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© manop1984 via Getty Images

Entre bichonnage et recadrage : vis ma vie d'agent d'influenceurs

Le 15 févr. 2019

Ils n'ont pas 18 ans et sont des superstars des réseaux sociaux. Entre école, célébrité et négociation de contrat, l'agence Foll-ow gère ces nouveaux talents.

« Tu as vu la série Dix pour cent ? Je suis totalement fan. Nous ce qu'on fait, c'est de l'agent 2.0 ». Un large sourire aux lèvres, Ruben Cohen est intarissable sur le sujet de l'influence. Aux côtés de ses trois associés, Samuel Skalawski, Nathan Elmaleh et Rubben Chiche, il a fondé l'agence Foll-ow, spécialisée dans le management d'influenceurs. Contrairement au pourcentage de l'agence ASK qui a donné son nom à la série, Foll-ow prend 30% des revenus de ses 25 « talents » – dont Kev Adams, récemment signé.

« À l'époque, en 2016, quand nous nous sommes lancés, nous étions dans un 13m2 à Saint-Mandé, à côté de Vincennes. Nous avons rentré notre premier influenceur et nous avons réussi à tenir un an. » En très peu de temps, l'agence multiplie les recrutements. Sept la première année puis vingt en 2018, faisant passer le chiffre d'affaires de 600 000 à 2,5 millions d'euros. L'agence emploie aujourd'hui 18 personnes et s'est installée dans le cossu 9ème arrondissement de Paris, juste derrière les Folies Bergères.

« On ne te demande pas tout de suite d'être une star »

Dans la salle de réunion, pas encore de prix ou de trophée. Mais chaque influenceur a sa petite statuette à son effigie avec son QR code. « Tu vois là, c'est Style Tonic (@style_tonic). À côté, c'est Danae (@DanaeMakeup). Très drôle, très sympa. À gauche, c'est Paola (@paolalct), 15 ans. Elle est monstrueuse : énorme potentiel », s'enthousiasme le co-fondateur. 

Malgré le babyfoot, le café et les bonbons en open bar, l'entreprise se voit comme un « label » plus que comme une agence de communication. « Chez Universal, on ne te demande pas tout de suite d'être une star, mais il faut que l'on veuille miser sur toi. Nous, c'est pareil », explique Ruben Cohen. 

 
 
 
 
 
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Macro-influence

« Aujourd'hui, Instagram c'est comme un CV, c'est hyper important. » Alors, pour sélectionner ses poulains, Foll-ow mise sur le « talent », la « personnalité » ou le « physique », mais surtout, aussi, sur les chiffres. « L'engagement, c'est hyper important. 10%, c'est énorme ! Un influenceur qui a une communauté qui le suit partout, même s'il n'a que 100 000 followers, c'est bien ».

Oui, « que » 100 000 followers, car si, comme moi, vous plafonnez autour de 500 fans sur Insta, oubliez votre future super carrière d'influenceur de l'Internet. Chez Foll-ow, on recrute désormais du lourd : des macro-influenceurs, à partir de 500 000 followers, minimum. 

Vie de star et sales gosses

« Ce ne sont clairement pas des gamins comme les autres. Des fans viennent parfois chercher des photos à la sortie de leur école », détaille Ruben. Les « talents » sont très, très jeunes, mais on ne s'en cache pas : « on ne veut pas se fermer de porte ». Sauf que l'âge des influenceurs pose parfois problème à la boîte.

« Mes proches me disent souvent "mais c'est la cours de récré ta boîte !" ». Des shootings où l'un ne se présente pas, un brief pour une marque qui n'est pas respecté... difficile parfois de gérer le caprices de ces nouvelles stars. « Ça nous arrive très souvent de les recadrer, explique Ruben. Parfois tu te dis "Mais pourquoi est-il si immature ?" Et après, tu te souviens qu'il ou elle a douze ans. » 

Les parents souvent dépassés

« C'est tellement détente, qu'à un moment donné, il faut une figure paternelle, explique Rubben Chiche. Ce qui arrive à ces jeunes est tellement incroyable que s'il n'y a pas de règles ou de contraintes, c'est impossible. Les parents sont souvent dépassés. Clairement, ils sont entrés dans un système où ils ont été lâchés dans la nature. Ils ont négocié avec des marques qui ont leur propre intérêt. » Alors l'agence régule les intérêts de ses « talents » d'un côté, et les besoins des marques, de l'autre

L'agence travaille sous contrat d'exclusivité. Une première dans le milieu. « Ça n'existait pas, se remémore Ruben Cohen. Personne n'avait pris l'influence au sérieux. On pensait que ce n'était pas un talent particulier. Nous, on s'est dit "si, si", on veut miser sur les talents et tenter de les faire arriver d'un point A à un point B. » 

Quitte parfois à se retrousser les manches et dépasser les fonctions d'agent traditionnel. « Tout à l'heure, avec Paola, on a fait un point sur ses notes à l'école. Si ça ne va pas, on n'hésite pas à resserrer. On le promet aux parents. Pour le coup, elle s'en sort bien et vient d'avoir le brevet. On a de la chance, ils s'en sortent tous bien. C'est juste qu'ils ont une double vie. »

Ski et Parc Astérix

Pour garder ses stars et éviter que ses 30% de com' n'aillent ailleurs, Foll-ow bichonne ses jeunes. « Ils ont un directeur artistique à disposition pour soigner leur image. On leur fait travailler leurs points faibles quand ils en ont besoin, comme l'élocution ou la présentation. C'est hyper important. Et surtout, on leur donne tous les outils pour réaliser leurs projets. » Et, petit plus en nature non négligeable, l'agence n'hésite pas à mettre la main à la poche pour les emmener en voyage, au ski, ou au Parc Astérix. « On peut même les emmener à Dubai », s'emballe Ruben. La colo 2.0, en somme. 

Tik Tok, Instagram, Snapchat... pour le moment la célébrité de ces très jeunes influenceurs reste surtout virtuelle. « Mais certains d'entre eux sont déjà en train de se diriger vers la musique ou "l'acting" ». Une aubaine pour Foll-ow qui verra éclore la prochaine super star internationale ? 

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