Nouveau métier : facilitateur d’idées

Aujourd’hui, c’est brainstorming ! Allez Jean-Mi, arrête de bouder : on a trouvé LE moyen de te faire participer. Et tu vas kiffer.

Qui ne s’est jamais retrouvé coincé en salle de réunion, pour un brainstorming imposé par la direction, à devoir faire semblant de trouver des idées sans réelle motivation ?

Figurez-vous qu’il y a des gens dont le métier est d’éviter ce genre de situations. On les appelle les « facilitateurs », et leur objectif, c’est de venir à bout des réunions stériles dont rien n’émerge vraiment.

Pas de boss, et pas de groupes par affinités

Rémi Sabouraud est co-designer en créativité chez Goût d’Idées. Stéphanie Ampart est fairy activiste chez thecamp. Ensemble, ils se définissent comme « un couple moteur ». Missionnés par les entreprises, ils animent des workshops, conférences, réunions ou séances de brainstorming à grand renfort d’imagination pour faire émerger des idées, sans laisser personne de côté.

La première chose à faire, c’est de prendre conscience qu’il y a des intravertis dans la salle. « Quand tu animes des réunions, il y a toujours des gens qui sont présents physiquement mais qui ne vont pas oser s’exprimer, analyse Rémi Sabouraud. C’est pour ça qu’il faut décomposer le travail, y aller par étapes. La première, c’est de permettre aux gens d’exister d’un point de vue personnel – en faisant un tour de table, par exemple, qui permettra à chacun de prendre la parole pour se présenter ou exprimer ses idées. » Il regrette que les brainstormings où « celui qui parle le plus fort l’emporte » soient trop nombreux.

Stéphanie Ampart insiste sur le besoin de créer un climat de confiance. « Il existe des exercices qui permettent de briser la glace, notamment par le contact. On propose par exemple aux participants de se placer sur une ligne tracée au sol. Chacun possède une K7 vierge sur laquelle il doit écrire le titre de son morceau de musique préféré. Ensuite, je leur demande de se classer en fonction de l'ordre alphabétique de leur chanson, tout en restant sur la ligne. Les gens sont obligés de se toucher, de communiquer. Ça crée des échanges informels – on parle de sa chanson préférée, donc il n’y a rien de très intime mais on entre quand même dans la zone de confort de l’autre », poursuit Rémi Sabouraud.

Ça vous paraît anecdotique ? « Ça permet pourtant de créer de vrais échanges. Je ne suis pas le boss, ils ne sont pas groupés par affinités, ça laisse la place au hasard… bref, ça marche. »

Luma Days #2, mai 2018, Luma Arles, Parc des Ateliers, Arles © Victor & Simon

Post-it, LEGO, photolangage… Du bon usage des jeux d’enfants

Roi des réu’, le post-it reste un outil prisé de ces animateurs d’un genre nouveau. Oui, c’est joli, mais c’est surtout bien pratique. « Ça permet de s’exprimer même quand on est timide, de hiérarchiser les idées, de les assembler. »

Les LEGO sont aussi de la partie, « surtout quand on essaye de construire quelque chose. »

Dans un autre style, le photolangage – cette technique qui vise à utiliser les images pour faciliter la prise de parole en public – permet aussi de débloquer certaines situations. « Ça crée des ponts qui vont au-delà des jobs. L’idée est vraiment de dépasser les fonctions et les liens hiérarchiques. »

Enfantin ? Peut-être, mais c’est assumé. « Aujourd’hui, si l’on veut transformer l’organisation ou l’esprit d’une entreprise, on ne peut pas se contenter de penser comme d’habitude, explique Stéphanie Ampart. Les enfants et les jeunes adolescents ont confiance en eux, remontent à vélo quand ils viennent de tomber, sont créatifs… Mais le prisme socio-culturel auquel on les soumet quand ils grandissent crée des contraintes, des codes. L’école a tendance à formater, à répéter des schémas. Quand on cherche de la nouveauté, il faut déconstruire tout ça. »

Pour Rémi Sabouraud, c’est le moment de venir à bout des injonctions contradictoires. « À l’école puis en entreprise, on t’apprend à respecter la hiérarchie, l’ordre établi, à ne pas sortir du rang. Et puis d’un coup, tu arrives en réunion, et on te dit : "vas-y, lâche-toi ! Sois créatif !" Ça ne peut pas fonctionner. »

Facilitation vs facipulation

Ce métier particulier demande donc des compétences variées. Une bonne dose de sociologie – pour identifier qui est qui -, de psychologie – pour débloquer les situations -, et de créativité sont requises. « Sauf que certaines personnes ont une mauvaise perception du job. Elles se forment, par exemple, aux techniques de design thinking mais n’ont aucune compréhension de l’humain. D’autres ne peuvent pas s’empêcher de prendre parti et d’orienter la conversation. D’autres encore ne savent pas comment leader ou veulent à tout prix aller dans la direction du patron. » Rémi et Stéphanie expliquent que ce type de pratiques dérivées s’appelle « la facipulation ». « Tu te fais embaucher par une entreprise et le boss te dit ce qu’il attend. La vraie facilitation, ce n’est pas ça : un bon facilitateur, comme un bon leader, doit partager le pouvoir, donner la parole à tous et laisser la conversation suivre son cours. »

Bien sûr, il faut cadrer. Mais il ne faut s’attendre à aucun livrable précis et laisser libre cours à la créativité. « Les échanges peuvent donner lieu à des roadmaps, des produits qui seront développés en R&D, des stratégies… Nous n’avons jamais aucune certitude. Sauf celle que la session sera productive. »

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