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Climat : 35 scientifiques proposent de former les nouveaux députés à l'Assemblée

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De lundi à mercredi, les députés fraîchement élus seront accueillis à l’Assemblée nationale par 35 experts de renom prêts à leur dispenser des formations express à l’écologie. Du jamais vu.

Votre nouveau député ne vous plaît pas ? Il y a au moins un sujet sur lequel il peut se rattraper, dès aujourd’hui : l’écologie. Ce lundi, pour le premier jour de leur mandature, les députés ont été accueillis à l’Assemblée nationale par un comité de 35 scientifiques de renom, dont François Gemenne, membre du GIEC, Magali Reghezza, géographe et membre du Haut Conseil pour le Climat (HCC), ou Lola Vallejo, directrice du programme climat de l’Institut du développement durable et des relations internationales (IDDRI). Ces experts resteront jusqu’à mercredi à disposition des députés qui viendront chercher leur mallette d’accueil pour leur proposer des formations express de 20 minutes sur l’écologie.

Au programme : des faits scientifiques qui font consensus et un contenu apartisan, pour s’assurer que tous les députés ont bien la situation en tête. « On leur propose des documents scientifiques, y compris un calendrier législatif des échéances où vont être votées des lois concernant la transition écologique », explique Angel Prieto, membre du collectif Pour un réveil écologique présent cet après-midi à l’Assemblée pour accueillir les députés.

La politique à l’école du climat

L’initiative est historique : c’est la première fois que les députés français seront formés aux enjeux de la transition écologique. C’est Matthieu Orphelin, ex-député écologiste de Maine-et-Loire, et le climatologue Christophe Cassou qui ont lancé cette idée, avec le collectif étudiant Pour un réveil écologique qui avait déjà affiché le rapport du GIEC dans le métro il y a quelques semaines afin de sensibiliser les franciliens à ses conclusions.

« Les cinq années à venir vont être charnières sur les enjeux de transition écologique », insiste Angel Prieto. « Il est crucial que les députés soient formés, pour prendre leurs décisions en connaissance de cause. » Les députés eux-mêmes en ont conscience : 70 % d’entre eux ne s’estiment pas compétents sur les sujets de transition écologique, rapporte le collectif Pour un réveil écologique. C’est pour cela que l’action de ces trois jours ne peut être qu’un début : elle est « nécessaire mais pas suffisante », insiste Angel Prieto.

Au-delà des députés, les membres du gouvernement sont eux aussi dans le viseur des personnalités scientifiques de la transition. Le 8 mai, Jean-Marc Jancovici, Boris Cyrulnik ou encore le réalisateur Cyril Dion et l’activiste Camille Étienne ont appelé Emmanuel Macron et les membres de son gouvernement à suivre une formation de 20 heures sur le sujet, dans une lettre ouverte publiée dans le Journal du Dimanche. « Le temps de tirer la sonnette d’alarme est venu et vous oblige, vous et votre gouvernement, à faire de la transition écologique votre priorité », avertissaient les signataires. Silence radio côté gouvernement, mais « c’est dans les tuyaux », croit savoir Angel Prieto.

Des formations facultatives

Une initiative qui semble parfaitement adaptée aux enjeux ? Certes. Mais il reste un hic : les formations sont facultatives. Les scientifiques savent d’ores et déjà que certains députés ne voudront pas entendre ce qu’ils ont à dire.

En Suisse, la même problématique s’est posée en mai. Un homme a obtenu l’année dernière par une grève de la faim que des scientifiques du GIEC interviennent devant les parlementaires. Les parlementaires suisses ont suivi le 2 mai une formation aux enjeux de la transition. Mais la session de formation étant facultative, seuls un tiers des parlementaires s’y sont inscrits. Et les autres ? « Les autres seront à la pêche », ironisait le matin même Guillermo Fernandez.

Name and shame : le bad buzz au secours de l’écologie

Cette fois, le collectif français a prévu la dérobade de certains députés. Et il est bien déterminé à ne pas les laisser filer. Puisque les formations ne sont pas obligatoires, les scientifiques veulent faire pression sur les députés pour qu’ils se sentent tout de même obligés de participer. Pour cela, rien de tel qu’un bad buzz : « On met en place un dispositif de "name and shame" », a expliqué Léa Falco, membre de Pour un réveil écologique, à Novethic. « Nous allons les taguer sur les réseaux sociaux afin de les inciter à participer en jouant sur la pression citoyenne et l’effet de groupe » .

Angel Prieto est confiant. « On a une liste de présence, et on coche qui vient. On va publier chaque soir la liste de ceux qui sont passés. Et on est une vingtaine du collectif à être présents tout autour de l’Assemblée (en plus des scientifiques), pour être sûrs de ne pas laisser passer de députés. »

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