Un pacte pour demain, épisode 2 : le grand switch

Un pacte pour demain, épisode 2 : le grand switch

© Aleksandr Ledogorov

Nous sommes sûrs d'une chose : nous ne sommes pas encore prêts à vraiment réduire notre consommation. Puisque nous continuons à acheter et que la décroissance n'est pas pour demain, nous devons acheter d'autres produits. Comment ?

L’ADN et So good, soutenus par Pernod Ricard France dans le cadre de son programme Ensemble et engagés, se sont réunis pour vous proposer un pacte. Un-pacte pour demain (il y a un jeu de mot dans le titre), c’est un podcast dédié aux entreprises qui cherchent des solutions. Une conversation sincère entre des représentants d’entreprises et des activistes sur des sujets très précis pour aider les entreprises à opérer leur transition. Dans ce deuxième épisode, on parle de production responsable.

Réponses dans ce nouvel épisode d’Un-Pacte pour demain avec :

Nicolas Gerlier, fondateur et CEO de La bouche rouge
Yannick Servant, cofondateur de la convention des entreprises pour le climat (CEC)
Fanny Parise, anthropologue
Hélène Briand, cofondatrice de Bon Vivant
Pascal Eveillard, Directeur adjoint au développement durable de Saint-Gobain
Le tout orchestré par Alexandre Kouchner, rédacteur en chef de L’ADN, le Shift.

Ecouter sur Spotify

Est-il seulement possible de fabriquer autant mais autrement ?

Le capitalocène a bon dos. Savoir que nos moyens de production et de consommation dérèglent le climat ne doit pas masquer un des rouages centraux de ce mécanisme : nous ne sommes apparemment pas encore prêts à vraiment réduire notre consommation. Puisque nous voulons continuer à acheter et que la décroissance n’est pas pour demain, nous devons changer les produits que nous achetons. De leur conception à leur acheminement, de leur durabilité à leur composition, l’impératif écologique doit désormais dicter toute la fiche produit.

Mais est-il seulement possible de fabriquer autant mais autrement ? Existe-t-il des alternatives écologiques aux matières premières polluantes ? Peut-être qu’en matière écologique, il n’est pas facile de « tout changer pour que rien ne change » …

Pour comprendre si cette production responsable peut devenir la norme, ont été réunies trois entreprises issues de 3 secteurs différents : l’alimentation, la cosmétique et la construction, toutes de niveaux de maturité différents : start-up, PME et multinationale.

Fabriquer des produits laitiers sans lait animal

L’élevage est responsable de 14,5% des émissions de CO2 dans le monde et occupe 27% des sols. Pour réduire cet impact sur l'environnement, l’entreprise Bon Vivant propose des protéines de lait de synthèse. Plutôt que d’utiliser une vache, l’entreprise a développé une technologie pour produire des protéines de lait à partir de micro-organisme. Ce qui répond à trois enjeux : utiliser moins de terre et la remplacer par des fermenteurs, utiliser beaucoup moins d’eau et ne pas maltraiter les animaux, puisqu’on utilise des micro-organismes qui s’alimentent de sucres, mieux connus sous le nom de levures. « L’objectif à termes est de s’allier aux industriels laitiers, pour travailler avec eux sur les recettes de fromages, glaces, yaourt… et remplacer le lait de vache par du lait confectionné avec des ingrédients de synthèse », explique Hélène Briand, co-fondatrice de Bon Vivant.

Il est vital d'interroger nos rapports aux limites

Il est indispensable de s'interroger sur nos usages de toutes les ressources et de ne pas uniquement prendre en compte la crise climatique tient à rappeler le cofondateur de la convention des entreprises pour le climat, Yannick Servant. Produire de manière responsable ne peut être une première étape que si celle-ci s'intègre dans une trajectoire beaucoup plus long terme de transformation. Il faut désormais trouver et mettre en place les modèles économiques permettant de contribuer à la prospérité tout en maintenant les conditions nécessaires à la perpétuation de la civilisation humaine. Il ne s'agit rien de moins que de « préserver, protéger et régénérer écosystèmes" pour qu’ils puissent soutenir la vie». Mais si, comme le pense Yannick Servant, l'économie est un exercice d'optimisation sous contraintes, alors respecter les limites planétaires n'est qu'une nouvelle donnée impérative de tous défis entrepreneuriaux.

Du maquillage formulé, produit et distribué sans plastique

L’industrie cosmétique est le troisième secteur le plus polluant en matière plastique et pour y remédier la marque de cosmétique La bouche rouge crée du maquillage sans plastique. Et cela aussi bien dans son produit que lors de sa formulation, sa production et sa distribution. Plutôt que de produire des rouges à lèvres avec des moules en silicone, la marque a choisi d’utiliser des moules en métal. Ce qui implique aussi un changement de modèle industriel notamment dans l’utilisation massive de recharges, en ne créant plus d’accessoires à usages uniques. « L’idée est de se dire que le maquillage n’est pas un besoin essentiel, donc il faut penser en profondeur pour consommer autrement. L’objectif est de donner envie de changer nos habitudes », raconte Nicolas Gerlier, fondateur et CEO de La bouche rouge.

Un secteur du bâtiment plus vertueux

Le secteur de la construction est responsable de 40% des déchets solides et responsable de la consommation de 50% des ressources mondiales. Certaines multinationale comme Saint Gobain se concentrent sur la construction durable, un secteur qui est resté extrêmement conservateur et dont les techniques n’ont pas évolué pendant longtemps. Aujourd’hui, ça commence à changer, puisque la rénovation a pris une place prépondérante dans ce secteur. Aussi, il existe des solutions de rénovation énergétiques pour que les bâtiments soient plus performants énergiquement. En effet, ces bâtiments représentent 40% des émissions de gaz à effet de serre. Pour les constructions neuves, il est possible de construire des bâtiments intelligents avec des matériaux plus légers, développe Pascal Eveillard, Directeur adjoint au développement durable de Saint-Gobain« Plutôt que de construire des murs pleins en béton ou en briques, on opte pour des structures à ossature bois, béton ou acier. Mais il reste encore beaucoup à faire pour le neuf et repenser la construction dans sa globalité, réutiliser l’espace. Il faut aussi avoir de meilleurs produits moins consommateurs en ressources ».

La production vertueuse est elle aussi un acte d’hyper consommation ?

D’un point de vue anthropologique, ce n’est ni bien ni mal de produire distribuer et consommer, mais c’est évidemment positif de mettre en place des technologies orientées vers le ré-usage ou la modernisation de techniques ancestrales, pour produire distribuer et consommer mieux », explique Fanny Parise, anthropologue et autrice du Mythe de la consommation responsable, vers un nouvel âge d’or de la société d’hyper consommation. « Il est donc question de consommer différemment, souvent plus et car on va mettre un nouvel imaginaire qui va être perçu comme plus désirable en contradiction avec l’hyper-consommation du siècle dernier. Mais dans les faits on amène la consommation dans une nouvelle phase de désirabilité ».

commentaires

Participer à la conversation

Laisser un commentaire