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Grands groupes et start-up : comment bâtir une relation de confiance ?

Le 24 mars 2021

Aujourd’hui, de nombreux grands groupes et start-up travaillent main dans la main. Besoin d’innovation pour les uns, accompagnement et accélération pour les autres, les philosophies se suivent, s’entremêlent et s’entrechoquent. Comment grands groupes et jeunes pousses travaillent ensemble ? Quelles sont les bonnes et les mauvaises recettes ? Quel modèle semble le plus juste ? Voici des pistes de réflexions...

Accompagner, c’est accélérer

Depuis 1959 et le premier incubateur créé au sein de la New York Factory, les accélérateurs d’entreprises se sont multipliés. La force publique s’est même saisie du sujet depuis la loi Allègre en 1999. Mais la palette d’accompagnements et d’accompagnants est très large : les grands groupes en font désormais une de leur mission. Alors comment cette relation s’est-elle construite ? Pour Arnaud Mopin, directeur de l’innovation du groupe TF1, « avec le Media Lab TF1, notre programme d’accélération de start-up implanté à Station F depuis 2018, nous souhaitons accompagner au mieux les jeunes pousses en leur proposant un cadre efficace pour développer une solution qui réponde au mieux aux enjeux du secteur média », et d’ajouter : « Notre programme est 100% gratuit et ne repose sur aucune contrepartie de prise de participation ou d’exclusivité. En revanche, pour intégrer notre programme, il est nécessaire que nous ayons identifié préalablement avec la start-up une collaboration opérationnelle concrète avec le Groupe qui sera développée durant les six mois du programme ». En parallèle, le programme intègre un accompagnement personnalisé du cabinet Roland Berger Digital Ventures pour accompagner au mieux la start-up dans son développement.

Car les problématiques peuvent être nombreuses : anémie contractuelle, manque de ressources, perte de feedback, réflexions autour de l’intégration au groupe, suites du projet, ressources humaines. « Les grands groupes sont là pour donner de la stabilité et de la vision au long cours. Nous réfléchissons beaucoup en amont de l’accompagnement de six mois que nous proposons à l’intégration de la start-up en interne et à la plus-value que l’on peut s’apporter mutuellement », continue Arnaud Mopin. Alors comment cet échange mutuel se traduit-il au quotidien ?

Rouages et bonnes pratiques

Accompagnées au long cours le temps d’une résidence, les « pépites » se voient assigner un référent en interne : « La sélection des cinq start-up d’une saison se fait en étroite collaboration avec les métiers du groupe afin de co-construire avec la start-up la collaboration qui sera mise en œuvre. Cette démarche conduit à identifier en interne un référent métier qui va accompagner la start-up et qui a un intérêt fort à faire aboutir la collaboration », indique le directeur. Un suivi important pour les jeunes pousses. « Cela nous fait gagner en agilité ! », intervient avec enthousiasme Patrice Sguerzi, CEO de SoundCast, une start-up accompagnée par TF1 lors de la saison 4 de ce programme. Intégré au programme mais indépendant du grand groupe dans ses conseils, le cabinet Roland Berger Digital Ventures occupe également une place importante dans ce processus, confirme le CEO : « ils nous ont accompagné et ont fluidifié des démarches contractuelles, nous ont aidé à penser notre business plan et à mieux nous structurer en somme ».

Autre avantage : la puissance du feedback. « La solution que l’on développe est utilisée en interne chez TF1. C’est un groupe énorme. Le nombre de salariés qui l’utilisent et nous font des retours est considérable et cela nous permet d’avancer encore plus rapidement sur la “roadmap produit” », explicite Patrice Sguerzi, d’une voix enjouée. Rejoint par Frank Ducret, de la start-up Agnostik accompagnée lors de la saison 5 : « intégrer notre produit à un grand groupe permet de prendre de la hauteur sur cette fameuse « road map produit », et sur l’identité et la philosophie que l’on souhaite adopter. C’est s’engager concrètement ». Car en effet, la star du programme reste la start-up… et son produit ! Mais y a-t-il une vie après le Media Lab ?

Travailler le long terme en amont, quid de l’après ?

Partir un jour, sans retour ? Très peu pour TF1 qui travaille depuis les premières sélections à faire grandir et garder, sans exclusivité, les jeunes pousses. Avant de parcourir les couloirs de Station F, les « pépites » aussi se posent ces questions en amont, sans compter la peur de ne pas être à la hauteur ou de perdre son indépendance. Mais tout est fait des deux côtés pour réussir ce challenge. Arnaud Mopin l’annonce d’emblée : « Lorsque nous accompagnons une start-up, nous le faisons avant tout pour disposer d’une solution innovante qui réponde à nos enjeux et nos problématiques. La start-up, quant à elle, a besoin de se confronter au marché pour développer le produit le plus adapté. La rencontre du grand groupe et de la start-up prend alors tout son sens si elle est bâtie sur la co-construction », et de conclure : « Aujourd’hui nous travaillons avec plus de 60% des jeunes pousses que nous avons intégrées au Media Lab ce qui est un bel indicateur de l'efficacité de notre dispositif ». Parallèlement, SoundCast a étoffé son équipe et continue de travailler au sein de Station F, en majorité pour le groupe TF1, et Agnostik réfléchit à la création d’un label et à ses futures levées de fonds. Grands groupes et start-up, une recette gagnante : « To be free or not to be. On s'est juré. De toujours tout partager ».


L’actualité du Media Lab et les start-up de la saison 6 : 

  • Kinetix : développe une technologie qui permet de transformer n’importe quelle vidéo en modèle 3D animé
  • Audiomeans : permet aux créateurs et éditeurs de contenus audio d’importer, créer, distribuer, promouvoir et monétiser des podcasts sur différentes plateformes de diffusion
  • Qameleon : développe une solution digitale qui référence les produits et les marques présentes dans l’environnement artistique
  • Manadge : se targue d’une suite d'outils de gestion spécialisés dans la publicité programmatique
  • Nothing2install : se concentre sur une technologie innovante de streaming d’applications depuis le cloud

 



 

 

Vincent Thobel - Le 24 mars 2021
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