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Noémie Aubron : « Les low tech vont nécessairement impacter les mobilités »

Le 5 nov. 2020

Que peut nous dire le « design fiction » en matière de mobilité ? Comment nous aide-t-il à anticiper nos usages ? Noémie Aubron, fondatrice de la newsletter à succès La Mutante et spécialiste dans l’accompagnement de démarches d’innovation, nous éclaire sur les pouvoirs du « design fiction »… Interview.

Quels sont les ressorts du « design fiction » dans votre travail ?

Noémie Aubron : J’essaie d’articuler ce qui est du ressort du « scientifique », de la raison, comme des études prospectives, avec des éléments qui sont plus de l’ordre de l’intuition et des signaux faibles. Ce sont ces comportements un petit peu étranges dans le présent, qui peuvent augurer d’un futur et que l’on peut connecter à un scénario de prospective. Pour donner corps à cette matière ou à cette vision, on a recours à des formats un peu plus artistiques. C’est pour cette raison que l’on retrouve le terme de « design » dans « design fiction ». Jeux de rôles, expositions, affiches de magazine, fictions écrites… l’idée est d’articuler des choses qui, jusqu’à présent, ne se parlent pas. L’humain ne change pas fondamentalement, c’est l’environnement qui évolue et, à ce titre, la dimension comportementaliste est aussi très importante.

Comment choisir entre le possible et le purement spéculatif ?

Noémie Aubron : Cela dépend du sujet que l’on veut instruire et des personnes à qui on va faire vivre l’expérience en sachant que l’objectif, c’est de faire vivre quelque chose qui va entrer en résonance. Pour certains publics, les scénarios trop spéculatifs ne vont pas parler. Dans mon travail, j’ai plutôt tendance à me raccrocher à quelque chose de probable. J’aime ancrer ces travaux dans des scénarios de prospective qui sont éprouvés. Ce qui est intéressant, c’est la capacité à articuler ce que l’on va vivre, comme vision à long terme, avec ce qu’on peut faire concrètement. Quand on part sur du spéculatif, cela peut-être très intéressant pour l’ouverture d’esprit mais on peut parfois avoir du mal à le raccrocher à son quotidien, ou encore à une feuille de route dans le cadre d’une entreprise. Ce côté probable permet de se projeter dans quelque chose de réaliste, qui a des chances d’arriver. Et si on prend cela plus au sérieux, on peut mieux s’y préparer.

Quels sont les grands imaginaires les plus intéressants en matière de mobilité ?

Noémie Aubron : Il y a un sujet que je trouve très intéressant, qui est un peu galvaudé et pas totalement résolu, c’est celui des systèmes autonomes dans la mobilité. Je pense qu’il y a encore beaucoup de choses à imaginer. Je pense que c’est le sens de la technologie. Mais quid des usages ? Il y a aussi la place de la mobilité dans la ville. L’intérêt du « design fiction », c’est comment est-ce qu’on positionne un usage dans un contexte et dans une société plus globale. Penser la mobilité dans la ville, c’est imbriquer les deux sujets ensemble, et là il y a beaucoup de choses à inventer autour de nos modes de vie en milieu urbain, donc de nos déplacements.

Les champs explorés demain seront-ils davantage portés sur les usages que la technologie ?

Noémie Aubron : Toutes nos manières de vivre autour des usages de la mobilité sont tellement bouleversées que le vrai vecteur du changement, ce sera peut-être plus l’humain que la technologie. La manière dont on a envie de se déplacer devient une tendance forte. C’est intéressant de se dire que, peut-être, la place de la sociologie est aussi forte que celle de la technologie. La compréhension des besoins et des aspirations est tout autant clé que le développement de nouvelles technologies.

Comment le changement climatique peut-il impacter les imaginaires en matière de mobilité ?

Noémie Aubron : Le changement climatique est désormais un intrant structurant de la quasi-totalité des scénarios prospectifs, ça ne peut plus être mis de côté. Moi, je travaille beaucoup sur la low tech qui, je pense, est une tendance de fond. Ce qui est assez frappant, c’est lorsqu’on explore ces imaginaires autour de la mobilité, on a une diversité de réponses, qui va de quelque chose de très low tech à quelque chose de très élaboré pour répondre à ce défi climatique. Et, en fonction du prisme sociologique ou du scénario prospectif dans lequel on se situe, la réponse ne sera pas du tout la même et l’usage autour de la mobilité sera très différent. Si on met le changement climatique en face des mobilités, il y a énormément d’imaginaires qui s’ouvrent et autant de prismes envisageables en fonction des forces sociologiques qui vont réussir à s’imposer. On en revient ainsi à cette dimension très sociologique de la mobilité.

Pour en savoir plus, retrouvez l'intégralité de l'interview sur la plateforme du Groupe Renault.

Sarah Sabsibo - Le 5 nov. 2020
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