Trois salariées marchent dans un bureau, une croix rouge sur leur bouche

Amazon veut bannir les mots « syndicat » , « toilettes » et « augmentation salariale » de sa nouvelle messagerie interne

Selon un document interne consulté par The Intercept, toutes les publications de salariés contenant certains mots interdits seront bloquées. 

Il y a quelques jours, les salariés américains d’Amazon vivaient un moment historique. Les employés de la plateforme logistique de Staten Island (New York) votaient pour la création d’un syndicat, le premier de l’histoire de l’entreprise aux États-Unis. Cette décision fait suite à une longue bataille. Le géant du e-commerce n’ayant cessé de mettre des bâtons dans les roues aux velléités syndicales de ses salariés. Amazon aurait même dépensé 4,3 millions d'euros rien qu'en 2021 pour contrer ces initiatives, selon Tech Crunch.

Ne dites pas « c’est idiot » ou « je déteste » , ni « toilettes »

Malgré cette bataille remportée par les salariés, la multinationale, qui a fait part de sa « déception » dans un communiqué, devrait continuer ses efforts pour éviter une réaction en chaîne dans les autres entrepôts du pays. Et cela passe notamment par la censure. The Intercept révèle qu’Amazon prévoit d’interdire certains mots relatifs aux droits du travail et à la syndicalisation de sa future messagerie interne. Concrètement, les salariés, qui pourront s’envoyer des messages entre eux via cette nouvelle application, verront leur publication bloquée si celle-ci contient certains mots interdits. 

Parmi les mots censurés on trouve des injures, mais aussi des mots comme « syndicat » , « augmentation de salaire » , « harcèlement » , « salaire minimum » , « pétition » , « travail d’esclave » , et de petites phrases pouvant exprimer un sentiment négatif : « c’est inquiétant » , « c’est idiot » , « je déteste » ... Le mot « toilettes » fait aussi partie de la liste. Peut-être en référence aux salariés contraints d’uriner dans des bouteilles par manque de temps, suggère The Intercept.

La positive attitude 

Cette liste daterait de novembre 2021. Elle aurait été établie lors d’une réunion entre cadres dirigeants de l’entreprise. Ces derniers y évoquaient un projet de réseau social d’entreprise sur lequel les salariés se féliciteraient entre eux en s’envoyant des publications encourageantes baptisées « Shout-Outs » . Celles-ci peuvent être accompagnées de badges virtuels en guise de récompense. Le but ? Contrer l’usure des employés en créant une dynamique positive et productive, selon un dirigeant d’Amazon. Un projet pilote devrait être lancé courant avril, avance The Intercept

Programme Veritas 

Et pour éviter de nuire à cette dynamique positive, les cadres dirigeants ont donc eu la riche idée de bannir tous mots et expressions pouvant exprimer un malaise, un mécontentement, une frustration… « Nous voulons être restrictifs sur le contenu publié afin d’éviter toute expérience négative » , explique ainsi un document interne consulté par The Intercept. Une porte-parole du géant de la logistique précise au média américain que ce projet n’a pas encore été lancé, et qu’il peut être soumis à des modifications, voire ne jamais aboutir.  

Ce projet n’a rien d’étonnant compte-tenu des pratiques de communication d’Amazon qui s’apparentent parfois à de la propagande. En 2018, l’entreprise avait notamment mis en place le programme « Veritas » . Il s'agissait d'une armée d’ambassadeurs Twitter missionnés pour défendre l’entreprise sur le réseau social en échange de certains avantages (des jours de congés notamment).  

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