Un licorne blanche de profil

Les Licoornes, ces coopératives qui veulent changer le monde (de l'entreprise)

© Jason Leung et PNGEgg

Depuis un an, neuf entreprises françaises au statut de coopérative se sont regroupées en une association, les Licoornes. Son but ? Faire connaître la coopérative comme modèle innovant. On vous explique.

À quoi peut bien ressembler une entreprise durable ? Certains pensent que l'expression elle-même est une contradiction, un oxymore. D’autres tentent depuis des années d'inventer des entreprises guidées par l’intérêt général plutôt que par le profit, et qui seraient, par essence, à la hauteur des enjeux de la transition… Vous avez dit utopique ? Pas sûr.

Parmi les modèles qu’examinent les chercheurs, il en est un qui a le vent en poupe : la coopérative. C'est un modèle éprouvé dans le secteur agricole depuis des centaines d'années, qui permet aux agriculteurs et aux éleveurs de mettre en commun leurs outils de travail. L'enseigne Biocoop, formée dans les années 1980, est devenue aujourd'hui un des leaders de l'alimentation biologique et locale… Et depuis quelques années, la fièvre coopérative connaît un nouvel élan, et gagne des secteurs de l'économie qui lui étaient jusque-là étrangers.

Les Licoornes repensent le modèle « à la racine »

En France, l'association Licoornes regroupe depuis 2021 neuf coopératives. Le but de l’association : populariser le principe de la coopérative, et faire gagner en visibilité chacune d’entre elles. Dans ce club des neuf, on trouve Label Emmaüs, l’e-shop alimenté par le Mouvement Emmaüs, ou Commown, qui conçoit le smartphone le plus écolo au monde. Mais aussi RailCoop, réseau ferroviaire coopératif lancé en 2021, Citiz, qui propose du partage automobile, ou la NEF, qui se définit comme une banque éthique…

Ces Licoornes répondent toutes au doux acronyme de SCIC (Société Coopérative d’Intérêt Collectif), et sont régies par deux principes : l’ouverture du sociétariat à toute personne qui souhaite acquérir une part de l’entreprise, et la lucrativité limitée (le but n’est pas le profit, simplement la viabilité). Contrairement au modèle traditionnel de l'actionnariat, dans ces entreprises, une personne compte pour une voix dans la prise de décisions. Et d'après les Licoornes, cela change tout.

Aller au-delà de la rhétorique de « l’entreprise à impact »

Jérôme du Boucher, secrétaire général des Licoornes, est persuadé que la coopérative est un modèle d’avenir. Pour lui, si l’on veut réellement être une entreprise vertueuse, il faut repenser son action à la racine, et aller au-delà de la rhétorique de « l’entreprise à impact » . « Prenons BackMarket, qui reconditionne des appareils électroniques. C’est bien de compter le nombre d’hectolitres économisés par appareil reconditionné, mais ça ne vient pas interroger le modèle de surconsommation des téléphones… » . Jérôme estime qu’on ne peut pas se passer d’une réflexion « holistique » dans tous les secteurs de l'économie, pour faire face à l'urgence. Et c’est là que la coopérative devient intéressante : tout le système de gouvernance de l’entreprise y est transformé. La coopérative est un modèle démocratique où la coopération remplace la concurrence, et où la transition écologique peut trouver la place qu'elle mérite. C'est un acteur économique « qui est vraiment au service de l’intérêt général » .

Un pied-de-nez aux startups

Le nom de l’association n’a, évidemment, pas été choisi au hasard. Les licornes, ces startups en hypercroissance valorisées à plus d’un milliard de dollars, sont l’archétype d’un système que Licoornes (avec deux o, pour « coop ») juge parfaitement obsolète. « C’est notre façon de faire un pied-de-nez à ce monde-là, de montrer que nos coopératives incarnent un contre-modèle. »

Depuis sa constitution en juin 2021, Licoornes intrigue et intéresse. Il reste beaucoup de travail pour faire comprendre le principe de la coopérative au grand public, reconnaît Jérôme du Boucher, mais c’est en bonne voie. Licoornes est d’ailleurs en pleine campagne de levée de parts sociales, jusqu’au 30 juin.

Pour Adrien Montagut, cofondateur de Commown, une des neuf coopératives membres de Licoornes, la constitution de l’association a boosté la visibilité du modèle. C’est l’occasion de « mettre en avant ce statut de SCIC, qui pour nous est un modèle d’avenir » . Adrien sourit de la tempête qui gronde chez les actionnaires de Total ces dernières semaines. Pour lui, c’est la confirmation qu’il est grand temps de passer à autre chose.

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