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Un homme marche face à un mur
© Volkan Olmez via Unsplash

La tech for good est à la mode, mais qu'est-ce qui se cache derrière ?

Le 11 juin 2019

La Tech for Good ? Au salon Viva Tech, à l’Elysée, dans la presse… elle est partout ! Mais qu’est-ce qui se cache vraiment derrière ce terme à la mode ? On fait le point avec une spécialiste de la technologie pour le bien commun, Hélène Béjui, membre du directoire en charge de la transition numérique de la première entreprise sociale (ESS) d’Europe. 

Le Groupe SOS a pour mission de lutter contre les inégalités. Avec le numérique, quelles nouvelles inégalités craignez-vous ?

Hélène Béjui : Aujourd’hui, 30% de la population est fragile numériquement. Et il ne s’agit pas d’un problème de génération. Il y a des personnes âgées qui échangent avec leurs enfants sur Snapchat et des jeunes qui ne maîtrisent pas Word ou qui ne se sentent pas capables de trouver un emploi sur le net, alors que 80% du marché du travail est numérisé. Or, tous les services de l’État seront dématérialisés en 2022. Construire une société numérique accessible à tous est un énorme enjeu. Sans compter celui de la maîtrise de ses données ! Dans ce monde qui se veut de plus en plus algorithmique, si vous n’êtes pas à l’aise au niveau informatique vous n’êtes pas en mesure de maîtriser votre identité numérique et donc vos données.

Vous plaidez pour un numérique inclusif, engagé et durable. Quelles solutions préconisez-vous ?

H.B : Il faut voir le numérique comme une opportunité pour résorber ces inégalités. Nous préconisons un engagement de toutes les parties prenantes : État, collectivités, associations, entreprises et société civile. C’est un empowerment collectif : nous sommes tous des aidants numériques potentiels. Les entreprises doivent toutes penser à l’inclusion numérique et s’assurer que les personnes sont formées. Cartographier les compétences de ses salariés permet d’assurer leur employabilité et de les rendre autonomes en dehors de l’entreprise. 

Concrètement, nous proposons des services numériques adaptés. Par exemple, Reconnect est une plateforme de stockage et de partage de documents qui facilite les démarches d'accompagnement social des personnes sans domicile. Il y a aussi Les Bons Profils, une sorte de LinkedIn inclusif pour les métiers de première qualification. Plus largement, quand les entreprises sortent un nouveau site, elles doivent se poser la question : mon site est-il accessible à tous ? Quand j’évoque un numérique durable, je veux parler de son coût écologique et de sa finalité. Pour passer à un « numérique vert », cette industrie doit servir des projets écologiques, par exemple des circuits courts ou du bio. Je pense que nous devons tous adopter une hygiène numérique et en amont de chaque projet ou de chaque activité, se poser les bonnes questions. À quoi ça sert, ce que je fais ? Avons-nous besoin de créer un énième objet connecté ? Est-ce que je crée de la valeur collective avec ce produit ou ce service ?

Depuis deux ans, la Tech for Good est sur toutes les lèvres. La France et les entreprises françaises prennent-elles assez conscience des risques liés à la tech selon vous ?

H.B : Je trouve extrêmement positif que la France se saisisse des enjeux de la technologie. La France et l’Europe ont des choses à dire et peuvent peser sur le plan international. C’est très encourageant ! Pour y être allée, je peux vous affirmer que vous ne trouverez pas ces sujets au CES aux États-Unis ! En quelques années le discours a beaucoup évolué et je pense qu’il y a un changement de paradigme sur ces questions. De plus en plus d’acteurs sentent qu’ils doivent se justifier sur leur contribution au bien commun. 

Certains acteurs de la Tech For Good s’émeuvent que des entreprises s’approprient cette tendance pour en faire du social washing. Faut-il imaginer des normes en la matière, des critères, un label ?

H.B : La Tech For Good, c’est un peu le nouveau terme à la mode. Faut-il empêcher les entreprises de communiquer ? Je n’en suis pas sûre. Il faut voir la Tech For Good comme un curseur. À nous de voir jusqu’où nous sommes capables d’aller. Les gens commencent à comprendre que le numérique a des conséquences négatives ou positives, donc c’est à nous de mettre la pression, à l’image de la RSE. Un label ? Ça peut donner de la visibilité. Mais parce que la Tech for Good est une notion très large et un mouvement de fond qui dépasse le numérique, je milite plutôt pour que l’on fasse pression sur les acteurs qui ont le pouvoir de changer les choses. Il faut comprendre que nous avons un pouvoir collectif puissant. Les GAFAM ont plus de poids économique que certains pays mais nous, nous avons le pouvoir sur nos données. Il faut s’en saisir !

L’ESS doit-elle et peut-elle partager son savoir-faire avec le privé ? Quels partenariats imaginer ? 

H.B : Selon moi, il n’y a pas d’opposition entre ces deux mondes. L’ESS est là pour interroger sur la durabilité des modèles économiques et sociaux, et pour porter l’innovation au service de l’inclusion. Au Groupe SOS, nous sommes convaincus qu’il faut aider les entreprises à penser l’intérêt général et ne pas les exclure de ce champ d’action. Il faut réussir à prendre le meilleur des deux mondes. On aime penser que nous sommes un intermédiaire, nous parlons toutes les langues – du public, du privé, de l’associatif - et notre volonté est de servir une société inclusive où l’ensemble des acteurs sont engagés au service d’un avenir pour chacun. C’est pourquoi nous avons lancé un lieu French Tech à Lyon, H7, qui réunit l’ensemble de l’éco-système local de la Tech pour connecter les start-up à leur environnement, accélérer leur croissance et favoriser la création de valeur collective. Aujourd’hui, on ne peut que se réjouir que les entreprises s’engagent officiellement pour formaliser leur engagement. Encore une fois, l’intérêt général est l’affaire de tous, donc tout le monde doit s’en saisir et c’est toute la société qui doit se mobiliser.

La jeune génération semble justement très préoccupée par l’intérêt général, notamment l’écologie. Les entreprises sont-elles prêtes pour répondre à ces aspirations ?

H. B. : Si les entreprises bougent aujourd’hui, c’est parce que cette quête de sens est partagée par de plus en plus de personnes et constitue un véritable défi en matière de ressources humaines. Les consommateurs et les salariés mettent la pression sur les entreprises pour les contraindre à changer leur modèle. Les entreprises peuvent inverser la tendance en mettant en place des projets de qualité qui font écho à ces préoccupations et en partageant une ambition corporate qui fait sens. En cela, l’intrapreneuriat est une belle idée. Au Groupe SOS, on favorise cet esprit intrapreneurial en laissant à tous la possibilité de s’exprimer et de s’engager dans des projets innovants. On les accompagne et on se sert du proof of concept pour porter de l’innovation au sein du groupe et proposer plus largement de nouveaux dispositifs. Une de nos salariés est aujourd’hui à la tête d’un bar « La Moderne » à Paris, qui a pour but d’aider les personnes à réduire leur consommation d’alcool. S’il y a une vraie cohérence, un alignement des messages de la direction, des actions déployées et un accompagnement de qualité, l’intrapreneuriat est une très bonne chose pour favoriser l’innovation au sein de l’entreprise. 

Comment voyez-vous évoluer la Tech For Good dans 20 ans ? 

H. B. : Mon souhait serait que la Tech For Good trouve sa place dans toutes les entreprises et dans le quotidien de travail de tous les salariés. J’espère que demain, les entreprises seront aussi des lieux de formation et de création de projets qui intègrent l’intérêt général et évaluent cet impact collectif. 

INNOVATHON CGI 2019 :

CGI a choisi la Tech For Good comme thématique de son programme d’innovation. Le leader du numérique et du conseil s’engage dans le cadre d’un hackathon cette semaine, à Paris. Pour ce challenge d’intrapreneuriat sociétal, le plus important d’Europe, l’entreprise a mobilisé plus de 15 000 consultants et ingénieurs en France et en Europe pour développer des solutions à même de changer le monde, aujourd’hui et demain. Au total, ce sont plus de 400 idées qui ont été proposées dans cet innovathon !  10 projets ont sélectionnés et ont été soumis au vote du public. Ils s’affronteront pendant l’innovathon qui se tiendra demain et jeudi dans les locaux de Make Sense. Le gagnant remportera un accompagnement. Envie de voter et d’en savoir plus sur l’événement ? Par ici !

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