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50 millions d’euros : le jackpot des abonnements numériques du Monde

La crise du Covid a obligé les titres de la presse quotidienne privée des kiosques à changer leur approche économique. Et les résultats sont parfois surprenamment bons.

Au cours du 4ème festival Médias en Seine qui rassemblait le petit monde médiatique ce mercredi 13 octobre 2021, les directeurs du Monde, du Figaro, des Échos et de l’Équipe ont fait le bilan de deux ans de bouleversements. Dans une conférence intitulée « La presse quotidienne a-t-elle trouvé son modèle économique ?  » Louis Dreyfus, le président du directoire du groupe Le Monde, s'est félicité que son média avait su changer de paradigme en 2 ans. « Pendant la crise du Covid nous avons gagné 130 000 abonnements lors du premier confinement, soit une hausse de 136 % a-t-il indiqué. Le groupe gagne 50 millions d’euros de chiffre d’affaires avec 400 000 abonnements en tout » . De quoi sortir le média du mode « survie » dans lequel il était depuis plusieurs années et envisager l’avenir de manière plus sereine. 

Un rebond plus rapide que prévu

Moins disserte sur les chiffres, Bérénice Lajouanie, directrice générale pôle Les Échos a elle aussi confirmé une embellie pendant la période avec une audience multipliée par deux et des abonnements numériques multipliés par 5. De son côté Marc Feuillée, directeur général du groupe Figaro a lui aussi confirmé une forte progression des abonnements numériques et s’est étonné de la « rapidité du rebond publicitaire » après la crise. « On s’attendait à revenir à des niveaux équivalents aux alentours de 2026 et en fin de compte on a retrouvé nos chiffres dès la fin de l’année 2020. »

Changement de stratégie

Laurent Prud’homme, directeur général du Groupe l'Équipe a lui aussi fait le bilan, plus difficile, de son média. Dépendant majoritairement des kiosques physiques, le journal L’Équipe a sans doute plus souffert que ses trois concurrents durant cette crise. « Nous avons perdu l’essence même de notre contenu » , a indiqué le DG en évoquant la fin des rencontres sportives pendant plus de quatre mois. Cette interruption a pourtant été vue comme une opportunité de changer le fonctionnement de la rédaction qui a continué à travailler dans des enquêtes sur les violences sexuelles au sein de fédérations sportives ou a transformé son site en plateforme de documentaires en streaming.

La France prête à passer à la caisse

Pour Louis Dreyfus, il est clair que la France a passé un palier. « Grâce à Netflix et Spotify, on a transformé les usages des consommateurs, indique-t-il. Le fait de payer un abonnement en ligne est devenu normal et ça profite à tout le monde. » Sur cette dernière partie, il faut toutefois nuancer. Comme aux États-Unis où seuls les gros acteurs comme le Washington Post ou le New York Times sortent leur épingle du jeu, la presse française n’échappe à la logique du « winner takes all » (le gagnant remporte tout). Face à un mastodonte comme Le Monde qui a augmenté ses effectifs de journalistes de 310 à 500 en 10 ans, le reste de la presse, notamment papier et locale, peine à rattraper l’annus horribilis que fut 2020.

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