme ça que certains créateurs gagnent leur vie sur VRChat, en utilisant souvent un compte Patreon. C’est par exemple le cas de Blue Kun, créateur du Bclub, une sorte de lieu de rencontre coquin où les joueurs peuvent s’adonner à différents jeux de rôle plus ou moins érotiques. Ce maquereau virtuel propose aux internautes voulant bien le financer, des chambres personnalisées, des droits sur son serveur discord, voire des posters représentant les fans les plus motivés aux murs du penthouse. Parmi ses 973 abonnés payants, 46 payent 45,50 euros par mois pour faire partie de ce club. 

Contrairement à mon avatar qui n’est pas très mobile, la plupart des joueurs rencontrés dans les mondes de VRChat sont équipés de casques et de manettes VR. Ces dernières permettent de simuler de manière plus précise les mouvements de leur tête, mais aussi de leurs bras et de leurs mains. Ceux qui décident d’aller plus loin peuvent s’équiper de capteurs situés au niveau des pieds, voire même de combinaisons VR qui permettent de capturer l’ensemble de leurs mouvements. Pour Julien Bergounhoux, rédacteur en chef de L’Usine Digitale et spécialiste de la réalité virtuelle, une hiérarchie sociale existe de facto sur VRChat. « L’intérêt d’un matériel complet c'est surtout pour les possibilités d'interactions qu’il apporte, explique-t-il. Il permet de saisir un objet. Les gens de VRChat qui ont cet équipement sont généralement des personnalités connues dans le milieu. Non seulement tu as l’argent pour ce genre d’équipement, mais en plus tu peux amuser bien plus les autres. »  

De ce fait, toute une génération d’amuseurs publics s'est emparée de VRChat pour créer du contenu. On y trouve des cascadeurs faisant faire des saltos à leurs avatars comme c’est le cas de Chris Quit Reality, un youtubeur qui trolle les autres utilisateurs tout en réalisant des cascades. 

Vient ensuite le live RP qui est probablement l’une des activités les plus populaires de la plateforme. Concrètement, cela consiste à jouer à un jeu de rôle, souvent totalement improvisé, dans un univers connu des fans. 

Enfin, il reste la catégorie reine, l’ERP – les jeux de rôle érotiques, particulièrement appréciés dans VRChat. Pourquoi ? Tout d’abord, parce que la possibilité de vivre des aventures sexuelles avec des inconnus tout en incarnant un personnage de fiction attire beaucoup de monde. Ensuite, la réalité virtuelle s’accompagne souvent d’un effet secondaire appelé le toucher fantôme. Concrètement, les utilisateurs de casques VR peuvent avoir la sensation de toucher par simple autosuggestion de leur cerveau. Et dans le cas où ça ne fonctionne pas, VRChat est compatible avec une armada de sextoys permettant de faire l’amour à distance. 

Pour éviter d’avoir des couples en train de faire leurs affaires dans des rooms publiques, de nombreux endroits, comme le lupanar Bclub, existent et sont même très populaires.

Liberté en sursis

Pour Nidonocu, l'ambiance un peu folle qui règne dans VRChat est très similaire à celle qui régnait dans l’Internet du début des années 2000. « Beaucoup de gens essayent de nouvelles choses et poussent les limites techniques du système, explique-t-il. Même si c’est juste un service web, on est vraiment libre de créer ce que l’on veut et ça nous appartient complètement, contrairement au métavers que veut nous vendre Facebook. Certaines personnes vont sur VRChat pour se détendre et discuter ou bien rencontrer des amis, mais aussi se faire des câlins, s’exciter verbalement ou bien, en fonction des trackers et des appareils que l’on a, avoir des relations intimes diverses. »  

Avec sa créativité, son économie et sa liberté bien plus assumée que sur un réseau mainstream, VRChat a-t-il de quoi être le véritable métavers dont on nous rabâche les oreilles ? Rien n’est moins sûr pour Julien Bergounhoux qui pointe du doigt plusieurs problèmes. « Il n’est pas certain que la plateforme puisse supporter une montée en puissance au niveau technique, explique-t-il. Dépasser 16 personnes par room est compliqué. Certains arrivent à repousser certaines limites, mais ils vont devoir faire face à des métavers pouvant accueillir des centaines de personnes en même temps. Les coûts serveur doivent être exorbitants et je ne suis pas sûr que VRChat soit profitable. Ils peuvent très bien se faire acheter par une grosse boîte comme Tencent d’ici deux ans, et jamais aucune entreprise ne laissera un univers virtuel aussi bordélique. »

Tout ce qu’on peut donc espérer, c’est que VRChat reste encore un peu un joyeux bordel créatif. 

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commentaires

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  1. Anonyme dit :

    Il y a aussi des communautés qui font du hip hop ou d'autres dance et qui l'apprennent au autres joueurs sans oublier la communauté qui utilise la langue des signes et qui aussi l'apprennent au autres joueurs. On trouve un peut tout dans vrchat

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