Comment les jours est devenu le Netflix du journalisme

Comment le média Les Jours est devenu le « Netflix du journalisme »

© Daronk Hordumrong / Les Jours

Le format feuilletonnant du média a attiré une audience jeune et prête à payer son abonnement.

Ils sont rares les médias indépendants qui revendiquent l’équilibre financier. Ceux qui peuvent se targuer de l’avoir fait en 4 ans se comptent sur les doigts d’une main. C’est le cas du site Les Jours qui en 2020 avait annoncé avoir passé ce seuil fatidique avec plus de 13 000 abonnés payants. 

Fondé par Isabelle Roberts et Raphaël Garrigos, deux anciens journalistes de Libération, le média propose à ses abonnés payants un format journalistique semblable à une série télé. Les auteurs creusent un sujet de manière obsessionnelle et produisent des dizaines d’articles pendant plusieurs mois, voire plusieurs années. Comment ce modèle fonctionne ? Nous leur avons posé la question. 

Les Jours est en équilibre depuis la fin 2020, comment en êtes-vous arrivé là ?  

Isabelle Roberts : Nous sommes un média indépendant qui fonctionne avec des abonnés payants. Comme beaucoup d’autres médias, on a eu une période un peu creuse pendant la crise du Covid et on a donc lancé une grosse campagne sur les réseaux, ce qui nous a permis d’atteindre l’équilibre. On estime que c’est déjà un petit exploit pour un média en ligne né il y a 4 ans. 

C’est quoi la formule magique pour en arriver là ? 

Raphaël Garrigos : Il n'y a pas énormément de secrets. On présente un travail journalistique fouillé qui prend du temps à faire et qui nécessite des journalistes entièrement concentrés sur cette tâche. Ceux qui travaillent avec nous ne perdent pas de temps à copier-coller des dépêches déjà lues ailleurs. Et puis, à la fin il faut qu'on soit meilleur que les autres sur ces sujets. S'il y a quatre pizzerias dans une rue, il faut que la nôtre soit la meilleure.

Vos articles ont la particularité d’être longs et de courir sur plusieurs mois. Est-ce que les lecteurs vont vraiment jusqu’au bout ?

R. G. : Je pense qu’on passe pour l’anomalie de service dans le milieu de la presse. On a vu partout des injonctions à faire des papiers web de plus en plus courts pour attirer un lectorat jeune et nous, on a un public qui est majoritairement âgé de moins de 35 ans et qui consomme nos papiers jusqu’au bout. Pour que cette lecture sur écran reste confortable, on a importé des recettes de la presse papier avec des citations mises en exergue, quatre ou cinq photos qui viennent donner du rythme, un système d’enrichissement avec des petites biographies de personnages ou des petites définitions qui arrivent sur le côté.

I. R. : La qualité d’écriture des articles joue aussi beaucoup. C’est une chose à laquelle nous sommes très attentifs. C’est presque un travail de scénariste que l’on fait en amont de la production. On décide où couper le récit, on installe du suspens, des cliffhangers, comme dans les séries télé, pour que ça devienne du page turner

Quels sont les avantages et les inconvénients de votre modèle économique ?

I. R. : L’abonnement payant et sans publicité, c’est le modèle qui est le plus pur pour un média, mais c’est aussi le plus exigeant. Le marché de l’abonnement est compliqué, car nous sommes en concurrence avec d’autres sites, mais aussi avec les services de streaming comme Netflix ou Spotify. Il faut donc savoir se rendre indispensable et aussi rappeler de manière régulière pourquoi nous le sommes. Dans la nouvelle campagne que nous avons lancée à la rentrée nous mettons en avant le fait qu’une grande partie de la presse est subventionnée par l’État et qu’elle continue de vivre grâce aux aides, malgré les pertes depuis des années. Nous, on ne touche pas d’aides et nous tenons uniquement avec les gens. S’ils retirent leur soutien, on meurt très rapidement. 

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