Banderole : « No awards on a dead planet » [pas de prix sur une planète morte].

Climat : Greenpeace s’incruste à la cérémonie des Cannes Lions 2022 pour dénoncer la complicité des agences

© Greenpeace

La cérémonie d'ouverture des Cannes Lions 2022 a été interrompue par un militant Greenpeace venu dénoncer la complicité des agences de publicité avec les entreprises exploitant des énergies fossiles.

Cette action de l'ONG verte visait à pointer du doigt la responsabilité des agences de publicité et de communication collaborant avec l'industrie des biens et services fossiles, et participant grâce à des mécanismes de greenwashing à retarder l’action climatique.

Un ancien lauréat des Cannes Lions vient questionner ses pairs

Lors de la première soirée de l'événement qui rassemblait plus de 15 000 professionnels du milieu de la publicité et de la communication, Gustav Martner, militant de Greenpeace France et ancien lauréat des Cannes Lions, est monté sur scène pour dénoncer le « déni des agences de publicité face à l’urgence climatique » . Muni d'une banderole sur laquelle on pouvait lire le message « No awards on a dead planet » (pas de prix sur une planète morte), il en a profité pour rendre son prix obtenu en 2007, récompensant son travail avec la compagnie aérienne Scandinavian Airlines et interpeller ses pairs.

J’ai obtenu ce prix en 2007 pour mon travail avec une compagnie aérienne. J’étais si fier à l’époque. Aujourd’hui, ce prix est le symbole de la complicité du secteur fossile avec les criminels climatiques. Il me fait honte. Ce soir, je m'adresse à toutes celles et ceux qui sont tiraillés, qui ont du mal à dormir la nuit, pour leur dire que ce n’est pas une fatalité : vous pouvez choisir de ne plus être complices de l'industrie fossile. Écoutez les scientifiques qui vous supplient d'arrêter de bloquer leur travail sur le climat, arrêtez de mettre votre créativité au service d’industries qui détruisent notre planète et notre avenir.

Gustav Martner, militant de Greenpeace France.

Les publicités : un obstacle à l’action climatique

Dans son dernier rapport, le GIEC a pour la première fois pointé du doigt le rôle des relations publiques et de la publicité dans la crise climatique, les qualifiant « d’obstacle à l’action climatique » . Selon l'organisme intergouvernemental, les entreprises des biens et services fossiles (responsables de 86 % des émissions mondiales de CO2) détournent l’attention des consommateurs de l'impact climatique désastreux de leurs activités grâce à l'aide des publicitaires. En janvier 2022, ce sont plus de 450 scientifiques qui se sont adressés aux dirigeants des principales sociétés de publicité et de relations publiques, les appelant à « ne plus travailler avec leurs clients qui opèrent dans le secteur des combustibles fossiles et à mettre un terme à ce qu’ils appellent la diffusion de désinformation relative au changement climatique » .

Si des groupes comme Accenture, WPP et Publicis, ou encore des agences telles qu’Edelman ont déjà communiqué sur leurs engagements climatiques, « les paroles sont rarement alignées avec les actes et malgré leurs promesses, ils continuent à travailler pour des entreprises fossiles » , note Greenpeace dans son communiqué. En effet, selon l'ONG, depuis l’accord de Paris sur le climat en 2015, les Cannes Lions auraient déjà récompensé plus de 300 campagnes publicitaires promouvant le greenwashing.

L’interdiction des publicités fossiles, mesure cruciale dans la lutte contre le changement climatique

En mars 2022, Greenpeace France, Amis de la Terre et Notre Affaire à Tous ont assigné TotalEnergies en justice pour « pratiques commerciales trompeuses suite aux communications fallacieuses du groupe sur ses engagements climatiques. » Le collectif reproche à la multinationale d'avoir mené, au moment de son changement de nom, « une grande campagne de greenwashing avec les agences Carré Noir (groupe Publicis) et Rosa Paris, prétendant être sur la bonne voie pour lutter contre les changements climatiques, et distillant des affirmations fallacieuses sur les prétendues vertus environnementales du gaz fossile et de la biomasse. »

À l’image du changement de nom de Total, les campagnes de greenwashing pullulent. L’urgence climatique est là, et on ne peut pas surveiller chaque entreprise une à une : il est temps d’interdire purement et simplement la publicité pour l’industrie des biens et services fossiles ! On l’a fait avec l’industrie du tabac pour des raisons de santé publique, faisons de même avec l’industrie fossile qui détruit à la fois la santé, la biodiversité et le climat. C’est ce que nous demandons à l’échelle européenne, avec 40 organisations. Si le secteur de la communication et de la publicité ne prend pas ses responsabilités, nous le contraindrons par la loi.

Edina Ifticene, chargée de campagne énergies fossiles à Greenpeace France.
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