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Quatre palmiers sur un ciel bleu

Cette boîte française travaille 4 jours par semaine... et ça marche !

Le 20 sept. 2018

Qui ne fantasme pas sur les semaines de 4 jours, préconisées par certains gourous du travail aux Etats-Unis ? Une entreprise française l’a mis en place depuis 2 ans sur une période restreinte… et ça marche. Garanti sans heures sup.

Marion Trancoën est responsable communication chez JPMBB (pour Je Porte Mon Bébé). Quand elle me sollicite, avant l’été, l’objet de son e-mail me fait sourire. « Chouchouter ses employés ? Un management qui fait ses preuves ».

Allez, je clique.

Je découvre une PME du sud de la France - qui fabrique donc des porte-bébés - et dont la croissance est continue depuis 11 ans. Ah, et par ailleurs, les équipes ne travaillent que 4 jours par semaine de mai à fin août.

Quoi ? Pas besoin de s’appeler Tim Ferriss ou d’être entrepreneur américain pour donner des leçons de management ? Intéressant…

Merci les ponts du mois de mai

Tout commence en 2016 quand – magie du calendrier – les 1er et 8 mai tombent des lundis. Le patron, Olivier Sâles, s’intéresse de base à l’équilibre entre temps de travail et vie privée. Il convoque ses équipes et les interroge. Comment ces semaines de 4 jours se sont-elles passées, d’un point de vue productivité ? Enthousiasme à tous les étages – oui, c’était peut-être un peu chargé les mardis, mais avoir un week-end de 3 jours, c’est le pied. L’idée germe, et il finit par mettre en place une organisation inspirée par Basecamp, une entreprise américaine dont les équipes ne travaillent pas le vendredi durant l’été.

Pas de crises d’angoisse, pas de mouvement de panique. Les employés l’ont vécu pendant les ponts, il n’y a pas de raison que ça ne fonctionne pas. Au début c’est en mode test – une semaine sur deux – mais très vite, ça se confirme : ça marche. Et c’est généralisé.

L’important, c’est de bien s’organiser

Ça me paraît improbable que tout se déroule sans anicroches. J’insiste, je creuse, je pose des questions qui fâchent. Mais non, tout semble bien se passer pour la société pendant ces 4 mois où la durée de travail est condensée. Pas d’heures sup ? « Non, ce n’est pas l’objectif. On travaille de 9h à 17h, tous les jours. C’est primordial pour le patron : s’il s’était rendu compte qu’on se mettait tous à travailler jusqu’à 20h, nous serions repassés à la semaine de 5 jours. On organise nos journées différemment : ça peut nous arriver de travailler plus, mais pas plus tard. » Pas de baisse de salaire ? « Tout est resté intact : salaire, congés payés, contrats… » Et TOUT LE MONDE joue le jeu ? Pour de vrai ? « Oui ! C’est la base pour que ça fonctionne… » Marion concède que si un distributeur a une demande urgente le vendredi, il peut arriver – exceptionnellement – d’envoyer un e-mail ou deux. Mais c’est loin d’être la norme.

Pas un argument de recrutement

Avant de foncer et d’adopter le même fonctionnement, un peu de contexte : JPMBB compte aujourd’hui 15 collaborateurs et externalise quelques fonctions supports – comme la comptabilité. Peut-être qu’en étant plus gros c’est plus compliqué, et que pour certaines fonctions, ce n’est pas adapté. Mais Marion en est convaincue : c’est possible pour tout le monde. « Ça fonctionne pour tout le monde : de la logistique au service client en passant par la com'. L’activité se développe, nous avons beaucoup recruté sur la dernière année, et tout se passe bien. Je pense que tout le monde peut y arriver. Ce n’est pas pour tout de suite, mais on évoque la possibilité d’étendre le système sur toute l’année. »

Du côté des nouveaux venus, d’ailleurs, on trouve ça « génial ». Même si ce n’est pas un argument de recrutement. « On en parle, mais pas immédiatement. Ça vient au moment d’annoncer les horaires. Évidemment, ça plaît. Mais ce n’est pas ce que nous voulons mettre en avant – on ne veut pas que les gens postulent "parce qu’on travaille moins" ! » Elle admet néanmoins que l’entreprise revendique ce schéma, que les équipes aimeraient promouvoir le modèle afin que d’autres puissent s’en inspirer.

Et le reste de l’année ?

Le fait de s’habituer à travailler 4 jours pendant 4 mois, est-ce que ça ne crée pas des employés un peu désœuvrés après l’été ? « Ça nous permet de nous pencher sur des sujets qui ne sont pas impératifs, de faire de la veille, de trouver de nouvelles idées. On a toujours de quoi s’occuper ! »

Je reste sans voix. Soit Marion est une super ambassadrice de marque, soit on est tombé sur l’entreprise du bonheur.

« Bien sûr, comme partout, il y a des moments difficiles. Des périodes de calme, ou de gros rush… Mais le fait d’avoir des patrons en accord avec les valeurs de l’entreprise, ça permet de trouver un équilibre. Notre but n’est pas d’installer un baby-foot pour que les gens soient heureux au bureau : c’est de leur accorder le temps d’être heureux à l’extérieur. »

Ah tiens. Pas bête.

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