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Une image de promotion pour la série Silicon Valley

Thomas Fauré : « Station F n’est qu’une image, une projection »

Le 19 janv. 2018

Station F ? Un concentré de grandes entreprises qui font croire aux gamins qu’ils seront tous le prochain Steve Jobs. L’Ecole 42 ? Une bande de déterrés, d’asociaux. Thomas Fauré, entrepreneur du net, n’a pas la langue dans sa poche quand il s’agit d’attaquer ceux que l’on présente comme les innovateurs d’aujourd’hui, et propose une alternative française à Facebook.

Après une carrière chez Bolloré et notamment chez Autolib, Thomas Fauré a lancé son propre réseau social, Whaller, censé lutter contre les dérives de Facebook, et contre le culte de la technique, du code au détriment de la culture.

Nous sommes dans l’ère de la « confusion mentale généralisée » selon Thomas Fauré. Penchés sur un feed Facebook qui privilégie la quantité - de likes, d’articles, de posts, d’amis - au lieu d’une forme de vérité, nous allons ivres sur la Toile. Les notifications n’ont fait que renforcer cet étourdissement. « La notification efface toute frontière. Elle permet la convocation à chaque instant de notre attention ». Et cette sollicitation sans hiérarchienous pouvons dans la même demi-heure lire une pensée philosophique et voir des photos du panda baptisé par Brigitte Macron -, fait de nous une génération en mal de notoriété, certaine de son pouvoir de créativité sous prétexte qu’il est plus facile que jamais de partager un contenu.

 

Les organismes qui s’érigent en facilitateur de créativité – Station F ou l’Ecole 42, pour ne pas les nommer -, ont d’ailleurs le don d’insupporter Thomas Fauré. « Ce ne sont que des images, des projections. En ce qui concerne Station F, c’est un concentré de grandes entreprises qui font croire aux gamins qu’ils seront tous le prochain Steve Jobs ». L’une des erreurs les plus répandues actuellement serait selon lui de biberonner les plus jeunes au code et de faire fi de la culture – y compris de la culture tech. « Les élèves qui sortent de 42 sont des déterrés, des asociaux de l’entreprise. Certes, ils savent coder. Mais ils ne savent pas interagir, ils ne comprennent pas la notion d’autorité qui doit permettre de faire grandir. Il faut remettre de la culture et de l’éducation dans nos entreprises technophiles ! »

 

Evidemment, cette charge contre les totems de l’innovation sert aussi sa proposition : inventer et imposer sur le long terme un réseau social qui préserve l’intimité et la concentration des internautes, en leur proposant des bulles de conversations étanches où l’on n’est pas dérangé-ée à chaque instant. Son petit nom ? Whaller. Lancé en 2013, le réseau semble doucement séduire des institutions, des écoles, et des entreprises, qui y voient un moyen de faire discuter les équipes sans trop d’intrusivité... et sans subir l’algorithme mystère de Facebook qui fait remonter des contenus sans que l’on sache vraiment comment ni pourquoi. Ce discours de la sérénité, du contact choisi et sécurisé séduit. « Nous ne voulons pas être un clone de Facebook, mais une vraie alternative qui puisse permettre de structurer l’ensemble des communications des organisations en France, dans un premier temps, en Europe par la suite et pourquoi pas ailleurs », annonce Thomas Fauré. Parmi les clients de Whaller, on retrouve Pôle Emploi, l’ISCOM, Centrale… Et la liste pourrait bien s’allonger dans les mois à venir, assure celui qui ne manque pas d’ambition.
Mélanie Roosen - Le 19 janv. 2018
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