Collage de tweets relatifs à Amazon

Trolls parodiques, tweets agressifs… Mais que fabrique Amazon sur Twitter ?

© Twitter

D’un côté des trolls parodient les ambassadeurs d’Amazon, ses salariés récompensés pour vanter les conditions de travail de l’entreprise. De l’autre, le compte officiel de la firme s’en prend aux défenseurs de la syndicalisation de ses travailleurs. Résultat : tout le monde est un peu perdu. Et c’est bien ça le problème.

Ces derniers jours, des salariés d’Amazon, visiblement ravis de leurs conditions de travail, se font remarquer sur Twitter. Ils défendent leur employeur, clament que la création d’un syndicat n’est franchement pas nécessaire, et que non, on n’urine pas dans des bouteilles chez Amazon pour cause de pauses trop courtes. En toile de fond : l’entrepôt de Bessemer (Alabama) attend les résultats du vote des salariés afin d’obtenir la création d’un syndicat. Une première pour Amazon aux États-Unis.

Mais les bons petits soldats de Twitter se sont avérés être de faux comptes, révèle Gizmodo.

Darla le deepfake : troll ou propagande ?

Le média américain a d’abord été alerté par un compte particulièrement étrange. Celui de Darla, salariée d’Amazon depuis 2020, « fan de films et fière maman de deux garçons » selon sa bio. « Amazon n’est pas anti-syndicat ! Les syndicats sont de bons outils lorsqu’une entreprise ne paye pas bien ses salariés et ne leur donne pas d’avantages comme Amazon le fait. C’est juste que nous n’en avons pas besoin ici !  » , a-t-elle par exemple tweeté dimanche 28 mars, entre autres arguments étranges. Gizmodo remarque que le compte de Darla a été créé en mars 2021, ne suit que 29 personnes, et n’a aucun follower. Sa photo, elle, a tout d’un deepfake, créé par le site Generated Media.

D’autres profils similaires ont été identifiés : eux aussi ont été créés en mars 2021, rassemblent zéro ou peu d'abonnés et leur photo est en général soit générée par intelligence artificielle (on le constate en observant certains petits défauts propres à ces images), soit issue de Google Images comme l'a démontré la chaîne Youtube The Rational National. Twitter a depuis fait le ménage explique le Washington Post, mais quelques comptes subsistent.

Certains ont cru à une opération commanditée par Amazon. L’entreprise s’en défend. Elle a rapporté à Karen Weis, une journaliste du New-York Times, que le compte de Darla n’avait pas été créé par ses soins, et qu’ils avaient reporté son existence à Twitter. Un humoriste a par ailleurs affirmé qu’il était le créateur de Darla. De manière générale le contenu manifestement humoristique de ces comptes laisse à penser qu'il s'agit bien de parodies, avance le MIT Technology Review

Les vrais ambassadeurs d’Amazon... et les faux

Mais si ces faux twittos ont semé le doute, c’est qu’en 2018 Amazon a lancé un véritable programme de communication Twitter baptisé « Véritas » . Certains de ces salariés « ambassadeurs » étaient invités à vanter les mérites de la firme sur les réseaux sociaux en échange de cartes cadeaux et de jours de congés. Les comptes parodiques ont repris ces derniers jours le terme “FC Ambassador” propre à ce programme dans leur pseudo Twitter. La journaliste Karen Weis a toutefois noté que les faux ambassadeurs utilisent une adresse Gmail, et non une adresse Amazon comme les vrais ambassadeurs. 

Par ailleurs, un autre élément suscite le doute. Depuis quelques jours, Amazon mène une campagne agressive sur Twitter envers certains défenseurs de la syndicalisation des travailleurs de l'entreprise. Le compte officiel de la plateforme et celui de Dave Clarke, son CEO, s’en sont pris à des politiciens ouvertement anti-Amazon comme Bernie Sanders, Elizabeth Warren et Marc Pocan. Ces actions font suite à un coup de pression de Jeff Bezos, mécontent du laisser-faire des porte-parole de l’entreprise face aux attaques à l’encontre de la société, révèle Vox. Un employé d’Amazon, surpris de ce ton, a même cru que le compte Twitter d’Amazon avait été hacké...

Une opération de propagande à base de faux comptes ne paraissait donc pas si improbable. Et c’est bien là le problème, pointe le MIT Technology Review.

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