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Loic Le Meur

Copier/coller : nouvelle équation de l’innovateur ?

Le 5 sept. 2017

L’innovation vit-elle une crise éthique ? C’est une question qu’il est légitime de se poser quand on discute avec Loïc Le Meur, entrepreneur en série, fondateur de la plate-forme Leade.rs et résident en Californie depuis plus de dix ans.

À la source de ce questionnement, il y a deux phénomènes majeurs coexistants.

Le premier pourrait s’appeler l’effet « grande foire à l’innovation ». Dans un monde où chaque nouveauté gagne l’appellation « innovation » tout semble être « innovant ». Conséquence : salons et événements se multiplient, se copient, mêlent les sujets et contribuent à une perte de sens. « Beaucoup de produits sortent sans aucune vision, ils sont présentés lors de grands salons très médiatisés, profitent d’un mini-moment de gloire lors d’un salon comme le CES (Consumer Electronic Show, plus important salon consacré à l'innovation technologique en électronique grand public), de Las Vegas et font un flop dès la fermeture des portes du salon », témoigne Loic Le Meur. La multiplication de ces grands-messes conduit les entrepreneurs en quête de réelles innovations à se diriger vers de nouveaux formats comme nous l’explique le résident américain : « Ici, dans la Silicon Valley, ils se tournent vers des événements plus authentiques, plus intimistes, où il est possible d’échanger directement avec les créateurs, entrepreneurs et/ou designers et non avec des représentants commerciaux et marketing. » Quant aux marques qui souhaitent communiquer leurs innovations, Loïc Le Meur constate une chose : « Elles ne sont tout simplement pas présentes lors de ces grands rendez-vous, elles organisent leurs propres rendez-vous comme Apple, DJI (leader des drones) ou encore Devialet. Elles n’entrent pas dans la bataille du stand. » Pour le fondateur de Leade.rs, il y a toutefois des exceptions comme le South by Southwest (SXSW), un cycle de conférences et festival qui met chaque année en avant la convergence des médias interactifs, du film et de la musique depuis 1987 dans la ville d’Austin au Texas : « Le SXSW a su garder son authenticité malgré sa taille. Cela très certainement grâce à un ADN musical fort et à une grande présence des créateurs entrepreneurs. En Europe, à Helsinki, il y a Slush qui est très authentique. Ce festival, qui réunit désormais plus de 30 000 personnes, est entièrement réalisé par des étudiants, le tout de façon non lucrative. »

Second phénomène qui pourrait justifier une crise éthique de l’innovation : le copier-coller totalement décomplexé que les géants de la tech font de leurs concurrents directs. Pour Loïc Le Meur, « c’est un très gros changement de culture qui n’existait pas il y a dix ans dans la Silicon Valley. Auparavant, lorsque vous copiiez quelque chose, vous étiez un paria, maintenant cela est accepté. Cela peut finir par rendre l’innovation plus complexe ». Un des exemples qui pourrait illustrer ces propos est la stratégie clairement assumée par Facebook qui a fait couler beaucoup d’encre dans les médias tech. En effet, au cours de ces derniers mois, le réseau social aux plus de 2 milliards d’abonnés n’a eu de cesse de développer des offres identiques à celle de son concurrent Snapchat (interface, vidéos éphémères, filtres…) sur ses plates-formes que sont Facebook, Messenger, Instagram et WhatsApp. Un changement de mentalité qui prend parfois des allures de guerre ouverte. « Avant, lorsque vous copiiez un concurrent, vous le cachiez, ce n’était pas assumé. On se défendait de copier, même si cela était vrai au fond. Aujourd’hui, cela fait partie d’une stratégie affirmée par de nombreux acteurs comme Uber qui est un copier-coller de Lyft (fondé en 2007 sous le nom de Zimride dans le secteur des services de voiture avec chauffeur), comme Amazon copie les produits qui se vendent le mieux sur sa plate-forme, comme Netflix copie le savoir-faire de production des partenaires qu’elle héberge… Ce qui ne veut pas dire que ces acteurs n’innovent pas, bien au contraire, ils restent souvent des leaders en termes d’innovation, mais cela démontre que la copie d’un savoir-faire, d’une fonctionnalité ou encore d’un design se généralise de plus en plus », remarque Loïc Le Meur.

Si ces pratiques se généralisent, elles pourraient donc bien contribuer à étouffer dans l’œuf les grandes innovations à venir. Lien de cause à effet ? Le fondateur de Leade.rs constate que « les plus gros succès d’innovations de ces dernières années n’ont pas fait naître d’acteur comme Facebook. Il est devenu plus difficile de se développer sans être copié par un acteur plus puissant. Il y a certes eu le succès d’Airbnb mais l’entreprise représente 20-25 milliards de dollars, quand Facebook dépasse les 200 milliards… ».

Conserver une innovation propre à soi, authentique, cohérente avec sa vision et accompagner les jeunes pousses dans la croissance plus que d’éradiquer toute forme de concurrence, semble être le (bon) sens que devrait prendre l’innovation… À méditer.


Cet article a été réalisé en partenariat avec le Groupe EDF dans le cadre des Prix EDF Pulse. L’énergie est notre avenir, économisons la !


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